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N° 215
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Salma Mestiri

Politique. Femmes et chefs d’Etat

Ellen Johnson Sirleaf (AFP)

Merkel, Sirleaf, Halonen et Bachelet… Femmes élues aux plus hautes fonctions de l'Etat, elles étaient ces derniers mois sous le feu des projecteurs. Avec leur arrivée au pouvoir, voir une femme à la tête d'un pays commence à entrer dans les mœurs. Exemples et portraits.


On dit des femmes qu'elles sont émotives, instables et frivoles. Non contentes d'être bavardes et dépensières, elles tombent enceintes, passent leur temps à critiquer leurs semblables et à se pâmer devant des robes pendant leurs virées-shopping. Parfois, on leur concède
gentiment la capacité de penser à deux choses en même temps. Mais de là à les voir tenir les rênes du pouvoir… Pensez donc ! Confier la destinée d'un peuple à une “chose variable et changeante”, comme disait Virgile ? Mais oui, cela arrive. Aujourd'hui, des femmes sont au pouvoir sur les cinq continents et ni la Nouvelle-Zélande, ni l'Irlande, entre autres pays gouvernés par des femmes, ne semblent être sur le point de s'effondrer. Au cours des derniers mois, quatre d'entre elles ont rejoint ou sont restées dans le club très fermé des femmes présidentes ou chefs de gouvernement : Angela Merkel en Allemagne, Tarja Halonen en Finlande, Ellen Johnson Sirleaf au Libéria et Michelle Bachelet au Chili (cf portraits). Des événements unanimement applaudis mais non sans hypocrisie. Car si on se félicite de l'arrivée d'une femme au pouvoir, on l'attend au tournant. On exige plus d'elle que ce qu'on demanderait à un homme : va-t-elle y arriver ? Saura-t-elle s'imposer ? “Mais qui va garder les enfants ?” a grincé Laurent Fabius en France lorsque Ségolène Royal, compagne du secrétaire général du Parti socialiste, François Hollande, a annoncé qu'elle se verrait bien à l'Elysée. Toujours est-il qu'avec l'arrivée de femmes au pouvoir dans des pays considérés comme conservateurs sur leurs droits et leur image, tels l'Allemagne et le Chili, voir une femme à la tête d'un gouvernement se banalise. Et entre les remarques sexistes et les mièvreries, du type “Si nous étions gouvernés par les femmes, le monde ne serait qu'amour”, il y a de la marge.

Progrès
Dans le monde arabe, quelques avancées ont été réalisées cette année, notamment dans les monarchies conservatrices du Golfe : jusqu'à présent les femmes ne pouvaient voter qu'au Qatar, à Bahreïn et dans le sultanat d'Oman. Il faudra désormais ajouter le Koweït. En mai 2005, les femmes y ont obtenu les droits de vote et d'éligibilité qu'elles pourront exercer pour la première fois, en juillet 2007, lors des prochaines élections législatives. Une femme, Maassouma al Moubarak, a également été nommée ministre du Plan et deux autres, toutes deux ingénieurs, ont été désignées pour faire partie de l'unique conseil municipal du pays. Les députés islamistes, opposés à l'octroi de droits politiques aux femmes, sont malgré tout parvenus à imposer une clause obligeant les femmes à se conformer aux “normes islamiques” dans l'exercice de leur mandat. En Arabie Saoudite, en revanche, malgré un débat agité sur la question du droit de vote féminin, les femmes sont restées spectatrices lors du premier scrutin de l'histoire du pays, organisé en février 2005. On leur a promis qu'elles pourraient voter en 2009, si tout allait bien...

Ailleurs on légifère sur les problèmes de succession au trône. En Espagne, un projet se précise pour modifier la Constitution, afin de permettre à la petite Leonor, fille du prince des Asturies et héritier du trône, de lui succéder même si elle a un frère. Au Japon, le débat sur un éventuel amendement de la Constitution est en suspens, puisque la grossesse de la princesse Kiko, dont beaucoup espèrent qu'elle porte un garçon, est venue changer la donne. Quant à la Suède, la Norvège et la Belgique, elles ont déjà révisé leur législation pour que l'enfant aîné d'un souverain puisse hériter de la couronne quel que soit son sexe.

Y a-t-il une manière féminine de gouverner, comme certains disent qu'il existe une littérature, une manière d'écrire féminines ? Là n'est pas la question. De Merkel à Sirleaf, en passant par Bachelet et Halonen, les nouvelles arrivées devront faire leurs preuves, à l'instar de n'importe quel politicien, et seront jugées sur leurs performances. En attendant de voir ce qu'il adviendra aux Etats-Unis d'Hillary Clinton et de Condoleezza Rice (femme, noire et soutenue par l'épouse de l'actuel président… une première en Amérique) qui concentrent déjà les paris pour la succession de George W. Bush.



Ellen Johnson Sirleaf

Dans son pays, on l'appelle la “Dame de fer” africaine. Après une longue carrière politique, aussi bien dans l'opposition qu'au gouvernement, Ellen Johnson Sirleaf a été élue le 8 novembre présidente du Libéria face à l'ancien ballon d'or George Weah, devenant ainsi la première femme élue à la tête d'un Etat africain. Economiste formée à Harvard, cette mère de quatre enfants, grand-mère de huit petits-enfants, a travaillé pour l'ONU, la Banque mondiale ainsi que pour la Citibank. Sa réputation de probité et d'intransigeance date de 1985, lorsqu'elle a renoncé à son fauteuil de sénateur en signe de protestation contre des fraudes électorales, ce qui lui a d'ailleurs valu d'être emprisonnée. Au lendemain de sa victoire, Mme Sirleaf, décidée à aller de l'avant, a fait part de son intention de proposer à son rival “un rôle important dans le prochain gouvernement”. La nouvelle présidente du Libéria, 67 ans, veut aujourd'hui être une “fierté” pour les femmes du monde entier et s'est engagée à “changer l'image du Libéria”, en inversant “la perception d'un Etat posant des problèmes et se trouvant en situation d'échec”. Mais elle devra d'abord passer outre ses ennemis (et elle s'en est fait beaucoup) pour s'attaquer aux problèmes d'un pays ravagé par quatorze ans de guerre civile, aux infrastructures presque inexistantes - le réseau électrique et d'adduction d'eau a été complètement détruit - et gangrené par la corruption.



Angela Merkel

Conservatrice, autrefois mal-aimée, même de certains membres de son propre parti, Angela Merkel est devenue le 22 novembre la première chancelière de l'histoire de l'Allemagne.
A 52 ans, femme, divorcée et protestante, Mme Merkel était déjà parvenue à s'imposer au sein de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), traditionnellement dominée par des hommes catholiques de l'ex-Allemagne de l'ouest, pour devenir il y a cinq ans la première femme à diriger l'un des plus grands partis du pays. Née en Allemagne de l'ouest, cette fille de pasteur a quelques semaines lorsque sa famille s'installe en ex-RDA ; elle passera toute sa jeunesse derrière le Rideau de fer et deviendra chercheuse à l'Institut de physique-chimie de l'Académie des sciences de Berlin-est. Aujourd'hui, alors qu'elle a longtemps eu tendance à ne pas afficher ses origines, elle se dit “fière d'être une responsable politique pour toute l'Allemagne avec des racines d'ex-RDA”. “Angie”, comme l'appellent ses fans, a essuyé une pluie de critiques durant sa campagne contre Gerhard Schroeder. La flèche que lui a décochée Doris Schroeder était particulièrement acérée : l'épouse de l'ancien chancelier a mis en doute les capacités de celle qui était alors candidate à la chancellerie à comprendre la volonté des femmes allemandes de travailler et d'élever des enfants en même temps, Angela Merkel n'ayant pas d'enfants… une tare dans un pays où les femmes ont longtemps été cantonnées à la garde de leur progéniture. On a également beaucoup reproché à Mme Merkel son pro-américanisme et ses prises de distance avec la France, sans compter les accusations de trahison dont elle a été la cible il y a quelques années : elle a été la première à lâcher son ancien mentor, Helmut Kohl, au moment du scandale sur le financement de la CDU.



Michelle Bachelet

Son histoire se confond avec celle de son pays. Michelle Bachelet, fille d'un militaire mort sous la torture après le coup d'Etat de Pinochet en 1973, elle-même torturée et exilée, est devenue le 15 janvier la première femme élue à la tête de l'Etat au suffrage universel au Chili et en Amérique du sud. A 54 ans, l'ex-ministre de la Santé et de la Défense a emporté l'adhésion d'un pays majoritairement catholique et conservateur bien qu'étant une mère célibataire de trois enfants, divorcée et agnostique. D'après ceux qui la côtoient, cette ancienne pédiatre, figure du Parti socialiste chilien, est un bourreau de travail qui ne dort pas beaucoup, ce qui ne l'empêche pas d'être une bonne vivante, souriante, chaleureuse et aimant danser. “Le secret, la discipline et l'autorité” sont autant de composantes de son “style militaire”, estime l'un de ses plus proches collaborateurs, cité par le quotidien chilien La Tercera. C'est en grande partie grâce à elle que la relation entre le Chili et son armée, malmenée par dix-sept ans de dictature de la junte militaire, s'est améliorée durant son mandat au ministère de la Défense. La présidente élue s'est engagée pendant sa campagne à mettre l'accent sur le social, en améliorant le système des retraites et en réduisant la pauvreté. Michelle Bachelet doit prendre officiellement la tête du Chili le 11 mars, mais elle a déjà annoncé la composition de son prochain gouvernement, qui comptera autant de femmes que d'hommes.



Tarja Halonen

De son ancien surnom, “Tarja la Rouge”, dû à ses idéaux d'extrême gauche, il ne reste plus que des reflets roux dans ses cheveux courts. La présidente de la république de finlande, Tarja Halonen, devenue en 2000 la première femme à accéder à la magistrature suprême dans son pays, a mis de l'eau de son vin et défend désormais “une économie de marché productive et vigoureuse (…)”. Réélue à une courte majorité le 29 janvier, elle bénéficie d'une cote de popularité très élevée : 94% de ses concitoyens avaient d'elle une opinion favorable en 2004, contre 70% aujourd'hui. D'après une enquête de l'institut Gallup, les Finlandais la considèrent comme “fiable” et “humaine” et apprécient son engagement pour une “mondialisation juste” ainsi que sa défense de l'Etat-providence. A 62 ans, féministe et militante des droits des minorités, notamment des homosexuels, Tarja Halonen a un profil peu conventionnel, même si elle est un pur produit de la social-démocratie scandinave. Elevée par sa mère, aide-ménagère, dans un quartier ouvrier de Helsinki, elle a été la première de sa famille à avoir son baccalauréat. Cette ancienne mère célibataire, agnostique dans un pays où l'Eglise luthérienne est quasiment Eglise d'Etat, a longtemps vécu en concubinage avec son actuel mari, avant de l'épouser quelques mois après son élection. Juriste de formation, elle n'a jamais occupé de fonctions de direction au sein de son parti, le SDP, mais a été la première femme à devenir ministre des Affaires étrangères en Finlande. Elle est aujourd'hui devenue la “mère de la Nation”, ou “maman Moumine”, du nom d'un personnage de la littérature enfantine finlandaise connu de tous ses compatriotes.



Chronologie. Présidentes et premiers ministres

Aujourd’hui
Philippines. Gloria Arroyo, chef de l'Etat depuis janvier 2001
Irlande. Mary McAleese, élue en octobre 1997, réélue le 1er octobre 2004
Lettonie. Vaira Vike-Freiberga, investie en 1999, est la première femme chef d'Etat en Europe de l'Est
Nouvelle-Zélande. Helen Clark a pris la tête du gouvernement en 1999
Bangladesh. Begum Khaleda Zia dirige ce pays à majorité musulmane depuis octobre 2001
Sao Tome et Principe. Maria do Carmo Silveira a été nommée premier ministre en juin 2005
Mozambique. Luisa Diogo, premier ministre depuis 2004

Et dans le passé…
Sri Lanka. En 1960, Sirimavo Bandaranaike, première femme premier ministre au monde
Israël. Golda Meir est premier ministre de 1969 à 1974
Grande-Bretagne. Margaret Thatcher, seule femme premier ministre de l'histoire du pays, de 1979 à 1990
Inde. Indira Gandhi gouverne l'Inde pendant onze ans, jusqu'à son assassinat en 1984
France. Edith Cresson, premier ministre de 1991 à 1992
Turquie. Tansu Ciller, première femme chef du gouvernement en Turquie, de 1993 à 1996
Sri Lanka. De 1994 à 2005, Chandrika Kumaratunga.
Indonésie. De 2001 à 2004, Megawati Soekarnoputri dirige un pays à 90 % musulman
Pakistan. De 1988 à 1990, puis de 1993 à 1996, Benazir Bhutto est à la tête du gouvernement

 
 
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