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Par Salma Mestiri
Algérie, Tunisie, Libye. Qui a libéré les intégristes ?
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Libération de Ali Belhadj
(au centre), le deuxième
responsable
du FIS algérien dissous
en 1992 (AFP)
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La libération presque simultanée d'islamistes radicaux dans trois pays du Maghreb relance la question des pressions occidentales, en particulier américaines, sur certains pays arabes.
Est-ce une coïncidence ? En l'espace de quelques jours, entre fin février et début mars, alors que le Hamas arrive au pouvoir en Palestine, l'Algérie, la Tunisie et la Libye, aux situations politiques et sociales pourtant distinctes, ont pris la décision de libérer des islamistes, certains en prison depuis quelques mois, d'autres depuis plus de quinze |
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ans. En Algérie, ces libérations étaient prévues, y compris celle de l'ancien numéro 2 du Front islamique du Salut (FIS) Ali Belhadj. Elles s'inscrivent dans le cadre de la charte sur la réconciliation nationale, approuvée fin septembre 2005 par référendum, qui prévoit que les détenus condamnés définitivement pour des faits ne portant pas sur les massacres collectifs, viols et usage d'explosifs dans des lieux publics seront graciés, les autres pouvant bénéficier de commutation et d'une remise de peine. En revanche, ces libérations sont plus surprenantes en Libye et en Tunisie, connues pour réprimer férocement l'islamisme. Tunis n'a d'ailleurs mené aucune campagne autour de la grâce présidentielle accordée à près de 80 islamistes du parti interdit Ennahda, noyés dans la masse de plus de 1500 prisonniers de droit commun. Une décision au demeurant prématurée, l'amnistie intervenant traditionnellement le 20 mars, date anniversaire de l'indépendance. La Libye, elle, a libéré les 84 membres du mouvement interdit Al Jamaa al Islamiya, branche locale des Frères musulmans, emprisonnés depuis la fin des années 1990.
Pressions extérieures
Pour Khemaïs Ksila, secrétaire général de la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'Homme, il n'y a pas de doute possible : ces libérations sont le fruit de pressions extérieures, notamment américaines. Le courant djihadiste se développe de plus en plus, même en Tunisie, explique M. Ksila. Et malgré tout ce que ses membres ont enduré, Ennahdha n'a jamais prôné la violence. Les Américains ont donc intérêt à soutenir ce genre de mouvement modéré pour contrer le djihadisme. La même logique défendue par l'Oncle Sam au Maroc, pour justifier son soutien à l'arrivée probable du PJD au gouvernement en 2007. Sans écarter l'hypothèse de pressions américaines, Eric Goldstein, le directeur Moyen-Orient/Afrique du nord à l'ONG Human Rights Watch, avance une autre explication. Après le Sommet mondial sur la société de l'Information de Tunis, en novembre 2005, où plusieurs dérives avaient été constatées (manifestations réprimées, agression d'un journaliste français de Libération sous les yeux de la police), il était temps d'assainir l'atmosphère, mais pas trop vite, pour ne pas avoir l'air de céder, justement, à ces pressions.
Quant à la Libye, longtemps considérée comme un Etat voyou, elle veut désormais montrer qu'elle évolue dans le bon sens, ajoute M. Goldstein. Est-ce l'exemple de l'Irak, déchiré par une quasi-guerre civile, ou de l'Iran, dans le collimateur des Occidentaux à cause de ses ambitions nucléaires ? Toujours est-il que la Libye d'aujourd'hui courtise ses anciens ennemis. Et cela s'avère payant : les entreprises occidentales guettent les opportunités d'investissement et Tripoli vient de signer un accord sur le nucléaire civil avec la France, trois ans après que Kadhafi ait renoncé à se doter d'armes de destruction massive.
Atténuer les tensions internes
La volonté d'apaiser des tensions internes a aussi pu influencer ces deux pays. Hassan Al Amine, opposant libyen indépendant basé à Londres, est certain que la libération des islamistes libyens est liée à la répression sanglante des émeutes de Benghazi. Un choc pour le régime libyen, estime M. al-Amine. Le régime aurait cherché à absorber la colère de la population en lâchant du lest par le biais des islamistes. D'autant plus que Seif el Islam Kadhafi, fils du fondateur de la Jamahiriya, s'y était engagé depuis longtemps sans tenir sa promesse. Le moment était donc propice, sur le plan intérieur aussi bien que sur le plan extérieur, conclut M. Al Amine.
En Tunisie, où l'opposition fragmentée n'a qu'une très faible assise populaire, l'explication est moins évidente. Mais le mouvement du 18 octobre, regroupant des opposants de toutes sensibilités en faveur d'un minimum démocratique, avait tout de même fait parler de lui, par des grèves de la faim et des manifestations pacifiques. Les militants libérés ne peuvent s'empêcher d'avoir une pensée pour le Hamas. Sa victoire contredit ceux qui affirment que les mouvements islamistes sont anti-démocratiques et qu'ils ne peuvent arriver au pouvoir que par la violence, estime Hamadi Jebali, conscient qu'en Tunisie, le chemin est extrêmement plus tortueux.
Pas de véritable ouverture
Si les défenseurs des droits de l'homme se réjouissent de cette série de libérations, elle ne leur en laisse pas moins un goût amer. Il était grand temps qu'ils soient libérés et il ne faut pas oublier que la plupart d'entre eux avaient déjà purgé la plus grande partie de leur peine, affirme Bochra Ben Hamida, avocate tunisienne. Même son de cloche chez Eric Goldstein, pour qui les deux problèmes fondamentaux au Maghreb restent les lois, défavorables à la presse et à l'opposition politique, et le manque d'indépendance de la justice.
Il n'y a aucun changement en Libye après ces libérations, martèle Hassan al-Amine. Les lois d'exception restent les mêmes. Comment espérer une amélioration dans un pays où, selon Kadhafi, Qui constitue un parti trahit !. Khemaïs Ksila craint la suite des événements pour les islamistes libérés. D'après lui, il est probable qu'ils restent sous contrôle administratif, obligés de se présenter au commissariat de leur quartier deux à trois fois par semaine, sans avoir le droit de travailler, de voyager ou même d'avoir une couverture sociale. Tout le monde est content, bien sûr, mais ce n'est pas l'euphorie. Ces libérations au goutte à goutte, quel genre de joie pourrait-ce être ?. |
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Engagement. Un Tunisien témoigne
Dun point de vue politique, cette grâce présidentielle est un pas vers la fermeture du dossier islamiste, même s'il reste encore des prisonniers d'opinion. Il ne s'agit ni d'une reculade, ni d'une nouvelle politique, puisque les autorités persistent à dire qu'il n'y a pas de prisonniers politiques en Tunisie. S'adresser à l'Etat ici, c'est comme crier dans le vide. Certes, la participation politique est légale et constitutionnelle. Il est clair que nous ne voulons pas d'action secrète ou violente. Mais encore faut-il qu'on puisse jouir des droits élémentaires, voyager, travailler. Or, ce n'est pas encore clair. Je n'ai pas encore essayé. Mais j'essaierai de tous les côtés. J'y ai droit en tant qu'homme libre. En plus, l'islam, pour moi, c'est la liberté.
*Hamadi Jebali, ancien responsable du parti islamiste tunisien Ennahda et journaliste à Al Fajr, à sa sortie de prison
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