Interview vérité. "Je chante pour défendre les femmes"
Moeurs. Agadir, Happy end, envers et contre tous
Société. Les bonnes ont la parole
Militantisme. Que sont devenues nos féministes ?
Débat. "Elles et nous"
Politique. Femmes et chefs d'Etat
Porofils. Marocaines politiciennes européennes
Microcrédit . Les femmes d'abord !
Rencontre. La vie rêvée de Sofia
N° 215
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Chef de rubrique Karim Boukhari

La semaine Maroc

Hamid Bouheddi (DR)

Affaire Mandari. Sur la piste du tueur

Nouveaux rebondissements dans l’affaire Hicham Mandari, assassiné en août 2004 dans un sous-sol d’immeuble près de Malaga. Des sources espagnoles ont en effet révélé, en milieu de semaine, que la garde civile a retrouvé la trace du suspect numéro un, un certain Hamid Bouheddi, qui se présenterait le plus souvent sous la fausse identité de H. Aït Menna. Information immédiatement relayée par l’agence MAP mais sans plus de précisions. Il s’avère, d’après nos informations, que le suspect en question, un Marocain originaire de la région d’Oujda, bien connu dans certains milieux en France et en Espagne, serait
actuellement en détention dans une prison parisienne. Son arrestation remonterait à quelques semaines déjà à l’issue d’un banal délit de droit commun. Une délégation de la garde civile espagnole est actuellement en France pour enquêter à son sujet. D’autres arrestations devaient suivre en fin de semaine, cette fois en Espagne, concernant au moins deux autres suspects marocains. Ces actualités surviennent au moment où l’affaire Mandari a été relancée à partir des Etats-Unis, pays dans lequel le défunt a d’abord été incarcéré avant son extradition en France. Un juge américain aurait dépêché, d’après nos informations, une commission rogatoire en France dans le but, notamment, d’avoir accès aux enregistrements des caméras de surveillance de l’aéroport Charles De Gaulle, là où Mandari a embarqué pour son dernier voyage en compagnie de ses gardes du corps. On ignore pour le moment si le “réveil” de la garde civile espagnole est en relation avec l’enquête aux Etats-Unis. Affaire à suivre.


Polisario. Après Tindouf, Tifariti ?

Les festivités marquant le 30ème anniversaire de la RASD ont été unanimement interprétées comme un acte majeur de provocation du Polisario et un aveu d’impuissance du Maroc. Elles ont eu lieu à Tifariti, localité de quelques centaines d’habitants coincée entre le mur de sable (dont elle est distante de 10 km) et la frontière théorique du Sahara (celle en escalier). A cette occasion, près de 15 000 personnes ont été transportées de Tindouf vers Tifariti (4000 km séparent les deux “villes”) , en plus de quelque 500 officiels dont deux ministres algériens. Un défilé militaire a même eu lieu sur place. Explication d’un observateur qui connaît la question : depuis trois ans, le Polisario lorgne en direction de Tifariti où il est tenté de transférer une partie des camps de Tindouf. Des constructions en dur (un“parlement” notamment) sont également prévues. La balle est dans le camp du Maroc et de l’ONU.


Trafic. La passoire tétouanaise

La police de Tétouan est sur les dents depuis la découverte de passeports marocains, sur de nombreux candidats algériens à l’immigration clandestine. L’enquête a révélé que les passeports tétouanais se vendent comme des petits pains au marché noir à Oujda et Maghnia en Algérie. Cédé à 5 000 DH pièce, voire plus, le précieux document permet à son détenteur de traverser la frontière entre Sebta et Fnideq sans présenter de visa. “Un cadeau fait par les Espagnols aux résidents tétouanais pour leur permettre de faire de la contrebande en toute liberté”, rapporte une source proche des services de sécurité de la ville qui précise qu’une fois à l’intérieur de Sebta, les candidats à l’immigration algériens ou subsahariens ne sont pas passibles d’expulsion.


Partis. L’accident de Benatik

Abdelkrim Benatik a échappé à une mort certaine lors d’un grave accident de la circulation, il y a quelques jours. Sa voiture a effectué cinq tonneaux sur la route reliant Rabat à Oued Zem où il se rendait pour un meeting populaire. Le fondateur du parti travailliste et ancien secrétaire d’Etat était toujours en clinique en milieu de semaine mais il est hors de danger. Notons par ailleurs que le parti travailliste, de création récente, entame à partir du 11 mars les préparatifs officiels pour la tenue de son premier congrès, prévu avant l’été 2006.


Elections. Les femmes (et les vieux) d’abord !

S’il est adopté, le nouveau texte sur la révision du mode de scrutin pourrait entrer dans les annales de l’histoire électorale du Maroc, non pas en raison du retour fort probable au scrutin uninominal, mais parce que le Ministère de l’Intérieur propose la création d’une liste nationale de 75 personnes qui ne comprendrait pas uniquement des femmes. Mais aussi des hommes et pas n’importe lesquels : “Ce sont des politiciens très connus mais qui ne peuvent pas se présenter aux élections car leurs chances de réussite sont minimes”, explique un socialiste. Entendez : leurs fonctions ministérielles ou parlementaires les ont détachés de leurs circonscriptions d’origine. Loin des yeux , loin du cœur. Les électeurs les ont donc oubliés. Pour se maintenir au pouvoir, ces messieurs bénéficieront du même traitement de faveur que les femmes. La discrimination positive version homme arrive. Pleure, ô démocratie !



Billet. Marocanité aux enchères

Driss Ksikes

Avez-vous déjà fait l’inventaire des polémiques centrées sur “la marocanité” ? Appréciez ce “digest” : les émeutes à Laâyoune ont engendré une loi qui sacralise le drapeau national ; la Une du journal Al Bidaoui sur les “anti-nation” lui a valu une censure a priori et un procès a posteriori ; le film Marock a suscité la hargne d’artistes allant jusqu’à lui renier le statut de “film marocain” ; “l’appel du citoyen” a stigmatisé les voix libres qui “sapent le moral de la nation”… Ici et là, de loin en loin, pointent des relents de Mc Carthysme, voire de fascisme. La question devient du coup, très (trop) sensible. Au Maghreb des livres à Paris, Abdellah Taïa a parlé de ces Marocains qui se croient “plus purs que les autres”. Abdellatif Laâbi lui a rétorqué qu’”il n’y a pas de Marocains purs et de Marocains impurs”. Laâbi avait pensé que Taïa traçait une frontière entre les “Marocains de souche” et les autres (beurs, fils de couples mixtes, enfants de la diaspora…). Il est effectivement déplorable que ces derniers soient jugés “moins Marocains” pour une affaire de sang, de langue ou de territoire. Mais Laâbi avait mal compris. En fait, Taïa voulait parler de ces quelques Marocains aux privilèges incalculables, qui ont accès à tout par passe-droits, et que les Marocains d’en bas considèrent comme des “super citoyens” dont ils ne peuvent égaler le statut. Au fond, le dilemme est double : à entendre l’élite bien pensante, il faut être politiquement correct pour être “vraiment Marocain”. À écouter le peuple, un privilégié impuni a le tort de se considérer “plus Marocain” que les autres. Le vrai problème n’est ni dans le comportement ni dans les idées des gens, mais dans la capacité de l’Etat à protéger les libertés des uns et contrôler les abus des autres. Au nom du droit, et non de la marocanité.



Solidarité. Opération pièces jaunes

L’opération pièces jaunes, c’est parti ! Pour sa septième édition (du 1er mars au 21 avril), l’initiative lancée par l’AMESIP (Association marocaine d’aide aux enfants en situation précaire) s’appuie sur un partenariat avec la Poste. Pour aider les enfants des rues à se construire un avenir meilleur, il vous suffit d’aller au bureau de poste le plus proche pour retirer votre “tirelire spéciale pièces jaunes”. Une fois remplie (mettez à contribution vos enfants et tous vos proches), rapportez-la au guichet de poste et on vous fournira, transparence oblige, un reçu de la somme qu’elle contient. L’année dernière, l’AMESIP n’a réussi à collecter que 168 000 DH. Elle table cette année sur 500 000 DH. Ils ne seront pas de trop pour financer les activités de l’association, qui compte déjà 5 centres d’accueil pour enfants défavorisés. À vos pièces !


Sahara. Les partis rendent leur copie

La classe politique a été convoquée vendredi 3 mars au palais royal pour discuter de la question de l’autonomie du Sahara. Les chefs de parti devaient rencontrer les conseillers Mohamed Moâtassim et Abdelaziz Meziane Belfqih pour exposer leurs propositions, conformément à la demande du roi. C’est à partir cette base que le Maroc arrêtera sa décision qu’il communiquera par la suite à l’ONU au plus tard en avril prochain. Le Palais et les partis politiques tiennent pour la première fois des consultations directes sur ce sujet. Auparavant, c’était le ministère de l’Intérieur qui faisait l’intermédiaire. “De toute façon, les points de vue ne sont pas très différents. Tout le monde soutient l’idée d’une autonomie élargie dans le cadre de la souveraineté marocaine”, explique un membre du bureau politique de l’USFP. La question principale est de savoir s’il y aura ou non un référendum.


Kiosque. Fume du marocain, ça calme !

Le magazine français Technikart a défendu dans son numéro du mois de février une étrange théorie pour expliquer les émeutes dans les banlieues françaises. L’embrasement serait dû à une pénurie de haschich survenue à la suite de la campagne marocaine d’éradication de la culture du cannabis dans le Rif. Sans leur “camisole vaporeuse, écrit Nicolas Santolaria, journaliste vedette du magazine, les jeunes avaient les crocs. Beaucoup n’avaient rien à fumer et la tension était palpable”. Faute de trouver notre haschich apaisant sur le marché français, les consommateurs de banlieue se seraient rabattus sur l’herbe chimique néerlandaise aux effets excitants, d’où leur envie subite de brûler la voiture du voisin de palier. Les journalistes de Technikart avaient habitué leurs lecteurs aux théories fumeuses. Mais là, c’est désormais sûr, ils fument du marocain.


Verrouillage. Elyazghi contrôle la presse USFP

Mohamed Elyazghi, premier secrétaire de l'USFP et directeur de Libération, est depuis le 3 mars le nouveau directeur de publication du quotidien arabophone de son parti, Al Ittihad Al Ichtiraki. Par la même occasion, Mohamed Chaouki se retrouve au poste de directeur-adjoint de la même publication ; Abdelhamid Jmahri, secrétaire général de la rédaction et Mustapha Laraqi, rédacteur en chef. La candidature de Abdelhadi Khairate, pressenti depuis longtemps pour ce poste, a été rejetée par le même Elyazghi et la hiérarchie du parti parce que “ses conditions ont été jugées excessives”, selon une source proche du parti.



3 questions à Réda Taoujni (Président de l’Association du sahara marocain (ASM))

Votre départ du Maroc, il y a trois ans, avait été assimilé à un exil. Le retour, que vous annoncez imminent, signifierait-il votre réconciliation avec le régime marocain ou avec ses services de renseignements ?
Ni l’un ni l’autre. Notre départ pour l’Espagne en 2003 était préparé dès 2001, avant même nos démêlés avec les services. Nos problèmes n’étaient pas liés à eux mais à une seule personne. L’ASM n’est qu’une ONG qui milite pour la marocanité du Sahara ; elle est composée de vrais Sahraouis dont les frères ou les cousins sont aujourd’hui au Polisario.

Votre action sera-t-elle plus efficace à partir du Maroc qu’à partir de l’Espagne ?
Aujourd’hui, oui. En trois ans de présence en Espagne, on a tissé un très bon tissu relationnel avec les ONG, la presse, les partis politiques. C’est un acquis sur lequel on continuera de capitaliser. On y garde d’ailleurs une plateforme de fonctionnement à partir de l’Espagne qui reste la plaque tournante de la propagande polisarienne. Nous rentrons au Maroc parce que notre action prendra un tournant cette fois-ci plus national.

Que comptez-vous faire réellement au Maroc ?
Du terrain, dans le Sud marocain. Nous avons déjà ouvert plusieurs bureaux dans toutes les villes du sud, de Laâyoune à Dakhla. L’avenir du Sahara se joue aussi à partir du Maroc, auprès des populations sahraouies.


Mémoire. Une ONG pour les victimes de 1981

Les victimes des émeutes de 1981 à Casablanca sont sur le point de se constituer en association. Pourquoi aujourd’hui ? “Parce que nous sommes désormais prêts pour assumer nos responsabilités”, répond Saïd Masrour, pressenti pour être à la tête de l’ONG et qui se dit “indigné de voir autant de personnes récupérer notre cause pour leur propre compte. Il était temps qu’on prenne ça en main”. La deuxième association consacrée aux victimes des années de plomb (après celle des survivants de Tazmamart) se veut à vocation sociale uniquement. “Nous n’avons pas de revendication politique ou syndicale, nous voulons seulement améliorer les conditions précaires dans lesquelles vivent un grand nombre de familles de victimes, dont le chiffre est pour le moment estimé à 300” , précise Ali Zerrad, un des fondateurs. L’association, dont l’assemblée constitutive aura lieu le 4 mars à Casablanca, compte solliciter le CCDH pour se pencher sur 66 cas de décès qui n’ont pu être traités par l’IER.


La Mañana. Verdict le 6 mars

Les procès contre la presse continuent. Ainsi, le dossier du quotidien La Mañana a été mis en délibéré par le Tribunal de première instance de Casablanca. Le 27 février, ce dernier a annoncé qu’il rendra son verdict le 6 mars prochain. Quant à l’examen de l’affaire du directeur de l'hebdomadaire Al Michâal, il a été reporté au 4 avril prochain. Rappelons que le premier est accusé d’avoir reproduit l’intégralité d’un article paru dans la presse espagnole jugé “insultant” pour la mémoire de Hassan II et que le second est poursuivi pour diffamation à l’encontre d’un chef d’Etat étranger qui n’est autre que Abdelaziz Bouteflika.


Prix. Bnouhachem héros malgré lui

Notre confrère Abdennacer Bnouhachem, ancien de 2M et actuel membre de la HACA, a reçu en fin de semaine un drôle de prix : celui que le Festival d’Al Jazira pour la télévision lui a attribué… il y a un an. Explication : notre confrère (et son ancien employeur, 2M) ne s’étaient pas déplacés pour ledit festival et ignoraient tout du prix qu’ils y avaient reçu. Heureusement, l’un des membres du jury, un Marocain enseignant à l’Institut de la presse à Casablanca, a finalement rapporté le trophée et l’a remis cette semaine à Bnouhachem. Ouf ! Il n’en reste pas moins que le choix du lauréat ne souffre aucune discussion, tant le travail réalisé par Bnouhachem est excellent. L’émission évoque le destin contrarié d’un couple : envoyé au front en pleine lune de miel, il y a un quart de siècle, le mari est enlevé par le Polisario. La femme refuse avec courage toute demande de (re)mariage et s’accroche à l’espoir du retour de son mari… qu’elle retrouvera, plus de 25 ans plus tard.



Humeur. Pour les bleus

Karim Boukhari

Les festivités du Cinquantenaire ne m’ont rien appris sur la réalité du protectorat. Loin de moi l’idée d’en réduire la portée, mais elles m’ont rappelé mes longs et insipides cours d’histoire où le professeur, entre deux bâillements, nous expliquait sans trop y croire que “l’indépendance a été l’œuvre du trône alaouite… et du peuple”. Sans plus, la mention “et du peuple” étant lâchée in extremis, à contrecœur, comme une concession de dernière minute. C’est malheureux à dire mais l’école a fait de moi un bleu, pas de ceux qui croient au parti d’Ahmed Osman, mais de ceux pour qui le protectorat s’arrête à une agression étrangère et pour qui la libération n’est qu’une histoire d’héroïsme couronnée par la vision de Mohammed V sur la lune. Heureusement qu’il y a eu, par la suite, des bouquins et des films non marocains (à l’exception de Laroui), pour corriger cette vision romantique des choses et la rendre un peu plus adulte. C’est à cela, à cette carence d’images et d’écrits, à cette paresse coupable de nos auteurs et cinéastes que j’ai d’abord pensé en visionnant le premier volet documentaire d’Ahmed Maânouni, dédié à la longue histoire commune entre le Maroc et la France. Le film s’appelle La fiction du protectorat. Il donne à voir et écouter les points de vue contrastés de personnages aussi éloignés les uns des autres que peuvent l’être un Boubker Kadiri, zaïm de l’Istiqlal et père du salafisme (qui admet tout de même les “bienfaits” du protectorat) et un Jean Lacouture qui explique subtilement que le même flou a entouré les conditions du protectorat et celles de la libération. Une réflexion intéressante sur les limites de l’indépendance et le rôle véritable du colonialisme, à ne pas rater la semaine prochaine sur 2M (et sur LCP, pour ceux qui zappent systématiquement la télévision marocaine)… si vous voulez.



VITES !

Selon des échos parus dans la presse belge, la dernière visite de Mohammed VI à Kinshasa a été l’occasion pour le mouvement populaire de la révolution (ex-parti unique de Mobutu Sese Seko) de lui lancer un appel pour que la dépouille de l’ancien président zaïrois inhumé dans le cimetière catholique de Rabat soit rapatriée. Le rapatriement était dans l’air depuis octobre 2005.


À l’heure où nous mettons sous presse, nous apprenons que le général Larbi Belkheir, ambassadeur d’Algérie au Maroc, a confirmé sa présence à la 6ème édition des Khmissa. Une première. Convié à Khmissa 2005, son prédécesseur avait décliné l’invitation. Signe d’ouverture ? Si c’est le cas, Belkheir devra subir les vocalises de Nolwenn de la Star Ac 3, invitée à chanter.


Al Adl Wal Ihsane a un sérieux concurrent… sur le Net. Il s’agit du site jamaa.org, qui ressemble comme un faux-jumeau au site d’Al Adl (aljamaa.org), et qui correspond en réalité à un portail israélien, spécialisé dans le Moyen-Orient. La ressemblance est d’autant plus gênante que le site de la jamaâ de Yassine est victime de pannes aussi fréquentes qu’inexplicables.


Le ministère de la Justice devrait bientôt soumettre au Parlement un nouveau projet de loi concernant le casier judiciaire. Les délinquants qui auront purgé leur peine pourraient ainsi retrouver du travail à leur sortie de prison. Cette initiative concerne plus spécifiquement les plus diplômés d’entre eux. Attendons-en la concrétisation.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés