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Rencontre. La vie rêvée de Sofia
N° 215
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Cerise Maréchaud

Rencontre. La vie rêvée de Sofia



6 DATES

1984. Naissance à Casablanca
1991. Commence des cours de danse
2001. Part en France après son bac pour un DEUG d'éco-gestion à Paris-Dauphine
2003. Demi-finaliste à la Star Ac'3, chante avec Sting, Phil Collins et Elton John
2004. Premier single, reprise jazzy de “Roxanne” et un duo avec Toto Cutugno
2005. Premier album Mon Cabaret, influence blues, chez Mercury, Universal Music


(DR)

Pimpante, bien dans ses converses, Sofia Essaïdi, ex-star académicienne casablancaise, était au Maroc, en coup de vent, pour la promo de “Mon Cabaret”, un premier album solo “pêchu” et convaincant. Rencontre speed.


Un samedi après-midi, sur la corniche casablancaise. En backstage, des rouleaux d'écume flirtent avec les rambardes du restaurant ; leur grondement est atténué par la voix de Norah Jones et quelques tintements de verres. C'est l'heure creuse. Restent les derniers clients, une table de six-Sofia Essaïdi et son équipe - les lunettes de soleil
plongées dans leur salade du Tahiti Beach pendant que, à l'intérieur, les écrans plasma affichent une succession de podiums enneigés, de médailles scintillantes et de bonnets flashy.

Bien loin du froid turinois, Sofia Essaïdi, elle aussi, a sorti son bonnet, noir et bien enfoncé sur ses mèches châtain. Sourire aux lèvres, un trait de khôl sous les yeux, elle présente son manager “Francky” Vessereau, choisit une table collée à la baie vitrée et se “cale” dans son fauteuil. Expression toute relative, car Sofia a la bougeotte. Caler l'interview, en tout cas, n'a pas été difficile, “la chanteuse”, comme la surnomment des serveurs intrigués, est là pour ça : arrivée il y a quarante-huit heures pour la promo marocaine de son premier album Mon Cabaret, elle enchaîne télés, radios et journaux avant de présenter, ce soir au Manhattan, un showcase de quatre- cinq titres et repart demain matin.

“J'ai répété dans trente minutes, avertit Sofia, avant de détailler un peu son emploi du temps, débit de paroles en accéléré. Faut faire quelques balances, le brushing et conneries, on dîne à 21 heures et à 23 heures, je chante”. Pas trop le temps de traîner, en effet. Mais quatre jours, c'est un peu court pour cette Casablancaise qui se fait rare chez elle. “J'ai fait un break en décembre, et aujourd'hui c'est 100% travail”. Sympa, elle a quand même emmené son équipe “au derb”, histoire de se renflouer en DVD de Lost ou autres 24 heures chrono. Et le piratage, alors ? “Pour la musique, ce n'est pas pareil ! Je ne télécharge aucune chanson. L'an dernier je n'en étais pas encore très consciente, mais cette année, je me suis positionnée contre le projet français de licence globale. Je me sens davantage une artiste, ce qui est difficile avant d'avoir au moins un album”.

Parlons-en, de cet album. Le cabaret ? Oui, elle sait que c'est souvent mal vu, au Maroc. “Je n'avais aucun but précis derrière la tête avec ce titre. Tout simplement, j'adore cette ambiance de strass, paillettes, danse… Mais peut-être qu'inconsciemment, c'est la femme libérée qui a parlé, quitte à choquer quelques personnes, oui… On peut être libre en étant marocaine, et on peut oser des choses osées sans être une pute”. Un quart d'heure s'est déjà envolé, mais Sofia, efficace, va droit à l'essentiel. ça aide.

Tantôt pin up, tantôt fleur bleue
N'en a-t-elle pas “marre”, au fait, que la presse marocaine parle souvent d'elle à travers ses tenues dénudées et ses poses sexy ? “Je comprends ces questions. J'explique que tout ça, c'est de la scène, du jeu. Que je peux être une mangeuse d'hommes sur les planches alors que, dans la vraie vie, je suis très fleur bleue”. Même musicalement, Mon Cabaret reflète les deux personnages, avec un petit penchant pour la pin-up sur fond de “Shoop Shoop”, spéciale dédicace à Marilyn et Betty Boop. “On a vraiment concocté un style personnel, à part et naturel à la fois”, explique la belle. “On”, c'est elle, son manager, mais aussi Quentin Bachelet, réalisateur de l'album, sans oublier Chet, Maïdi Roth, François Welgryn et d'autres, auteurs ou co-auteurs des textes et des compos avec lesquels Sofia s'est enfermée en studio entre l'automne 2004 et l'été 2005.

“Ils ont réussi à mettre sur papier les histoires qui se baladaient dans ma tête”. Comme dans “Après l'amour”, single de l'album. Peut-on se relever après la rupture ? “C'est une question que je me pose, je ne l'ai pas encore vécu”, dit-elle, ses yeux noisette absorbés par l'océan et un sourire en coin. Et Corneille, avec qui certains tabloïds l'ont affichée il y a quelques mois ? “Tu as dû même lire qu'on était mariés, mais c'est une autre Sophia, avec ‘ph’”.

Quand à elle, Sofia avec un “f”, est-elle sage comme son nom grec l'indique ? “Oui, bien sûr… à mes heures”, pouffe-t-elle. “Sérieuse, assidue, travailleuse, assure Latifa Hajjaj, sa professeur de danse de sept à dix-huit ans. Bon, elle s'est un peu laissée aller à l'adolescence. Mais quand il s'agissait de monter sur scène, avant le lever de rideau, c'était toujours elle la plus sereine”, évoque-t-elle avec un petit pincement au cœur en pensant que son élève fait carrière dans la chanson plus que dans la danse. Mais, après tout, c'est elle-même qui a présenté Sofia à Cristie Caro, la coach de l'Atelier Vitalis, avec qui le chant a commencé.

“Faite pour ça”
“En fait, je suis de nature très stressée, reconnaît Sofia dont la cuisse droite est comme montée sur pile. Mais je le cache très bien… en grinçant des dents”, dit-elle en riant, tout en se tortillant dans son treillis et jouant de la percu sur le rebord de table avec ses ongles manucurés. “Maladivement passionnée par le métier”, Sofia se sent vraiment “faite pour ça”. “Pas pour passer à la télé, mais pour m'épanouir”. Une muse ? Dalida, pour l'envie de chanter. “Mais c'est difficile de parler de muse tant qu'on ne compose ou n'écrit pas vraiment”. Modeste et lucide. Même chose quand elle évoque sa prochaine tournée. “J'avais souhaité faire un spectacle dansant, à la Mylène Farmer, mais nous ne sommes pas encore prêts”, reconnaît-elle, même si l'accueil “pro” a été concluant. “On avait un réel univers à proposer”, explique celle à qui “on” a voulu faire faire un album R'n'B, qu'elle a refusé, comme les diverses propositions de photo trop dénudées.

Comment gère-t-elle son rythme d'athlète ? “Je dors beaucoup”, lâche-t-elle. “Mon lit, c'est mon meilleur ami”, dit d'ailleurs le track 2. “Et quand je viens au Maroc, je dors et je mange”. “Je me sens un peu à l'ouest avec l'actu marocaine, c'est vrai, mais je vois que culturellement, les choses avancent. C'est la condition pour que le Maroc se libère”. Et le Marock ? “Je ne l'ai pas encore vu, il est sorti en France le jour de mon avion pour Casa, se désole-t-elle. Mon amie Fatim joue dedans, bien sûr que j'en ai entendu parler”. Quand elle le verra, Sofia se reconnaîtra peut-être dans Rita, fille de la jeunesse dorée, avec ses rêves d'émancipation et ses graves états d'âme. Difficile d'imaginer Sofia, pimpante et bien dans ses converses, avoir des pensées sombres, et pourtant. “J'aime chanter des chansons tristes”, avoue-t-elle, définitivement fleur bleue. Dans l'album, elle a dissimulé une chanson “pirate”, lettre à sa mère, parlant de suicide, écrite par d'autres mais illustrant du vécu. “Par respect pour le public, je lui donne le choix de l'écouter ou pas”.

Mais la note dominante reste une bonne humeur pêchue, avec un zeste d'insouciance adolescente. Son portable sonne. Numéro privé. Répondra, répondra pas ? “Oh et puis si, c'est peut-être important”. Une copine. En vrac, elle parle de son passeport qu'elle a failli égarer, se soucie de son chien tout en s'étirant comme une chatte. Time's out, c'est déjà l'heure d'y aller. Une photo, oui, non… Non. “Là, comme ça, pas coiffée, avec le bonnet ? On t'enverra celles de l'album”. Dehors, un ado imberbe au brushing gélifié s'aventure pour un autographe. Au fait, pourquoi le Tahiti Beach ? “Parce qu'on y mange bien ! Je recommande les gambas grillées, mais là je n'en ai pas pris, parce que ça colle aux doigts et ça pue un peu, alors avec le micro…”. Comme quoi le timing n'était pas si just, on a même eu le temps de parler cuisine !

 
 
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