Sahara. La dernière ligne droite ?
Pédophilie, tourisme sexuel... Vers une tolérance zéro
Maisons de retraite. Pas de quartier(s) pour les vieux
Presse. Le fabuleux destin d'Al Mountakhab
Reportage. Une journée au 160
Sport. Mains de velours dans des gants de fer
États-Unis. Bush dans l'oeil du cyclone
France. Des musulmans contre la censure
Assurance maladie obligatoire. Un système de dupes ?
Imad et Swel Noury. Nos frères lumière
Littérature. Ces écrivains qui nous bousculent
Ahmed Maânouni. Le revenant
N° 216
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Chef de rubrique Karim Boukhari

La semaine Maroc

Hamid Bouheddi (DR)

Maroc-Algérie. Les armes d’abord !

Le Maroc et l’Algérie sont loin d’avoir réglé leurs problèmes bilatéraux. La preuve par deux points d’actualité : la non réouverture des frontières et la course à l’armement. Sur la première question, le ministre algérien de l’Intérieur Yazid Zerhouni, cité cette semaine par le quotidien Al-Qods Al-Arabi, a rappelé que la réouverture des frontières, pourtant annoncée pour l’été prochain par le journal Al-Khabar, est “une question plus complexe qu’il n’y paraît”… ce qui est une manière de la repousser aux calendes grecques. Reste le plus important : la course à l’armement. Sur ce chapitre, le voisin algérien
semble avoir pris une longueur d’avance. La visite cette semaine du président russe Vladimir Poutine à Alger, semble s’inscrire dans ce cadre, selon des sources dignes de foi. La rencontre entre Bouteflika et Poutine aurait ainsi porté sur de nouveaux contrats d’armement dont la facture s’élèverait à 5 milliards de dollars, avec un montage financier reposant essentiellement sur la reconversion de la dette algérienne. Les mêmes sources affirment que la France aurait également livré, récemment, l’équivalent de 12,5 millions d’euros en armement à l’Algérie, principalement des équipements spéciaux pour la vision électronique de pointe et du matériel de transmissions. Les Marocains, inquiets au plus haut point de cette fièvre de l’armement en Algérie, ne seraient pas en reste puisqu’on leur prête des contacts poussés avec des fournisseurs… russes, au grand dam des services algériens.


RAM. De la bavure dans l’air ?

Ahmed Chafii, technicien de la Royal Air Maroc, vient de vivre une drôle de mésaventure. Le 18 février, soit quelques jours après avoir signalé l’anomalie dans le réservoir du 737/700 de la compagnie, il est enlevé à deux heures du matin de son domicile par les services de renseignements. C’est du moins la version rapportée par son avocat, Me Abdelfatah Zahrach, qui explique que le technicien, devenu suspect mais sans être officiellement accusé, aurait été “séquestré et torturé, une semaine durant, avant d’être relâché le 8 mars”. L’avocat, qui vient de déposer plainte pour “enlèvement, séquestration et torture”, refuse de communiquer le nom de l’institution et du lieu où son client aurait subi ces sévices. “Cela fait partie de notre stratégie de défense”, nous a-t-il confié sans plus d’explication.


Voile. Harcèlement de cinq enseignantes

Cinq enseignantes à l’Ecole nationale supérieure des arts et métiers (ENSAM) ont reçu, il y a une dizaine de jours dans leurs casiers personnels, une lettre extraite du site www.islamway.com, les invitant sur un ton agressif à “se voiler pour se conformer aux règles de l’islam”. À l’école règne une ambiance stressante et le référentiel religieux y est prédominant. Des enseignants invitent expressément les étudiantes à porter le voile. Les 5 femmes ciblées ne savent pas d’où provient ce harcèlement religieux. La direction de l’école a déclaré, en privé, être prête à ouvrir une enquête sur l’incident. Mais depuis que l’affaire est médiatisée, l’enthousiasme n’est plus le même. Y aura-t-il mouvement de corps pour défendre l’image de l’ENSAM ? Affaire à suivre.


Tourisme sexuel. M6 met le paquet

Après la chaîne arabo-américaine Al-Hurra qui a dédié, dimanche dernier, un reportage-enquête au scandale des photos pornographiques d’Agadir, c’est au tour de la chaîne francophone M6 de s’intéresser au sujet. Une équipe de reporters s’est en effet déplacée au Maroc pour enquêter sur deux sites : Agadir évidemment, mais aussi Marrakech, pour suivre les dessous des scandales de pédophilie. Le résultat sera diffusé le 19 mars, dans le magazine Zone interdite. Il risque de faire du bruit, surtout du côté de Marrakech puisqu’il revient sur une affaire qui avait secoué la ville rouge il y a quelques mois, et qui s’était soldé par le “suicide” mystérieux d’un témoin principal. Cette affaire, pour rappel, avait été passée sous silence au Maroc.


Audiovisuel. 4 télés pour demain

Quatre projets de télévisions privées ont reçu le feu vert de la HACA (Haute autorité de la communication audiovisuelle), nous a indiqué une source à l’instance. Les auditions des porteurs de projets devront, selon les termes d’un communiqué officiel, commencer la semaine prochaine. Les licences seront octroyées début avril. À signaler que 29 projets de nouvelles radios ont été également déclarés recevables (dont cinq projets de radios nationales), alors que deux autres sont pour le moment en stand by. On croit savoir que seules quatre télévisions et huit radios devront être validées au final. C’est la deuxième grande décision de l’audiovisuel marocain après la dernière nomination de Fayçal Laraïchi à la tête du pôle public de la télévision.


Insécurité. Aït Ourir lance un SOS

Les forces de l’ordre ne savent plus où donner de la tête dans la petite localité d’Aït Ourir (30 km de Marrakech), débordée par des problèmes d’insécurité. La situation est telle que la population a multiplié les marches (la dernière a eu lieu dimanche dernier), allant jusqu’à perturber le trafic sur la route nationale reliant Marrakech à Ouarzazate. Les raisons de ce désordre remontent à l’assassinat d’un jeune berger, il y a deux semaines, par une bande qui opère dans la région. “La victime a rendu l’âme à 5 heures du matin, mais son corps n’a été récu-péré qu’en début d’après-midi”, nous explique une source locale. C’est ce qui a attisé la colère de la population qui avait déjà manifesté contre l’insécurité liée à la faiblesse des effectifs de la gendarmerie, institution responsable de la sécurité dans la ville. L’arrestation de dix manifestants risque de rendre la situation encore plus explosive.



Billet. France-Maroc

Driss Ksikes

Au delà des salons feutrés où Français et Marocains s’échangent des amabilités, cinquantenaire de l’indépendance oblige, à quoi tiennent vraiment les relations entre l’ancien protecteur et l’ancien protégé ? À la mémoire commune, bien marketée par les chancelleries ? Cela marche le temps d’une cérémonie. Aux cercles d’amitié qu’orchestre le peintre Mehdi Qotbi ? Ils servent les intérêts étroits de lobbies qui se renvoient mutuellement l’ascenseur. Aux investisseurs fidèles tels Bouygues, Vivendi et autres Lyonnaise des eaux ? Ils s’enrichissent et consacrent notre dépendance technique. Qu’est ce qui préserve donc la solidité du couple franco-marocain ? Serait-ce la relation privilégiée entre Jacques Chirac et Lalla Meryem ? Elle prouve, en tout cas, que le paternalisme de l’Elysée est vivace et que le président français est redevable à Hassan II. N’y voyons point le gage d’une relation pérenne. La France, quoique présidée par un “monarque”, demeure une république exposée aux aléas du vote, de l’alternance et du changement des élites. Faudrait-il alors remercier les journalistes français de maintenir constant leur intérêt pour le Maroc ? L’hypothèse est tentante. Finalement, c’est grâce au dernier livre de Jean-Pierre Tuquoi, Majesté, je dois beaucoup à votre père, que les élites des deux pays découvrent l’envers du décor de cette entente de façade. Mais là aussi, ne nous faisons pas trop d’illusions. Le Maroc attire parce qu’il est en mal de transition ou en retard d’une réforme. Et la France médiatique s’empresse de porter un regard, critique ou bienveillant, sur nous, parce qu’elle sait que nous sommes demandeurs. Le jour où le Maroc décidera d’exister indépendamment du jugement que porte sur lui la “métropole”, il entamera (enfin) sa véritable indépendance.



Sahara. La position d’Annahj

La Voie démocratique (Annahj) a décliné l’invitation du conseiller royal Mohamed Moâtassim à rendre sa copie sur le Sahara. Ce refus n’est pas leur premier. Le parti de Abdellah El Harrif, qui a toujours prôné la légalité internationale pour régler le dossier du Sahara, a justifié sa décision par plusieurs raisons, dont l’une mérite particulièrement l’attention : la forme. Pour le parti, les invitations des conseillers royaux sont inélégantes parce qu’orales et ne visent qu’à conforter les positions officielles déjà adoptées (par) ailleurs. C’est ce qu’explique, dans le détail, le dernier communiqué public du parti d’El Harrif.


Haraka. Le congrès des désignés

A l’ Union des mouvements populaires (UMP), démocratie interne ne rime pas avec vote. Le congrès prévu les 24 et 25 mars ne fera qu’entériner des désignations préalables. Outre Mahjoubi Aherdane, auto-désigné président et porte-parole du parti, et Mohand Laenser secrétaire général, la direction a nommé des coordinateurs régionaux, qui nommeront à leur tour les représentants régionaux. Il en sortira un conseil national de 600 membres désignés, dont 300 triés pour constituer le bureau politique. Béni Mellal et Khénifra auront 3 fois plus de représentants que Tanger et Tétouan au congrès. À l’UMP, la représentation tribale tiendrait-elle lieu de démocratie interne ?


Victimes de 1981. Déjà un désaccord !

Le retour sur les émeutes de 1981 constitue, déjà, un point de discorde entre l’association des victimes (constituée il y a une semaine à peine) et le Forum Vérité et Justice. Selon Habib Jamaleddine, membre du FVJ et victime des émeutes de 1981, “l’association des victimes ne revendique ni la restitution des dépouilles des personnes décédées, ni d’éventuelles poursuites contre les responsables des massacres, elle ne vient que pour gêner le travail du Forum”. Riposte de Ali Zerrad, secrétaire général de l’association : “Nos revendications sont sociales, le volet politique n’est pas de notre ressort, nous faisons confiance au CCDH pour la restitution des dépouilles”. Les semaines qui viennent nous diront qui, de l’association ou du forum, a raison de camper sur ses positions.


Service militaire. Le retour

L’appel sous les drapeaux redevient d’actualité avec le lancement de l’opération de recensement des assujettis au service militaire obligatoire par le ministère de l’Intérieur. L’âge requis a été porté à 20 ans au lieu de 19 ans. Les commissions de présélection se tiendront au niveau des provinces en juin prochain. Selon la loi relative au service militaire, toute personne pouvant justifier qu’elle est le principal soutien de sa famille est exemptée alors que les femmes qui le désirent peuvent se porter volontaires à condition d’être célibataires et de ne pas avoir d’enfants à charge. Le retour du service militaire était dans l’air depuis plusieurs mois déjà.



3 questions à Nouzha Sqalli (Parlementaire et militante féministe)

Le Maroc a levé ses restrictions sur les conventions de l’ONU concernant le statut de la femme. Qu’est ce que cela implique ?
Attention, il ne s’agit pas d’une levée de restrictions. Le comité interministériel présidé par Driss Jettou a seulement émis des recommandations dans ce sens. Maintenant, il faut du temps pour arriver à la levée effective. De toutes les façons, c’est une bonne chose. Ces recommandations signifient que le Maroc mettra prochainement en conformité ses lois internes. Je pense particulièrement au Code de la nationalité.

Pourquoi la réforme de ce Code traîne-t-elle ?
Cette loi ne se limite pas au droit de la femme à transmettre sa nationalité à ses enfants nés d’un père non marocain. Il y a d’autres articles sensibles comme l’élargissement de ce droit aux maris étrangers, la rétroactivité de cette loi, résider ou non au Maroc… La pilule est dure à faire passer. Le Maroc doit choisir entre le modèle d’une société arabo-musulmane et celui d’une société cosmopolite et multiconfessionnelle.

A quoi servent les conventions internationales, alors ?
Quand le Maroc avait ratifié la convention sur la protection de l’enfance, j’avais envoyé une lettre de protestation à la Primature demandant la levée des restrictions sur les femmes. L’ONU suit de près l’adéquation des textes ratifiés avec les lois internes. Le Maroc est dans tous les cas obligé de se conformer à ses engagements internationaux.


Jamel. Petit mariage entre amis

L’information a déjà fait le tour de la Jet Set marrakchie. Jamel Debbouze et Safia ont fixé une date pour la célébration de leur mariage. Ce sera le 21 avril prochain, même si la fête se prolongera du 21 au 24, puisque le roi de la répartie a décidé que la cérémonie se fera dans la pure tradition marocaine. Trois jours de fête “entre amis” dans la villa perso de Jamel dans la ville ocre. Cela dit, l’intimité ne s’arrêtera pas aux mamans et papas respectifs puisqu’une longue liste de pontes du showbiz fera le déplacement pour le mariage le plus attendu de l’année. Gad El Maleh, Alain Chabat, Gérard Depardieu, Eric et Ramzy, et peut-être bien Thierry Ardisson, patron de la future Mme Debbouze. De quoi rassasier la centaine de paparazzis attendus pour l’occasion. Bonne fête à tous.


Intégrisme. La fatwa de Motii

Le Mouvement Islamique Marocain (ex Chabiba islamiya) de Abdelkrim Motii, toujours en exil, a adressé un communiqué particulièrement virulent aux autorités marocaines. L’objet de cette ire est la correspondance adressée dernièrement par le Jihad islamique palestinien à l’ambassade du Maroc en Palestine concernant la “prolifération des prostituées marocaines dans les lieux de débauche de Tel Aviv”. Dans un texte au titre rageur (“Interrogations autour de la prostitution des Marocaines en Israël avec la bénédiction du Mossad” !), Motii règle au passage quelques comptes avec ses anciens camarades du PJD, les qualifiant de “nid d’espions à la solde du pouvoir”.


Cancer. Les premiers chiffres officiels

Selon une récente étude de l’association Lalla Salma pour le cancer, entre 35 000 et 50 000 nouveaux cas sont recensés chaque année au Maroc. Plus de 50% des personnes interrogées pensent que le cancer peut être traité avec du miel, des herbes naturelles ou de l’eau de Zemzem. Normal quand on sait que 67% d’entre eux sont convaincus que le traitement coûte très cher (ce qui n’est pas faux) et que 54% ne croient pas, ou très peu, aux chances de guérison. Pour le Dr Anouar Cherkaoui, directeur scientifique de la revue spécialisée Onco News, “cette étude a confirmé de manière méthodique ce que nous savions en vrac, notamment sur le fossé entre les croyances des gens et les avancées réalisées dans le domaine du traitement du cancer au Maroc et dans le monde”. Il reste, comme l’expliquent les spécialistes, à “développer la formation continue des médecins généralistes aux cancers les plus fréquents, pour pouvoir intervenir avant le stade terminal de la maladie”. À bon entendeur...



Humeur. La moitié de l’IER

Karim Boukhari

L’expérience de l’IER est en train de prendre une forme nouvelle, peut-être définitive : celle d’une gigantesque opération marketing. Ce n’est pas honteux. Tous les régimes du monde, même les plus avancés en matière de démocratie et de confort économique, ont besoin de relifter régulièrement leur image, ne serait-ce que pour gommer les points noirs qui menacent le visage. Et c’est exactement cela que semble entreprendre l’ancienne IER, dont les membres les plus représentatifs sillonnent le monde pour renforcer le crédit-image du royaume. Ces gens bien intentionnés vont briller ailleurs, là où on espérait du concret ici. De la pure communication. Ce n’est pas rien mais, à terme, ce n’est pas suffisant. Entre le béni-oui-ouisme de la majorité parlante et le nihilisme de quelques têtes brûlées, il y a de la place pour glisser un ou deux rappels intéressants. L’absence de transparence interne, la faiblesse des révélations, l’amnistie trop vite accordée aux responsables, cela fait beaucoup. Mais ce beaucoup pourrait compter pour du beurre si la moitié de l’IER, c'est-à-dire ses recommandations (contrôle du travail des services, séparation des pouvoirs politique et judiciaire, etc.), était demain prise au sérieux. C’est toujours possible. Reste à savoir quand et comment. L’IER a déjà rendu le tablier, refilant la patate chaude au gentil CCDH, une instance purement consultative. Et le CCDH, depuis, s’est terré dans le silence. Nous voilà donc coincés, comme dans une belle métaphore. Le cœur nous dit d’y croire et d’attendre. Et la tête se rappelle de celui qui avait écrit un jour que le Maroc était le pays des rendez-vous manqués avec l’histoire. Inutile de préciser qui de la tête ou du cœur l’emportera si, par malheur, la bonne moitié de l’IER se révélait une coquille vide.



VITES !

Et si le Maroc organisait une deuxième Marche verte, cette fois vers Tifariti, la bourgade dont le Polisario et la RASD semblent décidés à faire leur prochaine “capitale” ? L’idée a été officiellement proposée par l’Association du Sahara marocain, qui a retenu la date du 6 mai pour organiser ladite Marche. Une idée farfelue, à voir la configuration du territoire à traverser…


Zineddine Zidane et David Bekcham seront au Maroc en mai prochain pour le tournage de “Astérix aux jeux olympiques”. Si l’on en croit le site français pipole.net, ce troisième épisode d’ Astérix et Obélix coûtera plus de 60 millions d’euros. Zidane et Beckham ne seront cependant pas les seules stars de la distribution.


Nos confrères Hicham Snoussi et Mohamed Douma, respectivement directeur et journaliste à “la Manana”, ont finalement été condamnés à verser 100 000 DH chacun pour la publication d’un article (tiré d’un site espagnol) irrévérencieux envers Hassan II. Le tribunal a motivé son jugement par les “fausses informations” que contiendraient ledit article.


Triste nouvelle pour les amateurs de blues : le grand Ali Farka Touré est mort cette semaine à l’âge de 67 ans. Le musicien malien, rendu célèbre par un album en duo avec le guitariste Ry Cooder et un documentaire de Martin Scorsese (“Du Mali au Mississippi”), est un ami du Maroc où il s’est fait des amis lors de son passage par le festival d’Essaouira.

 
 
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