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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Fusions ?
Scénarios pour un géant bancaire


De gauche à droite : Othman
Benjelloun, PDG de BMCE Bank,
Abdellatif Jouahri, wali de Bank
Al Maghrib, Khalid Ouadghiri,
PDG de Attijariwafa bank
(AIC PRESS, DR)

La fusion Wafabank-BCM est consommée, Attijariwafa Bank peut donc se relancer sur le dossier de Crédit du Maroc. En face, la BMCE Bank se dynamise mais reste prenable. Le secteur est en pleine mutation.


Après le calme, c'est la tempête. “Elle est inévitable dans le secteur bancaire”, prédit un fin connaisseur de la filière. C' est d'autant plus vrai que des signes avant-coureurs l'annoncent. Le mois dernier, Othman Benjelloun, patron de la BMCE Bank, cherchant à rassurer ses troupes, alors en convention des cadres, leur a déclaré que “la BMCE
Bank restera indépendante”. De son côté, Khalid Ouadghiri, PDG d'Attijariwafa bank, est souvent bombardé de questions dans les comités internes sur l'éventualité d'une absorption du Crédit du Maroc.

Ajoutez à cela le repositionnement de la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) et la nomination d'un financier, Anas Alami, à la tête de Poste Maroc, et vous comprendrez que le marché bancaire bouillonne. Guerre des taux de crédit, recherche de plus de proximité, toutes les raisons sont invoquées par les banquiers pour préparer le terrain à un mouvement de concentration tous azimuts. Quatre grands pôles financiers sont ainsi appelés à dominer le marché : les groupes Banques populaires, Attijariwafa bank, BMCE et celui formé par les filiales étrangères. En tout cas, des scénarios se préparent dans le secret le plus absolu. Et demain, le secteur n'aura plus le visage que nous lui connaissons aujourd'hui.

Attijariwafa bank prépare sa domination
Tous les regards se tournent vers Attijariwafa bank en particulier. Des sources bien informées avancent que le groupe dirigé par l'ONA affûte ses armes pour absorber Crédit du Maroc (CDM). “L'opération se fera pendant l'été prochain”, précisent les mêmes sources. Du côté de Khalid Ouadghiri, l'information n'est ni confirmée, ni infirmée. “L'absorption du Crédit du Maroc n'est pas, actuellement, à l'ordre du jour”, nous rétorque le service de communication de la présidence. “Ce qui est sûr, c'est que l'état-major de la banque est très avancé sur le dossier du Crédit du Maroc, c'est une suite logique après l'absorption de Wafabank”, affirme une source bancaire. La filiale de l'ONA a hérité du portefeuille de cette dernière où figure une participation de 34% dans le capital du Crédit du Maroc. Une capitalisation qui ne lui sert à rien puisque la majorité et donc le contrôle sont entre les mains du Crédit Agricole S.A. La banque française et son partenaire marocain sont donc obligés de composer. Leur première rencontre a eu lieu en mai 2004. Objectif : sonder les intentions de chacun. “Pour Attijariwafa bank, il s'agissait de gagner du temps”, confie une source non autorisée. Sa propre fusion (BCM - Wafa-bank) était récente et le groupe n'avait pas encore complètement digéré ses divergences internes. Il lui fallait du temps pour mieux réfléchir sur le sort du Crédit du Maroc. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Khalid Ouadghiri a laissé entendre, la semaine dernière, que la fusion interne faisait partie de l'histoire. Autrement dit, il est prêt à passer à autre chose. Mais il lui faut d'abord liquider le cas Crédit du Maroc, qui détient (quand même) 7% de parts de marché.

BMCE Bank, la grande inconnue
En revanche, la BMCE Bank s'attend au pire. Avec ses 20% de parts de marché, la banque de Othman Benjelloun est prise entre le marteau et l'enclume. Elle a besoin de grandir davantage pour se mettre à l'abri d'une OPA inamicale, surtout qu' avec un capital éparpillé comme le sien, une offensive d'un concurrent reste toujours envisageable. Mais elle ne peut prétendre à une taille confortable qu'en s'adossant à un organisme local. Pour cause, la Banque centrale n'autorisera jamais une prise de participation étrangère aboutissant au contrôle. Le cas de la Caisse d'Epargne française est édifiant. Son offre de prendre pied à plus de 25% dans le capital de la BMCE Bank a été rejetée par Bank Al Mahgrib.

En 2003 ce refus a été interprété comme une vengeance personnelle. L'animosité empoisonnant les relations entre Othman Benjelloun et Abdellatif Jouahri, wali de la Banque centrale, n'est un secret pour personne. Il n'en demeure pas moins que la position du régulateur découle de la nouvelle politique monétaire du pays. L'Etat juge satisfaisante la présence de capitaux étrangers dans le secteur financier, mais n'en veut pas davantage. Si participations étrangères il y a, le contrôle financier doit rester marocain. Dans ces conditions, les prétendants ne se bousculeront pas au portillon. Il reste donc l'option locale et là, l'ancienne banque étatique (BMCE Bank) n'a pas beaucoup de choix.

Elle a surtout en face d'elle des prétendants qui ont leurs propres intérêts. Curieusement, Attijariwafa bank en fait partie. Elle aurait des visées sur la banque de Othman Benjelloun. Des sources proches de l'ONA avancent même 2008 comme l'année de l'attaque ultime. Futuriste comme thèse ? Pas vraiment. La BMCE Bank a démontré son dynamisme : la valeur de l'action a doublé en deux ans, passant de 500 à 1000 dirhams. La mariée, bien que rebelle, fait envie mais elle se soumettra au futur géant bancaire, si des instructions lui imposent un mariage non désiré.

La CDG, l'outsider ambitieux
En attendant que les prétentions de l'ONA se confirment, “les bruits du marché parlent de plus en plus d'un business possible entre la BMCE Bank et la CDG”, rapporte une source bancaire. Un scénario possible, mais peu envisageable. Certes, la vieille dame de Rabat a entrepris un positionnement financier d'envergure, sous la présidence de Mustapha Bakoury : elle a commencé par absorber la BNDE, la transformant en banque d'affaires interne puis elle a pris en main la destinée du CIH.
Mais tout cela laisse poindre une logique claire et cohérente : fortement présente dans l'immobilier à la fois social et touristique, la Caisse a besoin d'un partenaire plus expérimenté dans ce domaine. Le CIH est tout indiqué. Enfin, la CDG a mis la main sur des compagnies d'assurances : Atlanta et la SANAD. Il lui manque sans doute une grande banque de détail qui servirait de relais pour commercialiser ces produits. “Oui, mais pas nécessairement la BMCE Bank”, rétorque un proche de la CDG. Poste Maroc peut bien faire l'affaire. Disposant d'un réseau dense assurant une présence dans les moindres recoins du pays, La Poste est l'outil idoine pour distribuer les produits de masse, comme la bancassurance ou le crédit-logement. Le Crédit Agricole marocain est lui aussi candidat. Bref, les prétendants ne manquent pas.

Une conclusion s'impose : la BMCE Bank doit se développer sinon elle subira la loi de l'ONA.



Des concentrations. Le précédent canadien

Si l'hégémonie d'Attijariwafa bank se concrétise, surtout si elle affiche clairement son intention de fusionner avec la BMCE Bank, le gouvernement marocain se trouvera face à trois craintes : un niveau inacceptable de concentration du pouvoir économique entre les mains d'un nombre moins élevé de très grandes banques, une réduction sensible de la concurrence et une diminution de la marge de manœuvre stratégique dont dispose le gouvernement pour régler des problèmes potentiels d'ordre prudentiel. En 1998, les autorités canadiennes ont eu à résoudre la même équation et ont agi pour préserver la concurrence. Le Maroc réagira-t-il de la même manière ? Le doute est permis. Les désirs de la filiale de l'ONA ne peuvent être arrêtés pour de vagues raisons de souveraineté financière. Les concentrations, vu la taille critique qu'elles atteignent, sont juteuses. Cependant, la concurrence apporte davantage : elle renforce la liberté de choix, stimule l'offre et influence les prix. Les télécoms l'ont prouvé, pourquoi pas la banque ?



BMCE Bank (chiffres 2004)

Dépôts clients : 53,3 milliards de DH
Réseau : 247 agences
Objectif : Ouverture de 50 agences chaque année



Bank al maghrib

Pour le régulateur en chef, un rapprochement entre deux banques marocaines est le bienvenu. Son seul souci : veiller à ce que le contrôle du secteur financier national reste marocain.



Attijariwafa Bank (chiffres 2004)

Dépôts clients : 83,8 milliards de DH
Réseau : 474 agences
Objectif : Ouverture de 50 agences chaque année

 
 
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