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Par Driss Bennani
Sahara. La dernière ligne droite ?
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Le site de Tifariti qui a été investi
par le Polisario (DR)
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Projet d'autonomie ficelé, nouvelles nominations sécuritaires au Sahara
le Maroc met les bouchées doubles au moment où le Polisario va très mal et où l'ONU se dirige manifestement vers l'abandon de l'option référendaire. Cette fois sera-t-elle la bonne ?
Laâyoune n'attend plus que le roi. Mohammed VI devrait, selon des informations recoupées, arriver au Sahara en milieu de semaine prochaine (probablement le 15 mars) pour une tournée qui le mènera dans plusieurs localités du sud. Au programme : le lancement de |
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projets socio-économiques, l'installation du Conseil consultatif sahraoui, en veilleuse depuis 2000, et surtout, l'annonce des grandes lignes du Projet marocain d'autonomie pour le Sahara occidental. Après avoir tendu l'oreille (pour la forme) aux partis politiques, Mohammed VI voudrait donc soumettre la proposition marocaine à l'appréciation des populations locales (ou de leurs représentants) avant de rendre la copie finale à l'ONU durant le mois d'avril. Impliquer les habitants, c'est leur permettre de s'approprier le projet. En plus, les observations des notables peuvent enrichir davantage la proposition officielle, note un observateur.
Et comme si la venue prochaine du roi, couplée avec ce projet tant attendu d'autonomie ne suffisait pas à occuper les longues séances de thé sahraouies, un sérieux remaniement sécuritaire est venu enflammer davantage les palabres politiques de la ville. Coup sur coup, un nouveau préfet de police et un chef local de la gendarmerie ont été nommés quelques jours seulement avant l'arrivée imminente de Mohammed VI. Le nouveau patron de la police locale n'est pas un inconnu. Bouchaïb Rmyel est l'un des bras droits du général Laânigri. A l'administration centrale, l'homme dirigeait le Département de la sécurité publique. Le sens d'un tel remaniement ? La police ne doit plus faire peur à personne. Elle est là pour protéger les citoyens et leurs biens, déclare en public Laânigri, en marge de ces nominations. Selon un observateur qui a assisté à la cérémonie, cela sonnait comme une reconnaissance des dérives des Gus au Sahara, l annonce d une nouvelle page dans la relation entre le Sahraoui et l'agent d'autorité.
Polisario en terres libérées
Bref, à l'approche de la date butoir d'avril 2006 (l'ONU devrait se prononcer officiellement sur le sort du territoire), le Maroc met donc les bouchées doubles. Le temps presse et le pays a manifestement choisi (pour une fois) de prendre les devants. Après la proposition de l'autonomie élargie sous souveraineté marocaine, le pays veut rassurer/séduire les populations locales. Au passage, il répond également aux provocations du Polisario qui vient de fêter, il y a quelques semaines à peine, le 30ème anniversaire de la RASD à Tifariti, en plein territoire marocain selon la propagande officielle, en zone libérée selon le Polisario et dans une zone tampon, selon la terminologie de l'ONU. Ce n'est pas la première fois que le Polisario investit le no man's land, note un journaliste, mais cette fois, la réaction marocaine a été un cran plus virulente. Qu'est- ce qui a changé ? Plusieurs paramètres à la fois. Tout dabord le timing : à moins d'un mois d'une décision capitale de l'ONU concernant le conflit, la sortie du Polisario pourrait faire de l'ombre à la proposition d'autonomie marocaine. Ensuite, la présence de deux officiels algériens lors des festivités et la parade militaire du front, impressionnante, selon des sources indépendantes fiables. Mais surtout il y a cette route tracée entre Tindouf et Tifariti et cette volonté de la RASD de déplacer les camps de réfugiés vers les zones libérées. Un quotidien proche des officiels marocains annonçait même en première page la volonté du front d'occuper 5 localités tout au long du mur de défense érigé par le Maroc à la fin des années 80. Quel crédit donner à une telle information ? Difficile de répondre. Toujours est-il que le Front a déjà déclaré avoir lancé sur place les travaux d'un parlement et de quelques administrations
Avant d'aller plus loin, de quoi parle-t-on exactement ? Où se trouve Tifariti ? Qui a décidé que ces quelques kilomètres carrés seront une zone tampon ? Tifariti dabord, puisqu'elle fait à ce point l'actualité : c'est tout juste le nom d'un site de contrôle de la Minurso, perdu en plein désert, à la limite d'une frontière mauritanienne (et non algérienne) jamais tracée. La véritable localité de Tifariti se trouve au niveau de Boujdour, des centaines de kilomètres plus à l'est. Elle forme avec Bir Lahlou et Mehaires les trois localités les plus connues de cette région.
L'histoire du no man's land, quant à elle, remonte à 1991. Après le retrait des troupes marocaines derrière le mur de sable, des éléments du Polisario s'installent dans ce qu'ils ont alors appelé les terres libérées. La réaction militaire marocaine (l'une des plus violentes) ne s'est pas fait attendre. 41 avions militaires (selon l'AFP à l'époque) ont littéralement rasé la région. Depuis, le no man's land est une zone d'échanges et de trafics en tous genres. Principalement, à cause des frontières jamais tracées et toujours béantes du Maroc avec ses deux voisins : l'Algérie et la Mauritanie.
Et maintenant ?
Aujourd'hui, tout le monde a plié bagage et Tifariti est, selon des sources de la Minurso, redevenu un simple coin désert et hostile du grand Sahara occidental. Qu'a gagné le Polisario à travers sa démonstration de force alors ? Il a d'abord fui Tindouf, ravagé par les inondations. Il joue ensuite une nouvelle carte : celle de la possibilité de s'installer en territoire libéré, plutôt qu'en terre algérienne. Pourquoi a-t-il besoin de cette carte ? Selon un spécialiste indépendant de la question, il sent le vent tourner. Selon toute vraisemblance, explique-t-il, l'ONU se dirige vers la recommandation d'une solution politique négociée à un conflit qui n'a que trop duré. Un membre de la Minurso affirmera anonymement que le rapport de la mission va dans ce sens également. Si l'option référendaire est ainsi enterrée par l'ONU, que restera-t-il aux leaders du Front pour maintenir la cohésion dans les camps ? A quoi auraient servi tant d'années de lutte et de privations ? Le Polisario tente aujourd'hui de réinventer le rêve d'une république sahraouie en terre libérée plutôt qu'en Algérie. C'est une sorte de fuite en avant, analyse un journaliste local. D'ailleurs, les voix dissonantes commencent à se faire entendre au sein du mouvement indépendantiste. Dernière illustration, la sortie de l'ombre de Khat Achahid, un mouvement réformateur qui rassemble une élite sahraouie, fidèle à la vision du fondateur du Front qui appelle à la démission de l'actuelle direction et à la reprise de la lutte armée. Dans un communiqué cependant, ce mouvement dit adhérer à toute option démocratique. Est-ce un message en direction du Maroc ? Mystère. Que retenir de tout cela finalement ? Simplement que le Maroc est passé à l'offensive, diplomatique et sur le terrain, à un moment où le Polisario va mal et où l'ONU veut en finir avec un vieux conflit. Mais la bataille est loin d'être gagnée. |
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Scénario. Le Polisario à nos portes ?
Et si le Polisario s'installait réellement dans la zone tampon ? C'est peu probable, répondent unanimement les spécialistes de la question. D'abord, parce qu'il se mettrait en dehors de la légalité internationale, avec ce que ça implique comme sanctions ou privation d'aides humanitaires ; ensuite parce qu'il n'en a pas les moyens et qu'il lui sera difficile de convaincre puis de mobiliser des milliers de réfugiés, lassés par 30 ans d'attente, pour le suivre une nouvelle fois dans une terre inconnue, dix fois plus hostile que Tindouf ; enfin, parce que les puissances mondiales ne permettront jamais l'installation d'une communauté armée et oisive dans une zone non contrôlée qu'Al Qaïda lorgne depuis un bon moment. |
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