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Par Abdeslam Kadiri
Mauritanie. Le refuge des pateras
Découragés par la surveillance hispano-marocaine, les immigrés se rabattent sur la Mauritanie.10 000 à 15 000 candidats au départ seraient massés à Nouadhibou.
Rien au fond ne peut dissuader un clandestin de partir. Le drame de Sebta et Melilia, à l'automne dernier, la surveillance policière hispano-marocaine accrue, les murs imposants érigés, la côte d'Algésiras équipée de caméras de détection
ont certes dégoûté les immigrés d'utiliser (momentanément) la voie marocaine mais ont surtout permis de démontrer qu'ils sont prêts à tenter leur chance ailleurs. Plus qu'une |
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massification des départs, la fermeture des frontières a provoqué une diversification des itinéraires.
En effet, depuis quelques mois, des milliers de migrants se concentrent autour de Nouadhibou, au nord-ouest de la Mauritanie, et s'embarquent vers l'archipel des Canaries. Ces Africains utilisent des cayucos, des embarcations de pêche traditionnelles, pouvant transporter jusqu'à 70 personnes. Ils savent que dans l'archipel des Canaries une frontière électronique a aussi été mise en place, mais seulement dans les îles les plus à l'est, Lanzarote et Fuerteventura. Les cayucos essaient de contourner l'obstacle et d'accoster plus à l'ouest, dans les îles de Hierro et Gomera ou Tenerife ou Gran Canaria.
Selon un rapport de police cité par El Pais, 10 000 à 15 000 personnes, actuellement massés dans des camps de fortune autour de Nouadhibou, sont candidats au départ. Nous constatons un accroissement démesuré et une recrudescence des flux de migrants. Ils n'hésitent pas partir. Ce sont des candidats à la mort, nous confie, dépité, Mustapha Tamer, responsable des relations internationales au Croissant rouge mauritanien. Les conditions de voyage sont effroyables : 1 000 km séparent Nouadhibou des îles Canaries. Le Croissant rouge estime que 800 personnes font la traversée chaque jour et que 40% des bateaux font naufrage. Depuis novembre, 1 200 à 1 300 personnes seraient mortes en mer en tentant la traversée.
Pourquoi la Mauritanie ?
Les migrants savent que dans un territoire qui tend à devenir quadrillé, la Mauritanie reste le maillon faible de la région : pays aux frontières ouvertes et mal surveillées, peu peuplé et sans gros moyens de contrôle
L'autre raison qui pousse les Africains à partir de Nouadhibou est le prix de la traversée : 500 à 1 000 euros pour la voie atlantique au lieu de 1 700 à 3 400 euros pour la filière saharienne terrestre. Les candidats paient en monnaie sénégalaise ou mauritanienne et détruisent tous leurs papiers. Le voyage durerait deux jours et compterait plusieurs escales pour tromper la vigilance des garde-côtes.
Les rescapés de Nouadhibou-du-monde, sont pris en charge par le Croissant rouge mauritanien : Nous leur apportons une aide humanitaire sur le plan nutritionnel, vestimentaire et sanitaire, nous explique Mustapha Tamer. Nous allons ouvrir trois centres d'accueil dans les zones d'intense transit : Nouadhibou, Nouakchott et Zouerat. Mais nous sommes débordés car nos moyens sont limités. Nous devons faire face à la désertification, la sécheresse et la famine. Et maintenant un nouveau problème s'y ajoute.
Inquiète de la montée en puissance de cette filière, l'Union européenne va lancer un programme de lutte dont la mise en uvre a été confiée à l'Espagne. Le ministre de l'Intérieur espagnol, José Antonio Alonso, a présenté il y a dix jours un projet, Sea Horse, destiné à freiner l'immigration clandestine. Il prévoit le lancement de patrouilles mixtes avec les garde-côtes mauritaniens et marocains. L'immigration mauritanienne va relancer la réflexion sur le rôle des pays d'origine, de transit, de destination et sur la mise en place de vraies et courageuses politiques d'immigration. |
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