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Par Cerise Maréchaud
Cinéma.
Imad et Swel Noury. Nos frères lumière
Avec Heaven's Doors, sorti au Maroc dans une discrétion navrante, ils ont bluffé le public du festival de cinéma de Berlin, l'un des plus prestigieux au monde. Rencontre avec des enfants de la balle prometteurs.
Rasé de près, Hakim Noury roule sur la Corniche casablancaise, laissant le Mégarama derrière lui. Quelques jours après la trop discrète sortie du premier film de ses deux fils, mieux vaut tourner le dos au complexe cinématographique où n'a pas eu lieu l'avant-première marocaine espérée. Un écho bien décevant pour Heaven's Doors, après les applaudissements enjoués de la Berlinale 2006, en février.
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Hormis quelques articles épars, l'accueil national est resté glacial. Déçu, Noury père peste aussi contre la post-production qu'il a fallu refaire à Lisbonne, la négligence côté couloirs du Centre cinématographique marocain et les deux ans de galère que viennent de vivre, malgré leur patronyme célèbre, Imad et Swel (version hispanisée de Souheil).
Leur mère les avait prévenus, rit, un peu jaune, Hakim : pas de cinéma au Maroc !. Même si c'est elle, Pilar Cazorla, Madrilène d'origine andalouse, qui deviendra plus tard leur productrice. Ce qui dérange, c'est qu'ils sont jeunes et différents. Ils ont révolutionné le cinéma marocain. Ce n'est pas le père, mais le professionnel qui parle. Un peu facile ? Et pourtant. Car Heaven's Doors, très loin d'être un coup d'essai de fils à papa délicats à critiquer, est une petite pépite de maîtrise cinématographique, le fruit d'un tandem fraternel doué et savamment initié.
Synergie
Swel a 27 ans et Imad, tout juste 23. Si quatre ans les séparent, c'est notamment parce que leurs parents, sensibles aux vaches maigres du métier d'artiste, ont hésité à fonder une famille nombreuse. Jusqu'à ce que le grand insiste, explique son père. Ce sera un petit frère et, entre les deux, une complicité fusionnelle.
D'un côté, Swel le pragmatique, le conciliant, l'intello, a fait cinq ans de finances après Lyautey dans une grande école de commerce parisienne, tout en suivant des cours de civilisation asiatique. De l'autre, Imad limpulsif, lentier, le petit fumiste en classe, plus à l'aise sur la scène de la FOL avec son groupe de Metal Triskaebek, mais à l'intelligence vive. Le premier a sagement attendu avant d'affirmer son envie de faire du cinéma - parce que, après tout, il faut vivre des choses avant de les écrire. L'autre, depuis gosse, a crié sa vocation pour le septième art et passé son bac pour tranquilliser sa mère - parce que, après tout, on ne sait jamais.
Résultat : Swel, passionné par l'écriture, rédige le scénario à partir d'idées communes brassées et réunies au fil des nuits blanches pour laisser Imad, qui a l'il du réalisateur et le montage dans le sang, mettre le tout en forme. Mais toujours main dans la main. On se comprend au quart de tour, explique Swel, un seul regard suffit.
Enfants du cinéma
Car les deux frères ont été abreuvés à la même source. On passait nos dimanches entiers à regarder les bons vieux classiques, Sergio Leone, Francis Ford Coppola et tous les péplums, raconte Imad, qui aimait aussi se faire porter pâle pour aller jouer avec les projecteurs et les rails de travelling sur les plateaux. Au fil des tournages, les deux fils Noury se font la main en tant que machinistes, seconds, puis premiers assistants.
Aujourd'hui, ils revendiquent les mêmes références : Soderbergh, Michael Mann, Wong Kar Waï, Takeshi Kitano ou encore, évidemment, les frères Coen, dont ils dévorent les uvres dans les salles - ou en DVD dans leurs appartements madrilènes voisins, à deux pas du parc du Retiro. C'est là qu'ils se sont retrouvés en 2001, sur les bancs d'une école de cinéma dont ils ont oublié le nom, après que Imad a décroché son bac et que Swel, alors qu'il s'apprêtait à partir à Tokyo pour bosser dans la banque, a décidé de virer de bord.
A l'exception de leur 3ème court métrage Album de familia (2001), de veine comique, leur univers cinématographique est sombre. Cest une noirceur plus humaine que sociale, contrairement aux films de notre père, explique Swel : Coupables (1999), qui parle de suicide, est sélectionné parmi les courts -métrages du festival de Montréal. Ils ont alors 20 et 16 ans. No secrets (2001), tourné en anglais, évoque déjà le thème du règlement de comptes, comme en prélude à Heaven's Doors.
En 2004, il est temps d'honorer l'enseignement suivi. La qualité d'interprétation dans Heaven's Doors, servie par de nombreux débutants, doit beaucoup au talent de Swel : Ney, le protagoniste maudit campé par le jeune Rabie Kati, inconnu débarquant de Taza après que Saïd Taghmaoui se soit défilé ; Aimée Méditz, une autre anonyme sortie de l'Ecole américaine... Hakim Noury lui-même est métamorphosé en taulard miné et introverti.
Un avant et un après Berlin
Heavens' Doors est un premier film ambitieux, donc endetté. 700 000 DH en cash-flow, précise Hakim Noury. Heureusement que maman Pilar était là pour décaisser 160 000 (indispensables) euros . Gageons qu'après le succès berlinois - dans la section Panorama, une des plus intéressantes - les frères Noury n'auront plus les mêmes soucis. La critique, laudative pendant le festival, décelant un virage à 180 degrés dans le cinéma marocain, a soufflé l'agent de vente espagnol Latido qui vient de racheter les droits à l'international de Heaven's Doors, s'engageant à gérer sa distribution. Si rien n'est encore bouclé, l'Allemagne, la France, l'Espagne et le Japon sont déjà intéressés. En attendant, les frères Noury sont attendus dans les festivals des quatre coins du monde : Las Palmas, Rio, Sydney, Edimbourg, Stockholm
Pour l'instant, Swel et Imad n'envisagent pas de travailler l'un sans l'autre. Tant que la somme de nous deux sera supérieure à ce que fait chacun, il n'y a pas de raison de lenvisager, estiment les coéquipiers. C'est également en tant que duo qu'ils réalisent, en freelance, des pubs et des clips en Espagne.
Regardez Ang Lee, il est Vietnamien et il fait un western homosexuel dans l'Ouest américain, lance Swel, admiratif. D'ailleurs, Los Comanches, le prochain long-métrage des frères Noury, parlera de la mafia colombienne à Madrid. L'intrigue - un triangle amoureux entre un homme et une femme qui aiment le même homme - a de quoi briser bien des tabous. Au risque que leur second long métrage passe, à nouveau, inaperçu au Maroc. Ou, au contraire, quil y fasse grand bruit
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Heaven's Doors. Un style s'impose
À Casablanca, trois destins se retrouvent inextricablement liés par un crime de revanche. Trois destins à la recherche d'une rédemption. Filmé en mai 2004 après des mois de préparation et avec un minuscule budget de 2 millions de dirhams, Heavens' Doors est une tragédie moderne, belle, intimiste et dérangeante, qui impose le style des frères Noury, caméra 35 mm à l'épaule : des plans créatifs et voyeuristes, une atmosphère saccadée et fébrile, à l'image du chaos qui engloutit des protagonistes aux portes du paradis - des portes bien lourdes à pousser. Quant au titre, cest évidemment un clin doeil à la chansons de Bob Dylan (dont ils nont pas pu acheter les droits).
Avec Rabie Kati, Hamidou, Hakim Noury, Latifa Ahrare, Aimée Méditz
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