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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri

États-Unis. Bush dans l'œil du cyclone

Le président constate les dégâts,
en survolant la Nouvelle Orléans
après l’ouragan Katrina. Aujourd’hui,
on sait qu’il avait été prévenu. (AFP)

Pas de répit pour George W. Bush, ces derniers mois. Les critiques régulières, tant sur la politique intérieure qu'extérieure, mettent à nu un président américain isolé et décontenancé. Les dernières révélations sur l’ouragan Katrina, dont il avait été prévenu, n’arrangent rien.


L’incroyable vidéo, qui montre une visioconférence où Bush est averti de l'impact possible de l'ouragan Katrina, est la goutte qui fait déborder le vase. Dans ce document, un expert avertit Bush que les digues pourraient céder : “Ce sera un mauvais et un très gros cyclone”,
dit-il. Le président américain lui répond calmement : “Nous sommes pleinement préparés”. Pourtant, quatre jours après la catastrophe pendant laquelle 1300 personnes sont mortes, le président déclare avec aplomb : “Je crois que personne n'avait anticipé l'effondrement des digues”. Bush savait donc, pour Katrina. Et il n'a rien fait. “Il semble que la Maison Blanche n'ait pas pris au sérieux ces avertissements. Elle ne s'est pas inquiétée car elle avait les yeux rivés sur la guerre en Irak”, explique Jacques Portes, spécialiste des Etats-Unis et professeur à l'Université Paris VIII. Même si les responsabilités sont partagées entre les instances locales et fédérales, Bush est en première ligne. Car c'est lui qui contrôle les organisations les plus capables d'intervenir en cas de coup dur : l'armée, le génie militaire et l'agence fédérale de gestion des crises (Fema). Aucune n'a fait son travail.

Le casse-tête irakien
L'affaire Katrina éclabousse un peu plus un président de plus en plus isolé et décontenancé. Elle vient s'ajouter au bourbier irakien dans lequel il s'enlise. Personne ne pensait que les Boys seraient encore en Irak, trois ans après l’invasion américaine. “Dans l'opinion et les médias, précise Serge Halimi, journaliste au Monde Diplomatique, une tendance se confirme : celle d'un sentiment d'enlisement, d'engagement sans fin, de pertes incommensurables”. Jacques Portes pense qu'à l'heure des bilans, “ce sera certainement le passif le plus lourd dans la présidence de Bush”. Le croisement des calendriers (militaire en Irak et électoral aux Etats-Unis) comporte beaucoup de risques pour le président, qui a a misé tout son capital politique sur la guerre. Dans un sondage CBS/New York Times datant de mi-décembre 2005, 52% des Américains estiment avoir été trompés sur les raisons de la guerre et 58% se prononcent en faveur d'un calendrier de retrait. La réponse de la Maison Blanche à ces doutes a été de présenter une “stratégie cohérente et crédible” en Irak. Elle repose sur trois piliers : un processus politique qui doit permettre l'instauration de la démocratie et la participation des sunnites ; la formation des troupes irakiennes censées prendre le relais des forces américaines, progressivement rapatriées ; et la poursuite de la “reconsruction du nouvel Irak”. On en est encore loin.

Le leitmotiv du terrorisme
Toujours sur le front extérieur, George W. Bush doit désormais montrer patte blanche pour prolonger un Patriot Act aux contours mal dessinés. Réélu fin 2004 sur un réflexe patriotique, il trébuche depuis un an sur les méthodes de la guerre antiterroriste : tortures, prisons secrètes, écoutes non autorisées...et la liste est encore longue. “L'avalanche des mesures liberticides pose aussi problème dans un pays traditionnellement respectueux des libertés individuelles et éveille les craintes des démocrates”, analyse Serge Halimi.

Le Président est aussi isolé sur la scène mondiale : Amérique latine, Guantanamo et surtout Irak. Dans ce contexte, Bush cherche à gagner du temps. Sa tournée en Asie et l'accord nucléaire signé avec l'Inde sont perçus comme une fuite en avant. En fait, Bush essaye de se recentrer sur le thème du contre-terrorisme, son cheval de bataille préféré. “Le Président a été élu sur ce thème, car les Américains ont été durablement et profondément marqués par les attentats du 11 septembre 2001. Mais aujourd'hui, le peuple est conscient que la guerre en Irak n'a que trop duré et que Guantanamo est une honte”, explique Jacques Portes. Mais il ne faut surtout pas en conclure que l'argument de la “guerre contre la terreur” a fait long feu. “Nul doute que le justice fédérale va utiliser le procès de Zacarias Moussaoui pour faire une piqûre de rappel”, poursuit Jacques Portes. “Cela risque de réactiver le sentiment de peur et de profiter à Bush”, pronostique Serge Halimi.

Le malaise des républicains
Le taux de popularité de Bush, qui tutoie plus les 35% que les 50%, l’inquiète moins qu’il n’inquiète ses partisans républicains. “Nous sommes dans une situation nouvelle, ajoute Serge Halimi. En dépit de leur majorité à la Chambre des représentants et au Sénat, les élus républicains n'oublient pas que les élections de mi-mandat de novembre prochain peuvent leur être fatales. Ils se dissocient du président à mesure qu'ils perçoivent son impopularité”. Le 15 novembre 2005, le Sénat a même approuvé, par 79 votes contre 19, un plan exigeant un rapport présidentiel tous les quatre mois sur la situation irakienne. Pourtant, si les membres du Congrès, quelle que soit leur étiquette politique, souhaitent davantage de clarté et une stratégie plus efficace sur la politique menée en Irak (lire encadré ci-contre), la question du retrait des troupes n'en finit pas d'opposer les deux grands partis américains.

Les républicains ont pour chef un homme incontrôlable, imprévisible, dont ils se méfient de plus en plus. Car depuis six mois, c'est une véritable série noire qui s'abat sur la Maison blanche et ébranle le parti de l'éléphant. Sur le plan intérieur, c'est l'intégrité même de l'administration républicaine qui est remise en cause. Le chef de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, Tom Delay, a démissionné fin septembre 2005, à la suite d'une double inculpation pour collecte de fonds illégale pour le compte du Comité national républicain, puis pour blanchiment d'argent. Mais c'est surtout l'affaire Valérie Plame, du nom de cet ex-agent secret “grillée” par la Maison blanche, qui menace directement l’entourage présidentiel immédiat : son conseiller Karl Rove et son vice-président Dick Cheney.

Et ce n'est pas fini. Le retrait de la candidature de Harriet Myers à la Cour Suprême, à cause des pressions des républicains, a constitué une humiliation pour Bush qui en avait fait sa favorite. Le choix de Samuel Alito semble visser à droite l'institution judiciaire et pourrait creuser davantage la “war culture”, ce débat idéologique sur les valeurs morales (avortement, peine de mort, créationnisme...) qui divise les Américains.



Tradition. Seconds mandats à risque

Le cas Bush, unique ? Loin s’en faut. Les seconds mandats conduisent souvent à une érosion de l'exercice présidentiel. D'après le spécialiste des Etats-Unis, Jacques Portes, “tous les présidents américains du XXème siècle qui ont eu deux mandats ont traversé, après leur réélection, des moments très difficiles. Roosevelt a eu des démêlés avec la Cour Suprême ; Wilson avec la ratification du Traité de Versailles… Plus près de nous, Reagan a vécu le scandale de l'Irangate, et Clinton s’est empêtré dans des affaires de mœurs”.
Selon le journaliste Serge Halimi, la situation de Bush s'explique par deux raisons : “d'abord, réélu, il croit que tout est possible et que plus rien ne va l’arrêter. Ensuite, il n’a plus rien à proposer, politiquement. Il a épuisé ses cartouches dans son premier mandat. Que reste-t-il de son programme réformateur ? Pas grand chose”. Résultat : Bush, comme tous les présidents en second mandat, est dorénavant considéré comme “déconnecté de la réalité”.

 
 
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