Allégeance ne veut pas dire paralysie
Cher Monsieur Benchemsi, jai lu avec beaucoup dintérêt votre éditorial du 25 février 2006, où vous accusez avec tristesse les politiciens marocains de ne promouvoir quune politique de nivellement par le bas. Et rassurez-vous, je nentends pas vous poursuivre en justice pour diffamation. Cependant, votre analyse quelque peu expéditive a suscité chez moi lenvie de vous écrire, pour continuer ce débat sur le partage des rôles entre les quatre sphères de pouvoir traditionnellement reconnues, à savoir : lexécutif, le législatif, la justice et la presse. Vous me permettrez donc dexaminer de plus près la conclusion que vous nous servez, en loccurrence que les politiciens marocains sautocensurent par esprit dallégeance au trône et veulent que la presse indépendante en fasse de même.
Je voudrais, à ce propos, vous rappeler que tous les Marocains, sans exception, sont tenus à lallégeance au roi. Allégeance qui, loin de faire de nous des momies paralysées (par la peur ?), doit plutôt nous inciter, tous, à servir les intérêts de notre pays et de nos concitoyens car, par principe, cest sur ce pacte entre chaque Marocain et le roi que repose la légitimité millénaire de tout acte politique dans notre royaume. Ceci dit, il est clair que nous avons un problème réel dautonomisation des quatre sphères de pouvoir par rapport à la source originelle du pouvoir politique au Maroc, cest à dire le roi. Dans cette affaire, nous avons tous une part de responsabilité, puisque, chez nous comme ailleurs, lautonomie et lindépendance des différentes sphères de pouvoir ne se sont pas produites par un coup de baguette magique, mais plutôt grâce aux efforts et aux sacrifices de femmes et dhommes probes et mus par une éthique citoyenne et démocratique exemplaire. Dailleurs, implicitement, vous reconnaissez cette vérité pour ce qui est de la sphère qui vous intéresse directement, puisque vous ne nous parlez dans votre éditorial que de presse indépendante. Je serais curieux de connaître le nombre de journaux que vous disqualifiez pour manque dindépendance
En réalité, il y a aujourdhui des responsables politiques, des parlementaires, des juges et des journalistes qui prennent des décisions en toute indépendance et les assument en toute responsabilité. Ces femmes et ces hommes sont rares. Ils méritent dêtre connus et reconnus. A ce jour, ils ne constituent pas encore une masse critique dans les différentes sphères de pouvoir à même dapporter limpulsion déterminante au processus de construction de lEtat de droit et de démocratisation de la société marocaine. Mais ils nont pas le droit de sarrêter en si bon chemin car cest lavenir de notre patrie qui est en jeu. Et, à mon sens, ces femmes et ces hommes peuvent aussi avoir un allié de taille, dont il faut solliciter lappui sans équivoque ni complexe. Je parle évidemment de Sa Majesté le roi Mohammed VI.
Chaquir Achahbar, Président du Parti du Renouveau et de lEquité
Permettez-moi de ne pas partager votre analyse sur lallégeance, pacte sur lequel repose la légitimité de toute action politique. Mon postulat est quil y a, justement, très peu dactions politiques dans notre pays, contre
un énorme flot de paroles politiques qui naboutissent à rien de tangible. Vu leur rareté, donc, toutes les actions politiques sont légitimes à mes yeux, quelles soient prédéterminées par lallégeance ou pas. Votre analyse intelligente et argumentée relève également de la rareté, dans notre triste (jinsiste) paysage politique. Cest avec grand plaisir que je lai lue, et que je la publie.
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