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Recensement. Le top 10 de nos villes
Maroc / Afrique. Les limites de la stratégie M6
Mauritanie. Le refuge des pateras
Enseignement. La mission à tout prix
Émigration. Contrats pour la misère
Algérie, Tunisie, Libye. Qui a libéré les intégristes ?
Liban. Un printemps éphémère
H5NI. Le marché grippé du poulet
Photo. Un siècle à Casablanca
Communication. Do you speak darija ?
N° 217
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Chef de rubrique Karim Boukhari

La semaine Maroc

(AFP)

Justice. Nadia Yassine se régale

Les procès de Nadia Yassine se suivent et se ressemblent. Neuf mois après sa première audience, la fille du cheikh est revenue, le mardi 14 mars, au tribunal de première instance de Rabat, le même bandeau sur la bouche, la même foule de “adlistes” (les fidèles de la Jamaâ) sur la chaussée, 60 avocats pour la soutenir et, au final, la même décision du juge : audience levée et reportée sans précision de date. La ressemblance s’arrête là. Cette fois-ci, le report était clairement prémédité. Ni Nadia Yassine, ni les trois avocats du journaliste Abdelaziz Koukas (Abderrahim Jamaï, Khalid Soufiani et Abderrahmane
Benameur) n’avaient reçu leur convocation. Sachant que Aziz Hilali (imprimerie Arrissala) et Abderrahim Nasseh (Sochepress) étaient absents à l’appel, le tribunal a eu toutes les raisons du monde de suspendre la séance jusqu’à nouvel ordre. “Si le prétexte est acceptable au niveau procédural, la manœuvre politique est maladroite. Elle consiste à faire de Nadia Yassine une otage de la justice, tant que les visions d’Al Adl sur 2006 dérangent”, commente le politologue Mohamed Darif. Présente, malgré la volonté du tribunal d’égarer sa convocation (envoyée à une fausse adresse), Nadia Yassine a distribué un mémorandum où elle revendique son procès, pour mettre à nu “une magouille judiciaire” menée par “un faux Etat de droit”. Encore une fois, l’occasion lui est offerte sur un plateau en or pour faire étalage de son art consommé de la communication. Merci qui ?


Forum. Sebbar toujours président ?

Le Forum vérité et justice (FVJ) a tenu son congrès le week-end dernier. Un conseil national de 86 personnes a été élu qui devra dégager, dans les jours qui viennent, un bureau exécutif de 15 personnes, parmi lesquelles le futur président. Le nom de Kamal Lahbib, brillant militant associatif (et membre du PSU) a été évoqué pour succéder éventuellement au président sortant Mohamed Sebbar. Mais Lahbib a décliné l’offre et tout semble indiquer que Sebbar, sauf surprise majeure, sera reconduit. Selon le trésorier du congrès, l’événement a été organisé grâce à plusieurs dons d’offices et de particuliers, dont le CCDH qui a offert 100 000 DH. Le FVJ, créé initialement pour défendre les victimes des années de plomb, avait eu comme premier président Driss Benzekri.


Terrorisme. Un suicide suspect

La femme du kamikaze Mohamed El Omari, rescapé des attentats du 16 mai (il s’était rétracté au dernier moment), s’est donnée la mort dimanche dernier après avoir ingurgité un produit pesticide. Ce décès surprenant (le suicide étant prohibé par l’Islam) intervient au moment où son mari, considéré comme l’un des membres présumés de la Salafia Jihadia, croupit toujours dans la prison de Kénitra où il fait partie des condamnés à mort. Selon des sources proches de la famille, El Omari accuse les autorités d’être derrière le suicide de sa femme, suite aux pressions qu’elle aurait subies. Le détenu, pour rappel, avait toujours reconnu sa participation aux attentats de Casablanca.


Laâyoune. Hadrami en éclaireur

Omar Hadrami a été chargé de jouer au pompier au Sahara. L’ex-transfuge du Polisario, qui a déjà travaillé sur le dossier du temps où il était à la tête de la province de Sidi Kacem, a été rappelé pour jouer au médiateur dans une région exposée aux turbulences. Hadrami et de nombreux responsables sécuritaires ont été “réquisitionnés” avant d’être envoyés en éclaireurs, dans le but de baliser la prochaine visite de Mohammed VI dans la région. C’est désormais le gouverneur de Benslimane Mohamed Assila qui assure l’intérim au niveau de la wilaya de Settat en attendant le retour de son wali, Omar Hadrami, qui a pris la route de Laâyoune pour une mission à durée indéterminée.


Mines. De l’or à M’rirt ?

Mais que se passe-t-il à M’rirt ? Cette petite localité située près de Khénifra vit au rythme des protestations des mineurs de Sidi Hmed, qui demandent l’amélioration de leurs conditions de travail et une révision de leurs salaires. 13 mineurs ont même observé un sit-in record d’une semaine, au fond de la mine de plomb (200 m de profondeur). Le mouvement de grève s’est, depuis, étendu à 140 mineurs occasionnels. Et voilà que la situation s’enflamme davantage avec la surenchère syndicale entre les branches locales de l’UGTM et l’UMT. Et si, comme le colporte depuis quelque temps la rumeur locale, on avait découvert de l’or au fond des mines de Sidi Hmed, au point d’affoler tout ce petit monde ?


Nominations. L’Intérieur verrouillé

Le roi a procédé, en milieu de semaine, à de nouveaux remaniements au sein du ministère de l’Intérieur. La passation des consignes s’est faite en présence des “deux ministres” que sont Fouad Ali El Himma et Chakib Benmoussa. Parmi les principales nominations, celle du secrétariat général du ministère, confié à Saâd Hassar, ancien patron des collectivités locales (remplacé par Noureddine Boutayeb) et proche de Abdelaziz Meziane Belfqih. Département particulièrement sensible, la direction de la réglementation et des libertés publiques a été confiée à Mohamed Ouzgan. Les nouvelles nominations ont également concerné la direction des finances locales dont la gestion revient désormais à Abdelghani Guezzar. Avec ces derniers réglages, qui font suite à l’installation de Benmoussa à la tête du ministère, Mohammed VI a définitivement verrouillé la machine de l’Intérieur et installé ses hommes à la tête des directions les plus sensibles.



Billet. Qui a peur de l’Algérie ?

Driss Ksikes

À chaque fois qu’Alger achète une fournée de MIG, qu’elle se rappelle au bon vieux souvenir de sa Russie protectrice, les observateurs frileux de chez nous croient entendre des bruits de bottes. Plus de quarante ans après la guerre des sables, les Marocains ressassent la même réflexion géostratégique primaire : “nos voisins, hier humiliés, cherchent toujours à prendre leur revanche”. Il suffit que vous évoquiez les provocations du Polisario, Tifariti et tout le reste, pour qu’un excité, militaire dans l’âme, sorte du lot et hurle sa témérité : “S’ils veulent la guerre, ils l’auront ! Pourquoi craindre la confrontation ?”. Dans cet élan de patriotisme enfiévré, certains militants de la dernière heure plaident pour une “marche blanche” vers le no man’s land situé au-delà du mur de défense. D’autres obscurs militants ressortent des cartons le dossier classé du Sahara oriental pour titiller Alger. D’autres, encore plus zélés, proclament la période nous séparant du prochain vote de l’autonomie à l’ONU “mois de carême politique, où seul le consensus aura droit de cité”. Tout cela donne l’impression d’une société écorchée vive qui gigote dans tous les sens, face à une Algérie imperturbable qui s’arme sereinement et laisse venir. En pleine frénésie, qui s’est demandé si l’Algérie surarmée cherche vraiment la guerre ? On oublie souvent que Bouteflika a des rêves de puissance. Et qu’il les réalise petit à petit en devenant un client privilégié de Washington et de Moscou en matière d’armes, et un fournisseur de gaz et de pétrole courtisé par l’Europe. Ses armes, elles ne lui servent pas à grand chose, sinon à nous faire peur. Ce à quoi nous sommes, manifestement, toujours prêts.



Congrès. Les couacs d’Amaoui

Même si le Congrès National Ittihadi (CNI) est dirigé sur le papier par Abdelmajid Bouzoubaâ, Noubir Amaoui demeure le véritable chef à bord. Lors du congrès du parti, tenu le week-end dernier, Amaoui a commis le lapsus suivant : “nous n’avons pas été convoqués par le gouvernement au sujet du Sahara”. Bouzoubaâ, gêné d’avoir pris part à la réunion, a compris que son mentor a confondu son syndicat (la CDT) avec son parti (le CNI). Par ailleurs, le vieux leader frustré n’a pas cessé d’interrompre les intervenants pour se justifier. Résultat, plusieurs membres dirigeants, froissés par de tels comportements, se sont retirés en guise de protestation.


People. Adriana fait vroum vroum

Le top model Adriana Karembeu mangera la poussière (marocaine) cette année. Elle s’est inscrite au Rallye Aïcha des gazelles, épreuve automobile réservée aux femmes, qui traversera le désert marocain du 19 au 27 avril. “C’est un défi énorme, j’ai envie de me surpasser et de faire partie de cette aventure humaine” déclarait-elle à un journal français. “Adriana désire être traitée comme n’importe quelle concurrente. Je ne compte d’ailleurs pas communiquer sur sa présence” explique, pour sa part, Dominique Serra, directrice de l’épreuve. Il n’en demeure pas moins qu’il y aura un beau mirage dans le désert cette année : Adriana en wonderba.


Télévision. Le city mag de 2M

2M a lancé, cette semaine, un nouveau magazine intéressant, “Abouab al madina” (les portes de la ville), dédié à la gestion de la chose publique. Notre confrère Abderrahim Tafnout, rédacteur en chef du programme, sillonnera les villes du royaume avec une équipe de six journalistes pour interpeller mairies, ONG locales, etc. Produit par la chaîne, le magazine hebdomadaire, dont la direction artistique a été confiée à un réalisateur français, devra explorer, en toile de fond, les réalisations des différents maires du royaume (et des partis politiques auxquels ils appartiennent). Un bon point pour la chaîne, qui a décidé de programmer l’émission tous les vendredis soir en prime time.


Justice. Le Journal

Volte-face surprenante dans l’affaire du journal Hebdomadaire. Lors de l’audience du mardi 14 mars, à la cour d’appel de Rabat, le juge a accepté de convoquer les chercheurs Khadija Mohsen-Finan et Bernabé Lopez Garcia à la barre. Tous deux avaient publiquement mis en doute la crédibilité scientifique de l’étude sur le Sahara menée par le centre belge ESISC, sans aller jusqu’à soutenir (comme Le Journal) qu’elle était “commanditée par Rabat”. Le juge de première instance avait refusé de les écouter et cette fois-ci, curieusement, c’est l’avocat de la partie plaignante, Mohamed Ziane, qui a demandé leur présence. Que celui qui a tout compris lève la main !



3 questions à Younes Moujahid (Secrétaire général du syndicat de la presse (SNPM))

Les autorités américaines ont annoncé la mise en place d’un programme d’aide à la presse marocaine, d’un montant de cinq millions de dollars. Pour quelles raisons le SNPM a-t-il dénoncé cette initiative ?
Notre décision est motivée par notre volonté de protéger l’indépendance de notre presse, mais aussi de faire respecter la loi puisque cette initiative est en contradiction avec la législation marocaine (qui interdit à toute publication d’être financée de l’étranger). Nous estimons par ailleurs que ce programme, censé promouvoir la démocratie dans le monde arabe, arrive à des fins de propagande pour couvrir les désastres de la politique américaine en Irak, en Palestine ou ailleurs.

On murmure que les Américains auraient exercé des pressions sur votre syndicat. Qu’en est-il ?
Il y a eu quelques contacts entrepris par l’ambassade américaine avec nos sections, puis avec le bureau national, mais cela n’a débouché sur rien de concret. Nous leur avons expliqué notre refus de principe, et chacun est libre d’en tirer les conclusions qui lui conviennent.

Et si les patrons de presse, auxquels on prête des contacts avec l’ambassade américaine, choisissaient d’accepter ?
Ils sont libres, mais chacun assumera alors ses responsabilités. Quand au syndicat, sa position, est très claire : non à l’offre américaine.


Grippe aviaire. Comme à la télé !

Nous aussi, on l’a fait ! Le 14 mars dernier, une simulation de “gestion de crise en temps réel” était organisée au village de Larbaâ S’houl, près de Rabat. Objectif : montrer à la population (la TVM et 2M étaient présentes à la démonstration) que le gouvernement se tient prêt à réagir au quart de tour en cas de localisation d’un foyer de grippe aviaire au Maroc. Euthanasie des bêtes atteintes, désinfection des locaux, sas de décontamination à l’usage des humains, barrages sanitaires de 3, puis de 10 km autour de la zone touchée, confinement et prélèvements systématiques effectués sur les bêtes de toute la région… Les gouverneurs locaux, qui seront responsables de la coordination, auront, nous promet-on, un délai maximal de 3 heures pour mettre tout le dispositif en place, à compter du premier résultat d’analyse positif. Amen !


Sahara. Sa Majesté d’abord !

Le dossier du Sahara a ouvert les portes de la Koutla au PPS. Le parti d’Ismaïl Alaoui a été finalement accepté par l’USFP et l’Istiqlal pour préparer un mémorandum commun sur l’autonomie du Sahara qui sera présenté au roi avant le 31 mars, date limite pour le dépôt de toutes les propositions des partis politiques. Les trois formations ont des contacts quotidiens afin de peaufiner leur vision. Laquelle ? Nous ne le saurons pas. “Car la courtoisie veut que la primeur de l’information soit à Sa Majesté”, dit M. Alaoui. Selon des confidences largement répercutées, les partis ont reçu l’ordre de ne pas divulguer le contenu de leurs propositions. Priorité au roi !


Absurde. Barry cloné

Un Barry peut en cacher un autre. Maurice El Baz, patron de Fmusic, boîte de production musicale casablancaise, a lancé sur le marché son propre Barry pour concurrencer l’auteur du tube Maticha. Maurice El Baz a édité, pour l’occasion, des flyers annonçant un concert de “son” Barry pour le 21 avril à Casablanca. “Le type en photo sur ces flyers n’a jamais chanté de sa vie”, déclare le vrai Barry qui compte poursuivre Maurice El Baz en justice. Ce n’est pas le premier différend entre les deux hommes. En janvier 2006, Barry avait voulu déposer son nom à l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), mais Maurice El Baz l’avait précédé de quelques mois. “J’ai créé le personnage de Barry, je suis propriétaire du concept” déclare El Baz. Barry, lui, hausse les épaules : “C’est mon nom d’artiste depuis toujours. Mon père se faisait déjà appeler ainsi, c’est la déformation de notre nom de famille : Bahri.”



Humeur. Parole de Toto !

Karim Boukhari

Combien sont les Marocains normalement constitués qui pensent, sérieusement, que le pays va mal à cause des nuisances de l’étranger ? Je vais vous faire la réponse de Toto : entre zéro et 30 millions de personnes ! Personnellement, j’ai longtemps espéré que la paranoïa de l’étranger disparaîtrait avec la fin de l’ancienne ère. À défaut, je me consolais en pensant que le vocable serait au moins banni du langage des jeunes premiers de la classe politique. Eh bien cause perdue. Abdelkrim Benatik, leader du parti travailliste, cité cette semaine dans les colonnes d’Assabah, vient de me le rappeler. Je n’ai aucun problème avec Benatik (bien au contraire), et certains de mes amis comptent parmi les membres à part entière de son parti. Mais je ne comprends pas cette poussée de fièvre qui a conduit l’ancien secrétaire d’Etat à nous resservir, lui aussi, l’éternel marronnier de l’establishment marocain. Généralement, les spécialistes qui ont pris l’habitude de nous servir la soupe sont les services de sécurité (normal, ils sont payés pour ça), les officiels pour lesquels l’art-démago n’a plus de secret, ou alors les deux ou trois derniers illuminés de ce pays qui n’ont pas peur du ridicule. Ces gens ne croient pas un mot de ce qu’ils disent. À moins qu’ils ne soient des génies capables de nous expliquer, par A+B, qui s’acharne à nous chercher des poux dans la tête depuis que le monde existe. Non, mes amis, restons sérieux : le Maroc n’a besoin de personne pour se créer ses propres problèmes et les vivre pleinement. Il ressemble en cela à tous les pays du monde. Plutôt que de se moquer de notre intelligence, les “travaillistes” de mon ami Benatik (et les autres, d’ailleurs) feraient mieux de changer de langage. Please, c’est Toto, premier de la classe, qui vous le demande !



VITES !

Ignacio Cembrero, journaliste au quotidien espagnol “El Pais” et grand spécialiste du Maroc, a publié, vendredi à Madrid, un livre dédié à la crise de l’îlot Leïla qui avait mis à mal les rapports, déjà difficiles, entre le Maroc et l’Espagne. L’intitulé du livre, “Vecinos alejados” (Voisins éloignés), se passe de tout commentaire.


Une rencontre de dialogue entre les trois religions monothéistes (islam, judaïsme et christianisme) devra se tenir en juin 2006 à El Hoceima. C’est l’Association du Rif pour la solidarité et le développement qui organise l’événement. L’ayatollah iranien Ali Khamenei devrait, entre autres, y participer.


Les anciens exilés et réfugiés politiques Fadma Ajarar, Ahmed Bella, M’hamed El Mohamadi, Nourdine Berida, Abdelaziz Hmoudane et Mostafa Tanouti, déplorent que leurs dossiers de réintégration à l’enseignement soient toujours bloqués. Amnistiés en juillet 1994, ils s’étaient vus promettre leur réintégration par le ministre Habib El Malki, le 30 décembre 2004. Ils n’ont toujours rien vu.


Abdellah Zaâzaâ n’est plus Secrétaire Général de l’influent Réseau des associations de quartier (Resaq). Le 6 mars, il a cédé son siège à Larbi Zahidi, son adjoint. Pourquoi ? “Parce que le Resaq s’était trop identifié à moi, dit Zaâzaâ. Il était temps de réaliser l’alternance pour permettre l’émergence de nouveaux leaders”. Partis politiques, prenez-en de la graine !

 
 
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