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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Mehdi Sekkouri Alaoui

Festival. Abracadabra !

Le Frankenstein
de l’illusion, Magoo (DR)

Des débuts balbutiants pour le troisième Festival international de la magie de Marrakech qui, malgré des prestations de qualité inégale et quelques ratés dans l’organisation, s'est terminé par un fort beau spectacle.


Se rendre à Marrakech pour assister à un Festival international de magie, l'idée est séduisante. Une occasion rêvée d'aller à la rencontre d'un monde aussi fascinant que mystérieux. Il est vrai qu' à part les maigres représentations auxquelles nous avons droit lors de soirées privées et d'anniversaires, la magie - que l'on s'entende bien, je parle
de prestidigitation - est malheureusement une denrée rare dans ce pays. On se contente de rêver en face de son petit écran, en suivant l'éternel Patrick Sébastien et son captivant “le plus grand cabaret au monde”. Alors cela peut être sympa de voir à l'oeuvre tous ces “saharas” en chair et en os, surtout que les organisateurs annoncent la participation d'une bonne trentaine de renommée internationale. Voilà donc ce qui nous est proposé durant quatre jours dans les différents sites marrakchis choisis pour l'occasion. En route alors !

Des enfants aux anges
Halte au théâtre royal. Le bâtiment (toujours pas fini) inspiré des arènes de la Rome antique, pour on ne sait quelles raisons d'ailleurs, est aux trois quarts vide ce vendredi après-midi, ce qui n'empêche pas la centaine d'enfants venus des écoles et orphelinats de la région et qui composent l'essentiel du public présent, d'apporter grâce à leurs cris et à leurs rires une certaine vie à ce décor assez kitsch. “Ces gosses sont aux anges. Je ne les ai presque jamais vus aussi heureux”, se réjouit, émue, une de leurs accompagnatrices. Jean Louis Galidie, Greg et David Coven y sont pour quelque chose. Ces trois magiciens occupent les lieux à raison de cinq représentations par jour.

“Même si leurs tours ne sont pas extraordinaires pour des adultes, ils arrivent quand même à emballer les enfants qui, pour la plupart, n'ont jamais vu un magicien de près ou de loin. Et surtout ils les font participer et ça c'est important”, souligne ce Casaoui l'air un peu déçu par le spectacle qui lui a fait parcourir 250 kilomètres. Quant à ses deux enfants, assis à ses côtés, ils sont tout simplement fous de joie.

Des femmes angoissées
Toujours dans le public, une quinzaine de femmes du même douar, invitées par une association caritative, n'en croient pas leurs yeux : sur la scène, une femme est désormais en lévitation. Les plus âgées d'entres elles semblent psalmodier des versets du Coran, les autres ne peuvent s'empêcher de pousser des cris de stupéfaction. Mais l'euphorie n'atteint son apogée que lorsque l'une d'entre elles, invitée sur scène, se retrouve dans un caisson et que des objets tranchants vont la traverser. Pendant une bonne dizaine de minutes, au vu des têtes qu'elles font, on a l'impression qu'elles pensent déjà à comment elles vont annoncer la mauvaise nouvelle aux proches de la pauvre Rahma. Une fois le tour fini et Rahma sortie indemne, des youyous traditionnels jaillissent de l'arène marrakchie. Cependant on ne peut s' empêcher de se demander où est passée la trentaine de magiciens tant annoncée ? Peut-être sur les autres scènes ?

Des prodiges non sécurisés
Vendredi soir, destination les jardins El Harti où les Marrakchis convergent pour assister à un nouveau spectacle. Dans les coulisses, Hamza et Youssef qui se sont produits la veille sur la place Jamaâ El Fna devant 6000 spectateurs, se préparent à monter sur scène. Ceux qui sont considérés comme les espoirs de la magie marocaine, âgés d'à peine 16 ans, sont dépassés par les événements. Normal, personne de l'organisation n'est là pour les guider. Les deux hôtesses mises à leur disposition ne semblent pas plus savoir que faire. “On nous a dit de venir ici sans nous donner aucune explication”, raconte l'une d'elles. Quant à la sécurité des deux adolescents, elle n'est tout simplement pas prise en considération. Alors que des ivrognes et des shootés franchissent les barrières de sécurité, seul un employé de la wilaya, vieux et fatigué, s'interpose, en l'absence de policiers et d'agents de sécurité. Une fois sur scène, Hamza et Youssef font étalage de leur talent pendant une trentaine de minutes seulement. C'est très peu de l'avis du public à qui on avait promis deux heures de spectacle au départ (c'est ce qui est annoncé sur les flyers), “C'est génial ce qu'ils nous ont montré, nous sommes très fiers d'eux mais on aurait préféré que ça dure plus longtemps”, se plaint ce serveur de café qui a quitté son travail plus tôt que prévu pour assister à leur représentation. Alors que nos deux jeunes prodiges ramassent leur matériel, ils reçoivent dans les coulisses ,pour leur plus grand bonheur, la visite de la tête d'affiche du festival, Bertrand Loth. Le David Copperfield français qui a suivi une bonne partie du spectacle, a tenu à leur prodiguer quelques conseils pour améliorer leur niveau. Sur la place Jamaâ El Fna, même son de cloche. Le spectacle donné par deux magiciens marocains appelés à la rescousse quelques jours plus tôt, dure moins d'une heure, au grand dam des 10 000 spectateurs de ce soir-là. “Pour un festival qui se veut populaire n'aurait-il pas été plus judicieux d'élaborer une programmation plus riche dans les sites les plus fréquentés”, commente un spectateur déçu.

Peu de public, mais enfin du très beau spectacle
Samedi soir, on ne semble pas trop se bousculer aux portes du Palais des congrès où doit se tenir la soirée de gala, considérée comme la cerise sur le gâteau de ces quatre jours.

Pour ceux qui sont habitués aux mouvements de masse qui accompagnent les festivals marrakchis, l'affluence est décevante. Ils trouveront même que c'est un peu trop calme. “Normal qu'il n'y ait pas eu autant de monde que prévu, explique ce partenaire de l'événement. Quand vous envoyez autant d'invitations et aussi tardivement, il faut s'attendre à ce que beaucoup de gens ne viennent pas parce qu'ils ont tout simplement déjà prévu autre chose, sans oublier qu'il y a eu un manque flagrant de communication. Imaginez que les flyers et les affiches sont arrivés à Marrakech moins d'une semaine avant l'événement”. Heureusement qu'il y a le spectacle pour faire oublier tous ces aléas ! Cinq magiciens seulement, mais d'un excellent niveau, à commencer par nos jeunes prodiges marocains qui ont ouvert le bal et de fort belle manière. Hamza a été particulièrement impressionnant. Il arrive à faire disparaître son assistante dans une malle magique où il disparaît à son tour, avant de réapparaître dans le public, sous un tonnerre d'applaudissements. Les deux professionnels suivants vont rehausser d'un cran plus haut le niveau du spectacle et de tout ce festival par la même occasion. D'abord l'Espagnol Magoo, en tenue de Frankenstein, avec un tour de magie tragi-comique : des squelettes à vous coller la frousse qui sortent d'on ne sait où et qui se mettent à fredonner des tubes des années soixante et puis la grande révélation de ce festival, Olmac, professionnel depuis sept ans qui a remporté de nombreux prix internationaux et qui est d'origine casablancaise. A son tour il va faire voler des têtes, faire disparaître et réapparaître des corps comme par enchantement, un numéro époustouflant largement applaudi par le public.

Le meilleur pour la fin…
Vient, enfin, le moment tant attendu de ce festival : la prestation de Bernard Loth, dont le show est classé parmi les cinq meilleurs au monde. Celui qui est arrivé à Marrakech avec cinq tonnes de matériel - il faudra même l'intervention d'un ministre pour tout débloquer à la douane- tiendra en haleine l'assistance durant une heure. Dans une cage de verre, il transforme les ballons qui s'y trouvent en une charmante partenaire, en l'occurrence sa femme, qu'il va par la suite mettre dans une grande boîte qu'il va réduire elle-même en une petite de quelques centimètres. Dans un autre registre, il réussit un duo virtuel avec Anne Roumanov. La très sympathique humoriste française était bien présente au Palais des congrès ce soir-là, sans pour autant y être. “Comment fait-il ça ?”, en dehors des applaudissements, ce sont les quelques mots répétés par un public euphorique tout le long de cette représentation.

…et des prix pour gâcher le plaisir
La soirée aurait pu se terminer sur cette belle note s'il n'y avait pas eu la remise des prix. C'est la règle dans tout festival, non ? Pour ce journaliste français présent dans la salle, “ça n'a aucun sens étant donné que les prix sont aussi nombreux que les lauréats”. C'est ainsi que Olmac est reparti avec sa baguette d'or et Magoo celle d'argent. Les organisateurs ont même prévu des prix “jeunes espoirs” pour les deux jeunes participants marocains. Et à la surprise générale, c'est Youssef qui a raflé le premier prix bien que les tours proposés par Hamza, de l'avis de bon nombre de personnes, aient été d'un niveau nettement supérieur. Certains vont même faire le lien entre le jeune Youssef et son père Omar Jazouli qui se trouve être le maire de Marrakech et l'un des initiateurs de ce festival. “Youssef est bon mais j'ai l'impression que ce choix est motivé par autre chose que le talent”, ajoute ce même journaliste. Ils sont certainement encore plus nombreux à avoir eu la même impression surtout après l'hommage ostentatoire fait en clôture de soirée au maire de la cité ocre qui, à son tour, a eu droit à sa statuette.

 
 
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