Chakib Benmoussa. Un technocrate à l'Intérieur
Religion. Imam Academy
Rapport du cinquantenaire. Que pensons nous ?
Idée. Central Park à Casablanca
Parcours. Un génie marocain (enfin) réhabilité
Palestine. Vers l'asphyxie financière
Guantanamo. L'ONU accuse
Fusions ? Scénarios pour un géant bancaire
Abdelkader Chaoui. Ma vie, ma plume
Mémoire. La rue des grands musiciens
N° 214
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Salma Mestiri, correspondante au Moyen-Orient

Palestine. Vers l'asphyxie financière

(AFP)

Un mois après la victoire du Hamas aux législatives, l'étau se resserre autour de l'Autorité palestinienne. Israël et les Etats-Unis ont décidé de lui couper les vivres tant que le mouvement islamiste ne reconnaîtra pas l'Etat hébreu et ne renoncera pas à la violence.


Il fallait s'y attendre. Malgré une victoire fracassante lors d'élections unanimement saluées comme démocratiques, l'image du Hamas n'a pas changé : toujours considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël, le mouvement reste un
paria pour les Occidentaux. Ils affirment ne pas pouvoir traiter avec le responsable de la majorité des attentats anti-israéliens, le même qui a juré la perte de l'Etat hébreu et qui réclame le retour à la “Palestine historique”. L'Autorité palestinienne étant dépendante de l'aide financière internationale, c'est donc l'arme économique qui a été choisie pour tenter, au mieux, d'obliger le Hamas à renoncer à la violence, au pire, de le faire tomber. Une décision destinée, selon le nouvel homme fort du Hamas et Premier ministre désigné, Ismaïl Haniyeh, à “faire plier le peuple palestinien et soumettre sa volonté en pervertissant son choix démocratique”.

Etouffer le Hamas
C'est le gouvernement israélien qui a tout déclenché. Il a appelé la communauté internationale à cesser toute aide à l'Autorité palestinienne - à l'exception de l'assistance humanitaire à la population- et décidé de geler les fonds qu'il avait pour habitude de verser chaque mois aux Palestiniens. Il s'agit d'environ 50 millions de dollars correspondant au remboursement par Israël des droits de douane et de TVA prélevés sur les produits destinés à la Cisjordanie et à la bande de Gaza. Des fonds qui représentent près de 30% du budget de l'Autorité palestinienne et qui permettent de payer 140 000 fonctionnaires palestiniens, dont 60 000 policiers et membres des services de sécurité.

Mahmoud Abbas a eu beau tirer la sonnette d'alarme en affirmant que l'Autorité palestinienne traversait une grave crise financière, rien n'y a fait, pas plus les protestations de l'Onu que celles de l'UE, plus conciliante que les Américains. Les Etats-Unis, d'abord silencieux, ont fini par déclarer qu'ils “comprenaient” la décision d'Israël et qu'ils n'accorderaient pas d'aide à un gouvernement dirigé par le Hamas. Washington a non seulement suspendu le versement d'une aide aux Palestiniens de plus de 200 millions de dollars pour 2006, mais a aussi demandé à l'Autorité palestinienne de lui rembourser 50 millions de dollars, pas encore investis, versés en 2005 pour des projets d'infrastructures… George W. Bush a également envoyé Condoleezza Rice en tournée au Moyen-Orient pour tenter de rallier les pays arabes à sa cause. Pas de chance : deux de ses plus solides alliés dans la région, l'Egypte et l'Arabie saoudite, ont infligé un revers à son émissaire.

Mobilisation arabo-musulmane
“Nous soutenons les Palestiniens et leur droit à un Etat indépendant quelle que soit la composition de leur nouveau gouvernement”, a affirmé le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, en estimant qu'il fallait “donner du temps au Hamas” et en recommandant à ce dernier de ne pas faire table rase des accords passés avec Israël. Toujours en Egypte, les Frères musulmans ont lancé une campagne de collecte de fonds en faveur du Hamas, notamment pour appuyer “le choix démocratique du peuple palestinien”. Quant au chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud al-Fayçal, il a averti que Ryad continuerait de verser une aide financière à l'Autorité palestinienne et que l'Arabie ne souhaitait pas “lier l'aide internationale au peuple palestinien à d'autres considérations que leurs terribles besoins humanitaires”.

Même son de cloche du côté de la Turquie, pourtant alliée d'Israël, de l'Iran et de la Syrie. Après avoir accueilli une délégation du Hamas et essuyé une volée de bois vert de la part des dirigeants et des médias israéliens, Ankara a dû justifier son invitation en assurant qu'elle cherchait ainsi à amener le Hamas à renoncer à la violence. Pour sa part, le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a suggéré que “tous les musulmans du monde” apportent une aide financière annuelle aux Palestiniens, lors d'un entretien à Téhéran avec Khaled Mechaal, le chef du bureau politique du Hamas. Sans oublier la Russie, qui a aussi proposé de recevoir une délégation du mouvement, en dépit des appels d'Israël à un boycott du Hamas, parce que “les intérêts des Palestiniens doivent être mis au premier plan”.

Horizons incertains
Difficile de savoir quelles seront les conséquences des mesures de rétorsion économiques prises par Israël. Certains, à l'intérieur même de l'Etat hébreu, contestent l'utilité d'une telle initiative, prenant l'exemple des embargos contre Cuba et l'Irak. Aujourd'hui, Fidel Castro continue de narguer les Etats-Unis à quelques dizaines de kilomètres de leurs côtes, tandis qu'il a fallu deux guerres pour venir à bout de Saddam Hussein. Dans ce contexte, les relations israélo-palestiniennes sont évidemment au point mort. Seules les déclarations menaçantes progressent de part et d'autre : Ehud Olmert, le premier ministre israélien par intérim qui remplace Ariel Sharon - toujours dans le coma - a prévenu qu'“Israël ne mènerait pas de contacts avec un pouvoir dont le Hamas serait partie prenante, que ce soit de façon limitée ou déterminante”.

“Le Hamas constitue à long terme une menace stratégique pour Israël”, a estimé pour sa part le chef du Shin Beth (services de la sécurité intérieure), en se déclarant hostile à tout accord de trêve avec les Palestiniens parce que le Hamas “n'avait pas renoncé à détruire Israël” et qu'il voulait créer un Etat “islamique radical qui attirerait des groupes terroristes du monde entier”. Le Hamas, lui, n'a pas fermé la voie à une trêve, mais campe sur ses positions et dit ne pas se laisser “intimider” par les sanctions israéliennes. Pour l'instant, sa priorité semble être de former un gouvernement de “coalition nationale” avec toutes les parties palestiniennes, y compris avec son rival, le Fatah, avec qui il entend résoudre “les divergences par le dialogue”.



Portrait. Haniyeh, l'élu du Hamas

Dans le salon de sa maison, située dans le camp de réfugiés de Chatti, à Gaza, trône un portrait de cheikh Yassine, le fondateur et chef spirituel du Hamas. Si Ismaïl Haniyeh, choisi par son mouvement et désigné par Mahmoud Abbas comme futur Premier ministre palestinien, a une réputation de modéré au sein des durs du Hamas, il n'en a pas moins été le bras droit du vieillard tétraplégique assassiné par l'armée israélienne en mars 2004. A 43 ans, père de onze enfants et déjà grand-père, Haniyeh a milité au sein de la branche estudiantine des Frères musulmans, dont est issu le Hamas. Emprisonné à plusieurs reprises par Israël, il a été expulsé en 1992 de l'Etat hébreu avec des dizaines d'autres responsables du Hamas et du Jihad islamique en direction du Liban sud. Très populaire au sein de son mouvement, il est connu pour son calme, son discours posé et chaleureux ainsi que pour ses positions pragmatiques, qui expliquent peut-être pourquoi Haniyeh est parvenu à entretenir de bonnes relations avec les chefs des différentes factions palestiniennes. Abou Abed -son surnom- devra maintenant montrer que son mouvement est bel et bien capable de jouer le jeu politique et d'améliorer les conditions de vie de ses compatriotes, comme il l'a promis durant sa campagne pour les législatives.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés