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Par Cerise Maréchaud
Sport. Mains de velours dans des gants de fer
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Kabira Rochdi a dabord été
championne de full contact,
avant de se reconvertir
dans la boxe (C.M. / TelQuel)
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Au Maroc, les femmes se battent aussi sur les rings. Depuis la création d'une équipe nationale de boxe féminine, en 2003, les jeunes marocaines affluent dans les clubs. Objectif : saffirmer... et mettre K.O les préjugés.
La nuit tombe sur El Alia, dans les hauteurs de Mohammedia. La salle de boxe du 6 novembre grouille d'adolescents sautant à la corde ou s'échauffant les biceps sur les machines de musculation. En survêtement et baskets de ville, huit jeunes filles tournent en petites |
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foulées autour du ring, en ajustant des bandelettes protectrices autour de leurs mains et poignets, sous le regard du maître Mohamed Ali, dont la photo encadrée trône auprès des portraits royaux.
Dans son bureau, Nabil Meniam, directeur technique du Club municipal de Mohammedia (CMM), énumère la liste de présence et signale, au passage, les noms les plus prometteurs : Najat Mlizi, double championne du Maroc en poids mouche ; Latifa Miefaq, championne nationale catégorie moins de 64 kilos ; Amal Gourich, demi-finaliste du championnat national catégorie 52 kilos. Empoignant un peignoir, il part interrompre l'échauffement de ses gazelles qui, depuis cinq minutes, fendent l'air de leurs poings devant le miroir mural. Hissées sur le ring, les jeunes boxeuses enchaînent, sur un air dEminem, abdominaux cadencés, valses de petits pas nerveux et travail du crochet.
D'une main, l'entraîneur enfonce un casque sur une tête, de lautre, il tend une bouteille d'eau... Il corrige un geste technique tout en gardant un il sur les garçons. Certains ont suspendu leur footing pour observer les trois filles restées sur le ring : Amal Gourich, taillée comme une pouliche, frappe fort, la mâchoire serrée ; Jamila, 23 ans et la carrure plus solide, a noué son bandana façon Rocky ; Latifa, poids moyen qui ne boxe que depuis deux ans, a gardé son foulard jaune sous son casque.
Dans quatre jours, salle Mers Sultan à Casablanca, elles défendront leur place lors des éliminatoires du Championnat de la Chaouia, l'une des quatre ligues de boxe au Maroc. L'enjeu est de taille. Se distinguer au sein de sa ligue, c'est un pas de plus vers l'équipe nationale de boxe féminine, créée en 2003.
Faire émerger la boxe féminine marocaine
Avant cette date, la boxe féminine était quasi-inexistante, loin derrière le full-contact et le kick-boxing. La Fédération royale marocaine de boxe (FRMB) a alors mis sur pied un Championnat du Maroc, pour faire émerger un vivier et vulgariser ce sport, dit son président délégué Mohamed Loumaini. Chaque gagnante des treize catégories (de moins de 46 à 86 kilos) est sélectionnée pour défendre les couleurs nationales en boxe féminine. Une première.
Certains observateurs croient voir là une anticipation sur les Jeux olympiques d'Athènes de 2004. Impossible, rétorque Mustapha Kandali, président de la ligue de la Chaouia : la boxe féminine n'est pas homologuée sport olympique. On dit aussi, à lépoque, que les médaillées de compétitions internationales se verront offrir des postes de fonctionnaires. Une circulaire de 1986 le dit, en effet, mais elle s'adresse à tous les sportifs et ne s'applique qu'en cas de podium très prestigieux, comme les JO, les Jeux méditerranéens ou panarabes. Même pas le championnat d'Afrique, peu valorisé puisque le Maroc n'est pas membre de l'Union africaine.
Il s'agit simplement, selon la FRMB, dimpulser un élan à ce sport aux règles très strictes, et encore peu pratiqué. Depuis quatre ou cinq ans, les clubs s'y mettent mais il n'en existe encore aucun spécifiquement féminin, sur les trente où évoluent une centaine de licenciées. Mixte, l'entraînement propose les mêmes exercices pour tous.
Motivée, la première sélection nationale de boxe féminine est allée dès 2003 frotter ses gants contre ceux des Françaises, de loin plus entraînées et plus réputées. La défaite nest pas une surprise. Mais le match nul plus qu'honorable par lequel se solde la revanche à Marrakech, trois mois plus tard, remonte le moral de toutes.
Prometteuse mais fragile
Après tout, même balbutiante, notre boxe féminine a déjà ses championnes - la plupart ayant fait leurs armes dans d'autres sports de combat, plus prisés par le public et aux fédérations plus anciennes. La poids mouche Nadia Siad a ainsi été double championne du monde de full-contact, avant de remporter l'or du championnat d'Afrique de boxe féminine au Caire en 2001. La même année, Kabira Rochdi, meilleur espoir actuel, décrochait l'argent en catégorie 75 kilos. Les noms de Samira Heddad, Ghislane Wach, Ikram Salem et Meriem Rachid sont également connus dans le milieu.
Mais Kabira Rochdi ne crie pas victoire trop vite : Nous navons pas encore de véritable équipe nationale, admet-elle, lucide. La doyenne Nadia Siad a dépassé les 34 ans et vit désormais en France, tout comme Ghizlane Wach. Et l'entraîneur initial Abdelilah Rahilou a démissionné. On n'a pas participé à une rencontre internationale depuis 2003, rappelle-t-elle. On n'était pas prêts, complète Mohamed Loumaini. Selon lui, nous avons une boxe de masse, mais pas encore de grande qualité.
Manque d'encadrement technique et d'infrastructures adaptées aux filles, besoin de développer le concept sport-études, nécessité de trancher clairement sur le test de grossesse exigé avant chaque compétition (exigé par la loi mais jamais appliqué )... Tels sont les obstacles auxquels fait face, aujourdhui, la boxe féminine marocaine. Elle n'en lorgne pas moins, pour 2006, les championnats d'Afrique et du monde.
Symbole du nouveau statut de la femme ?
Toujours est-il que, dans le clair-obscur des salles de quartier, les filles s'accrochent à leur gants, illustrant à merveille, pour de nombreux observateurs, l'émancipation des femmes marocaines. Un photographe de l'agence Corbis a même réalisé un reportage sur nos boxeuses, dans l'intimité de séances nocturnes pendant le ramadan, en novembre 2003
lors du lancement de la nouvelle Moudawana. Le 11 mars 2006, c'est d'ailleurs au nom de la Journée de la femme que les filles s'affronteront lors d'un gala à Témara.
Il faut du courage pour monter sur un ring, explique Nezha Mouadab, présidente de la commission de boxe féminine. Mais du courage, elles en ont à revendre, à cause, ajoute-t-elle, de leur éducation dure et leur sens de la responsabilité. Ce n'est pas un sport viril, insiste Mohamed Loumaini, mais un sport technique, noble. Kabira Rochdi, l'étoile montante, y voit aussi un moyen de défense contre la mentalité machiste prévalant dans les rues de Hay Hassani.
Car boxer est avant tout un défouloir salutaire. La grande majorité des boxeuses vient de milieux populaires, à l'instar de l'héroïne de Million Dollar Baby, dont l'affiche est collée dans les vestiaires. Au club de Mohammedia, les portes de l'entraînement sont également ouvertes à trois jeunes handicapées, et à une fille des rues. De là à ce que la boxe devienne un tremplin social, la route est encore longue. Mais en boxant, les filles ont plus confiance en elles. Quant aux soucis du quotidien, elles les balaient du poing. |
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Kabira Rochdi et Samira Heddad. Nos meilleurs espoirs féminins
Cest à 13 ans que la Casablancaise Kabira Rochdi est montée pour la première fois sur un ring - contre lavis de sa famille, qui refusait qu'elle s'entraîne avec des garçons. Samira Heddad, elle, a toujours été fascinée par les combats à la télé, et a vu comme un signe l'ouverture dune petite salle près de chez elle, à Salé. Plusieurs fois championnes du monde de full-contact et de kick-boxing avant de collectionner les médailles en boxe anglaise, elles concentrent les espoirs marocains en boxe féminine. Chaque jour, Kabira, 27 ans, catégorie 75 kilos, abandonne son austère uniforme de chef de sécurité pour enfiler bandana et gants écarlates dans le gymnase du complexe Mohammed V. Partagé par son entraîneur et mentor Mustapha Bayoud, son rêve est daffronter Leïla Ali, la fille du célébrissime champion. Samira, 26 ans, catégorie 86 kilos, est, elle, sans emploi, et licenciée en littérature arabe. Porter le voile ne l'empêche pas de boxer. Comme Kabira, elle espère un jour passer pro, en France peut-être. Mais jai encore beaucoup de progrès à faire, admet-elle avec modestie. |
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