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N° 215
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali


Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Je vous vois ricaner de l’autre côté de la page : il faut attendre le huit mars pour voir enfin Zakaria Boualem s’intéresser aux femmes ! Ce macho congénital-maladie très courante dans l’oriental - ignore superbement la moitié de la population mondiale et vient, une fois par an, nous livrer ses pénibles réflexions pour se donner bonne conscience… Oui, c’est vrai. Et c’est même encore pire que cela puisque dans sa bonne ville de Guercif, Zakaria Boualem n’avait jamais entendu parler de cette histoire de huit mars. J’affirme donc que la fréquence d’une fois par an, qui vous semble insuffisante, est déjà considérable pour un homme habitué à aborder ce sujet environ une fois par vie. C’est bien simple : pendant toute une première partie de son existence, Zakaria Boualem a fait comme si les femmes n’existaient pas. Vous allez me répondre : mais il avait bien une maman, une sœur… non ? Justement, c’étaient des mamans et des sœurs, jamais des femmes. Les adeptes de Freud peuvent se pencher sur ce point et me faire parvenir leurs conclusions, et merci. Poussé par ses hormones, Zakaria Boualem ne s’est donc intéressé à la gent féminine qu’à partir de seize ans. La femme est alors devenue pour lui une sorte de gibier, ou mieux, une coupe d’Afrique à conquérir. Evidemment, il ne lui a jamais traversé l’esprit que les demoiselles de son âge, elles aussi, pouvaient avoir des hormones. Chez lui, ça ne se fait pas. Pas d’hormones, pas de tentations, pas de dérapages. À la limite des sentiments, mais bon, ça se soigne apparemment en
regardant les chaînes de Nilesat. Zakaria Boualem, disions-nous, a passé sa jeunesse à essayer de convaincre des jeunes filles de céder à ses tentations. Notons au passage qu’à Guercif, l’honneur d’un homme est proportionnel au nombre de demoiselles séduites alors que l’honneur d’une demoiselle dépend de sa virginité. Cette légère incohérence n’est pas sans provoquer quelques déséquilibres sociaux, d’ailleurs.
C’est donc en arrivant à Casablanca que Zakaria Boualem a découvert que les femmes avaient des envies, et même des droits. Il a même découvert qu’elles avaient “des mecs”, selon le mensuel Femmes du Maroc, et qu’elles aimaient bien qu’on leur offre des fleurs. Il s’est donc dit naïvement que c’était tant mieux, qu’on allait pouvoir faire tout ce qu’on faisait avant à Guercif, mais cette fois-ci au grand jour et en offrant des fleurs. Erreur… L’hypocrisie est la même, la seule différence avec sa ville natale, c’est l’anonymat. En effet, à Guercif, si une fille veut avoir “un mec”, il faut qu’elle change de ville. A la limite, ça peut être un cyber-mec. Ou un mec par correspondance (d’où la masse étonnante des jeunes demoiselles de Guercif qui s’adressent à l’Opinion des jeunes pour leur dénicher “un correspondant”). A Casablanca, c’est plus simple : il suffit de changer de quartier, et l’affaire est dans le sac. Zakaria Boualem en a conclu que Guercif et Casa vivaient dans la même hypocrisie. Il a donc fréquenté assidûment des casablancaises, et il en a tiré les statistiques suivantes :
A peine 0,34% des demoiselles, quel que soit leur niveau d’études et leurs revenus, se sentent concernées par une participation à l’addition de quelque consommation que se soit.
86% des demoiselles qui se sont révoltées contre le machisme ambiant, deviennent des mamans jalouses de la virginité de leurs filles et contrôlent leurs entrées-sorties avec la férocité d’un douanier Schengen.
78% des demoiselles qui réclament le droit à avoir une vie sociale y renoncent aussitôt mariées et assignent leur conjoint à résidence sans le moindre remords.
Que conclure de ces statistiques ? Franchement, je n’en sais rien. Je peux à la limite vous livrer les conclusions de Zakaria Boualem, elles n’engagent que lui. Elles tiennentt en deux mots : le délire social est généralisé, et ce ne peut pas être uniquement de la faute des hommes.

 
 
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