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Par Khalid Tritki
Microcrédit . Les femmes dabord !
Les femmes se sont fait une réputation de sérieux dans le secteur du microcrédit. Taux élevés de réussite et de renouvellement, participation active dans le développement de leur patrimoine
Le flair et la maîtrise de l'activité choisie sont le secret de leur réussite.
Un chiffre : 1,89 million de femmes ont contracté un microcrédit, soit 68% des bénéficiaires depuis la création, au Maroc, de ce mode de financement. Ce ne sont pas nécessairement des hrayfia, selon l'expression de Noureddine Ayouch, directeur de la fondation Zakoura, |
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tout juste des femmes qui se démènent pour améliorer leur quotidien. Le microcrédit leur a permis de faire mieux que survivre. Elles investissent, développent leur patrimoine et épargnent pour faire face aux imprévus. Zineb en fait partie. Le regard vif, elle manie les chiffres et les mots avec aisance. Depuis plus de huit ans, elle s'est investie dans le commerce : couvertures, draps, espadrilles, décodeurs numériques, tout a transité par son grenier. De l'audace, elle en a. Du savoir-faire, également.
J'ai hérité ce métier de ma mère. Je m'y suis mise pour aider mon mari et développer notre patrimoine, précise t-elle d'emblée. Elle capitalise sur le réseau maternel pour lancer son activité. Sa maison fait à la fois office d'entrepôt et de bureau. Après quelques années de ventes et d'achats, Zineb se sent à l'étroit. Coïncidence heureuse : elle entend parler de l'association Al Amana. Dès l'installation d'une antenne de l'association dans un quartier, ce sont d'abord les hommes qui viennent s'informer. Le succès de l'opération aidant, les femmes commencent à s'y intéresser et graduellement, la parité hommes/femmes s' établit d'elle-même, explique Fouad Abdelmoumni, directeur d'Al Amana. Séduite par ce qu'elle en a entendu dire, Zineb s'est présentée à l'antenne du quartier Sbata, à Casablanca, pour obtenir un petit crédit de 2 500 DH. Quelques semaines après, le prêt est remboursé. Son sérieux et sa lucidité incitent l'association à lui faire de plus en plus confiance. Aussi, après chaque remboursement, augmente-t-elle la mise. Elle bénéficie actuellement de 20 000 DH de crédit en une seule opération.
Un itinéraire comparable a été emprunté par l'une de ses voisines, Fatima, veuve de son état, qui a développé une petite affaire héritée de son défunt mari. Elle fabrique des boîtes à bijoux et les vend un peu partout au Maroc. A Oujda, Taza ou à Meknès, quand quelqu'un achète une bague à sa femme, il y a de fortes chances que la boîte du bijou ait été fabriquée dans mon atelier, s'amuse-t-elle à répéter avec fierté. Partie elle aussi d'un petit montant, Fatima figure désormais dans la liste des favorites d'Al Amana avec un microcrédit de 20 000 DH et en réclame davantage : Notre métier marche bien, mais il est préférable de diversifier nos sources de revenus, estime-t-elle. Tout en développant son atelier, où elle emploie quatre personnes (dont son fils qui a abandonné son poste d'informaticien), elle se lance dans la vente du détergent. D'ailleurs, des bidons d'eau de javel et de nettoyants en tous genres meublent une bonne partie de son petit magasin. Il ne faut pas se confiner dans une seule activité qui risque, un jour, de saturer, conseille-t-elle et d'ajouter : Mon objectif est de construire ma propre maison. Il me faut donc augmenter mes gains. Ce discours digne d'une femme d'affaires aguerrie, révèle la trempe de ces inconditionnelles du microcrédit.
Le réseau, le flair et l'engagement
En effet, n'est pas commerçant qui veut. La réussite de ces femmes découle de leur engagement. Elles ont conscience de l'enjeu : c'est soit ça, soit la misère, analyse Noureddine Ayouch. Le même discours est tenu par son confrère et concurrent de Al Amana. Toutefois, les profils des femmes rencontrées révèlent bien plus que cela. Zineb a construit autour d'elle un réseau infaillible qui assure la rentabilité de ses investissements. J'ai des contacts qui me renseignent sur les bonnes affaires, glisse-t-elle sur le ton de la confidence. Preuve en est cette fois où son informateur lui conseille d'approcher un importateur de récepteurs numériques défiant les codes cryptés des chaînes satellitaires. Achetés en gros à 300 DH la pièce, les récepteurs ont été complètement écoulés à Derb Ghellaf à Casablanca à 500 DH l'unité, raconte notre femme d'affaires. C'est une question de flair, certes, mais aussi la maîtrise des circuits d'approvisionnement et une grande connaissance du marché. La maîtrise de la clientèle est également capitale. Notre dame a une préférence pour la vente en gros. La méthode est sécurisante : la marchandise est écoulée d'un seul coup, ce qui permet de réaliser rapidement des bénéfices qui permettent de réinvestir aussitôt dans d'autres opportunités. Il n'empêche que, dans l'ensemble, la vente au détail et à crédit est de mise. Il s'agit d'une clientèle de confiance qui constitue un fonds de commerce de substitution. Le risque de perdre la marchandise est toujours présent, d'où la prudence de disposer d'un capital de relance en cas de perte sèche. La même maîtrise se révèle à travers l'expérience de cette cliente de la fondation Zakoura. Khadija a monté un commerce de miroiterie à Khémisset, à 30 kilomètres de Rabat. A l'écoute de sa clientèle, elle diversifie progressivement son activité par la menuiserie d'aluminium puis la vente de bouteilles d'oxygène. Tout récemment, elle a ouvert une téléboutique. Son chiffre d'affaires pour l'année 2004 a dépassé 216 000 DH et ce, seulement pour l'activité miroiterie, lit-on sur la brochure de la fondation. Ce résultat plus qu'honorable conforte le positionnement de la fondation Zakoura dont le portefeuille est, à 90%, constitué de femmes. C'est un choix réfléchi car nous estimons que la participation économique de la femme a une incidence directe sur son environnement, souligne son fondateur. Sur les 200 000 clients actifs de la fondation, l'écrasante majorité est constituée de femmes analphabètes qui font du commerce. La même tendance est constatée auprès d'Al Amana. Plus de 250 000 prêts accordés servent à développer des commerces, le nombre est légèrement moindre pour l'artisanat. De son côté, le gouvernement lance une grande opération de création de TPE (Très petites entreprises) financées par les banques à concurrence de 250 000 DH. Les associations actives dans le microcrédit seront les relais de formation et d'accompagnement. Leurs clientes seront probablement les premières à en tirer profit. |
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Etape 1. On peut commencer à emprunter à partir de 500 à 2000 DH selon l'organisme de prêt. Pour 2500 dirhams, le remboursement s'étale sur 6 à 8 mois et demi avec un taux d'intérêt moyen de 12% et des traites de 170 dirhams pour la durée d'emprunt la plus longue. Le but est d'aider au démarrage d'une activité créatrice de revenus.
Etape 2. La régularité des remboursements et la ténacité de la cliente détermi- nent l'évolution des montants qui peuvent facilement atteindre 10 000 dirhams. A 10%, les traites ne dépassent pas 1000 dirhams pour une période de 8,5 mois. On reste dans l'informel mais la bénéficiaire peut s'installer dans un local.
Etape 3. Quand les bénéficiaires ont accumulé un capital-confiance, l'organisme de financement peut les pousser à la création de coopératives, de petites entreprises. On mutualise les dépenses pour s'attaquer à des marchés plus grands, par exemple l'artisanat qui s'introduit désormais dans la grande distribution et pourquoi pas l'export. Les crédits sont plafonnés à 25 000 dirhams par personne. |
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Fiscalité. De l'informel au formel
Ce qui frappe dans le microcrédit, c'est bel et bien l'encouragement donné à des activités informelles. Nos femmes commerçantes ayant bénéficié de ce financement le savent. Au départ, le crédit résulte d'une opération formelle soumise à des contrôles, dont celui de l'Etat. Les associations et fondations opérant sur la place n'échappent pas à cette règle. Mais dès que l'argent du microcrédit a été injecté dans le marché, l'informel entre en jeu. Les bénéficiaires s'activent sans couverture fiscale. Un membre de la société civile n'hésite pas à expliquer cela par une prise de conscience collective du rôle de l'informel dans l'amélioration du quotidien de la population. Ainsi, face au social, les seuils de tolérance s'élargissent. Cependant, il demeure toujours possible de réfléchir à une reconversion de l'informel au formel. Ce n'est pas sorcier, il suffit d'instaurer un système fiscal simplifié pour mettre fin à une hypocrisie qui a trop duré. |
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