Sahara. L'autonomie en questions
Religion. "En islam, l'homme compte plus que le texte sacré"
Fanatisme. Les DVD de l'apocalypse
Société. Karian Toma à coeur ouvert
Portrait. Une Marocaine au pôle Sud
Immigration. L'Europe verrouille ses frontières
Accord de pêche. Le Maroc pris au piège ?
Festival. Abracadabra !
Littérature. Le poisson, la plume et le conteur
N° 218
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Chef de rubrique Karim Boukhari

La semaine Maroc

(AFP)

Radio et télévision. Les coulisses de la HACA

La HACA (Haute autorité de la communication audiovisuelle) continue d’auditionner les candidats aux projets de radio et de télévision. L’appel à concurrence reste ainsi ouvert jusqu’au 29 mars, les délibérations finales suivront et le verdict définitif sera connu entre les 4 et 5 avril. Mais les grandes lignes du futur paysage audiovisuel commencent à se dessiner. Pour la télévision, les quatre projets proposés, sauf surprise de dernière minute, devraient tous être retenus. À commencer par Médi1sat, qui aurait prévu d’émettre dès l’été prochain. La chaîne, qui semble avoir le soutien indirect des officiels tant à Paris qu’à Rabat,
est une mosaïque franco-marocaine. La partie marocaine, qui serait majoritaire, réunit des actionnaires comme la CDG ou Maroc Telecom. Les trois autres projets-télé qui devraient être retenus sont montés autour d’opérateurs européens (Français, Espagnols, Italiens) dont on n’a pas pu confirmer les identités. Au niveau des radios, la sélection devra mettre plus de temps avant de se décanter. Mais on sait d’ores et déjà que trois radios généralistes et à diffusion nationale seront retenues. Parmi les candidatures, au nombre de cinq, on retient les noms de Abdellah Stouky, grande figure de la presse marocaine ou de Abderrahmane Achour, ancien directeur de la RTM. Rien n’est tranché non plus pour les radios locales et thématiques, mais on retient parmi les candidatures celles de Mohamed Mounir Majidi (secrétaire particulier du roi) au nom de FC Com, celle de l’ancien ministre de l’Alternance Nasr Hajji, du fils de Driss Jettou, du directeur de l’Economiste Abdelmounaïm Dilami ou encore de Kamal Lahlou. Du beau monde en perspective.


Partis. Jettou au RNI ?

Qui succèdera à Osman ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, Driss Jettou fait partie des candidats au poste. Selon une source parlementaire, le palais envisage sérieusement de placer, demain, l’actuel premier ministre à la tête du RNI. Le parti créé par Hassan II serait ainsi préservé d’éventuelles mauvaises surprises surtout que la bataille pour la place du calife (à la place d’Osman) se précise désormais entre Mustapha Mansouri et Mohamed Aujjar, à l’approche du congrès prévu en juin prochain. Mais ni Mansouri, ni Aujjar ne semblent présenter toutes les garanties… S’il se confirme, le choix de Jettou ne sera pas sans rappeler l’arrivée du même Osman, ancien premier ministre, à la tête de ce même RNI. Moralité : la vie politique du royaume est un éternel recommencement.


Procès. Hilali de retour

L’affaire du colonel Hilali, ancien conservateur du palais d’Agadir, reprend le 29 mars devant la cour d’appel. Une source fiable nous a révélé que le procureur général de la ville a saisi le bâtonnier pour lui demander “des explications et des mesures” contre les avocats de Hilali, coupables d’avoir quitté la salle du tribunal, en octobre dernier, pour protester contre le déroulement du procès. Une vingtaine d’avocats sont concernés. Il y a peu de chances que des sanctions soient effectivement prises contre eux, mais cela promet un climat chaud pour la reprise du procès. Hilali, pour rappel, a été condamné en première instance à deux ans de prison dont il a déjà purgé la moitié.


Mamounia. Douste-Blazy vandale ?

Selon le Canard enchaîné du 22 mars, Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères français, aurait dégradé la suite qu’il occupait à la Mamounia lors de ses vacances de fin d’année à Marrakech. La raison : une querelle amoureuse avec sa compagne Dominique Cantien, ex-productrice à TF1. Toujours selon l’hebdomadaire satirique, le Palais aurait pris à sa charge les dégâts estimés à 300 000 dirhams (éléments de décoration, mobilier et peintures dégradés, etc.). Contacté par le Canard enchaîné, Philippe Douste-Blazy a nié les faits et présenté une lettre du directeur de la Mamounia qui affirme qu’il n’y a eu aucun vandalisme de la part du ministre français.


Presse. RSF au Maroc

Après avoir annoncé une première fois sa venue pour le mois de février, en pleine effervescence de procès de la presse indépendante marocaine, Reporters sans frontières a dû annuler son agenda chamboulé par la crise des caricatures et la dégradation de la situation des journalistes en Irak. Ce n’était que partie remise, car l’association sera au Maroc du 2 au 6 avril prochains, à l’occasion notamment de la prochaine séance en appel du procès Le Journal hebdo/ESISC à Casablanca. Son secrétaire général, Robert Ménard et sa responsable Maghreb/Moyen-Orient rencontreront des journalistes et défenseurs de la liberté de la presse avant d’organiser, probablement à Rabat, une conférence de presse.


Argent. Le procès symbolique

Après le procès symbolique contre les responsables des exactions des années de plomb organisé par l’AMDH et le Forum vérité et justice en juillet 2005, c’est au tour des dilapidateurs de biens publics de se retrouver au banc des accusés. Pour le symbole, bien sûr. “Le but, nous explique un membre du comité d’organisation, est d’attirer l’attention de l’opinion publique et de dire non à l’impunité”. Parmi les “accusés”, on retiendra les noms des banquiers Moulay Zine Zahidi ou Abdelatif Laraki. Ils devraient être défendus par Mohamed Sebbar, président du Forum vérité et justice, alors que le ministère public sera représenté par Khalid Soufiani. L’audience, qui a lieu aujourd’hui à Rabat, sera présidée par Abderahim Jamaï assisté de Mohamed Bensaïd dans l’une de ses rares apparitions publiques depuis qu’il a quitté la scène politique. À signaler qu’à Rabat, les autorités ont interdit toute publicité autour de ce procès symbolique.



Billet. Le choix d’être chrétien

Driss Ksikes

Il s’appelle Ali S. Interviewé, à visage “couvert”, par nos confrères d’Al jarida Al Oukhra, ce Marocain converti au christianisme souffre en silence. Il regrette que l’Islam, auquel il a tourné le dos, appelle les croyants à “se donner la mort”.
Il se sent frustré de ne pouvoir afficher son identité religieuse, au vu et au su de tous.
Il déplore le manque de liberté de croyance qui l’oblige à se cacher chez lui pour communier rituellement avec Dieu. Il rêve de pouvoir exister, aux côtés de ses pairs marocains chrétiens, librement dans son pays, en tant que membre d’une minorité reconnue et respectée. Il espère pouvoir mettre à profit son appartenance religieuse et sa fortune personnelle pour apporter au Maroc son lot d’investissements matériels et spirituels. Enfin, il reconnaît l’autorité d’Amir al mouminine parce qu’il a un ascendant sur tous ceux qui ont une foi, quelle qu’elle soit. D’ailleurs, il ne s’appelle pas Amir al mouslimine. Le témoignage de cet homme, quinquagénaire, vivant à l’étranger, est bouleversant. Il montre comment, aujourd’hui, la peur de l’évangélisation et le terrorisme identitaire que pratiquent les islamistes réduisent le champ des libertés fondamentales. Il prouve qu’au moment où nos pays libéralisent les marchés et les mœurs, ils omettent de libéraliser les esprits. Il montre qu’à une époque où tout le monde s’échine à démocratiser les procédures, très peu pensent à démocratiser les croyances. C’est d’autant plus inquiétant que dans nos démocraties naissantes, on s’emploie autant à conserver des majorités qu’à persécuter les minorités (religieuses surtout). Du coup, lorsqu’un chrétien comme Philippe Troussier rejoint la Oumma, on le glorifie et lorsqu’un Ali S. choisit de croire aux Evangiles, on le bannit. À quand le respect de la liberté de conscience ? Lorsqu’on reconnaîtra, enfin, l’individu.



Maroc-Espagne. Chirac comme arbitre ?

“Jacques Chirac m’a suggéré de livrer (au Maroc) tous les rochers espagnols de la côte marocaine et aussi Ceuta et Melilla”. La phrase, reprise cette semaine dans une dépêche AFP, est de José Maria Aznar, ancien premier ministre espagnol. Elle fait partie des nombreuses révélations contenues dans le livre Vecinos alejados (voisins lointains) d’Ignacio Cembrero qui explique les relations tumultueuses entre le Maroc et l’Espagne (lire dossier, p. 30). Au moment où nous mettons sous presse, l’Elysée s’apprête à réagir officiellement à cette petite phrase aux grands effets. Une mini-crise diplomatique entre Paris et Madrid en vue ?


Congrès. Les tracts de Benatik

Le Parti travailliste de Abdelkrim Benatik tiendra finalement son premier congrès, en mai 2006, à Fès où il compte élire ses instances dirigeantes. En attendant, le nouveau parti créé autour de Abdelkrim Benatik, ancien de l’USFP, a lancé une vaste campagne de communication à travers différentes villes du royaume. L’originalité de l’opération, c’est que le parti a recours aux tracts, vieille tradition syndicale, pour annoncer ses meetings. 25 000 ont été distribués sur la seule ville de Rabat qui abrite une rencontre, ce week-end ! Autre originalité à signaler : la formation de Benatik a battu le rappel d’anciens résistants depuis longtemps retirés de la scène politique.


Scrutin. Gare au syndrome Hamas !

Les discussions sur le mode de scrutin vont bon train au sein des partis politiques. L’arrivée probable du PJD au pouvoir hante tous les esprits et bizarrement, le parallèle avec le Hamas s’impose. Avant les élections, le Fatah avait choisi de changer le mode de scrutin, optant pour un une liste nationale et un mode uninominal. Chez nous, plusieurs apparatchiks des partis au pouvoir (UMP, USFP principalement) sont tentés par la même voie. Or, ils ne savent pas qu’en Palestine, le Fatah a regretté ce choix d’autant plus qu’il a obtenu plus de voix dans l’absolu que son concurrent islamiste. “Personne n’en a conscience, explique ce parlementaire socialiste, parce que la plupart (comme dans le Fatah) veulent gagner aux élections en tant qu’individus, non en tant que partis”.


Fès. Les islamistes binat’houm

Une centaine d'étudiants appartenant à Al Adl Wal Ihssane ont empêché une manifestation qui devait être organisée par Amnesty International dans une Faculté à Fès. Selon nos sources, les islamistes ont reproché aux organisateurs “de ne pas avoir demandé l’ autorisation préalable de la section des étudiants d’Al Adl Wal Ihssane de Fès, représentant unique et légitime de l'Union nationale des étudiants du Maroc” (l’UNEM est depuis des années entre les mains d’Al Adl). Les mêmes sources expliquent que la section locale (à Fès) d’Amnesty comprendrait des éléments proches du PJD. Les prémices d’une guéguerre entre les frères-ennemis d’Al Adl et du PJD ?



3 questions à Taoufiq Hjira (Ministre du Logement et de l’Urbanisme)

Votre cortège aurait fait l’objet de jets de pierre à Fès et Skhirat. Que répondez-vous à cela ?
C’est faux. Je n’ai pas fait l’objet de protestations. Tous ceux qui étaient présents peuvent en témoigner. À Douar Laskar à Fès, il y a eu du grabuge entre la population et les forces de l’ordre en raison du dépassement des barrières de sécurité. Et à Skhirat, le mouvement a été fomenté par deux citoyens qui ont voulu me remettre des requêtes mais les forces de l’ordre les en ont empêchés.

Comment expliquez-vous ces incidents, alors ?
Malheureusement, je ne suis ni juge ni policier. Il faut garder à l’esprit que le milieu des bidonvilles, où nous opérons, est un terrain de convergence des problèmes sociaux : pauvreté, chômage, récupération politicienne, etc.

Vous faites allusion à qui, exactement ?
Je n’accuse personne. Tout ce que je demande, c’est qu’on me laisse travailler. Je pilote un chantier national. Alors, s’il vous plaît, dépassons ces futilités ! Nous avons une obligation de résultats. Toute ma carrière a été rattachée aux bidonvilles. Je connais très bien la problématique et les revendications des gens. Parmi ces dernières, il y a la révision à la baisse des prix des logements, mais l’Etat ne peut accepter puisqu’il prend à sa charge actuellement jusqu’à 65% du prix.


Hrig. Lagouira ou Kandahar

La zone séparant le point Sud du Sahara (Guergarat) et la frontière mauritanienne, au nord de Lagouira, cesse d’être un no man’s land abandonné. Ce n’est plus une zone exclusivement peuplée par les trafiquants de voitures, surnommée “Souisra”. Elle devient dorénavant un point de passage prisé par les immigrés clandestins provenant de l’Afrique de l’Ouest (Mali, Niger, etc), révèle Le Monde dans sa livraison du jeudi 23 mars. Son nouveau surnom : Kandahar, haut-lieu du jihad. L’objectif des combattants de la misère qui y échouent, est de parvenir au port de Nouadhibou, en Mauritanie, où ils s’entassent en rêvant des îles Canaries.


El Khiari. Le roi et moi

L’humoriste Mohamed El Khiari a accordé une interview croustillante à nos confrères d’Annahar Al Maghribia. On y apprend que Mohammed VI a apprécié son dernier spectacle… au même titre que Driss Jettou, Taoufiq Hjira ou Mohamed Cheikh Biadillah. Plus loin, El Khiari confie que lors des soirées qu’il anime chez Moulay Rachid, Lalla Meryem et Lalla Hasnae, ces derniers lui demandent systématiquement de jouer son dernier spectacle. Un succès royal pour celui qui, il y a quelques mois, proférait dans l’un de ses sketchs des propos pour le moins inélégants, décrivant le Maroc comme un “parking de cafards” en faisant référence aux émigrés subsahariens.


People. Omar Troussier, vous connaissez ?

La planète islam compte deux croyants de plus. L’éphémère sélectionneur de l’équipe nationale Philippe Troussier et son épouse Dominique ont embrassé l’islam, si l’on en croit des sources concordantes. Omar et Amina, comme ils s’appellent dorénavant, auraient entamé leur nouvelle vie spirituelle en prononçant la chahada devant deux adouls rbatis. L’information ne semble pas surprendre ceux qui connaissent Troussier : “Il vit à Rabat, il a adopté deux petites Marocaines et il a toujours célébré nos rites”, nous a notamment déclaré ce proche. Omar Troussier pourrait prendre, prochainement, les rênes d’un club au Qatar, où il pourra vivre pleinement sa nouvelle religion.



Précision.

Mounir Kejji, responsable du Centre d’études et de recherches Tarik Ibn Zyad, précise que Yassine Mansouri n’a participé en rien à la création de ce centre, qui reste indépendant vis-à-vis des pouvoirs publics. Dont acte.



Humeur. Bogoss story

Karim Boukhari

Vous avez vu “Bogoss story” ? Pas la peine de tenter un casse chez Noureddine Saïl, ni de tirer mon ami Ali Hassan de son sommeil, pour répondre à la question. “Bogoss story” est le sobriquet que j’ai trouvé au premier et excellent film des fils Noury, Imad et Swel (Oui, Swel, un prénom que seul le père, Hakim Noury, est capable d’aller trouver). Cela s’appelle Heaven’s doors, excellent de bout en bout malgré des longueurs et des tics propres à la jeunesse, comme cette manie de s’attarder sur un joli plan ou de faire joujou avec une caméra à l’épaule, histoire de montrer que l’on n’est pas manchot. Non, ce film est un vrai morceau de cinéma, exubérant, excessif, lyrique, complètement effronté. Ce truc-là m’a particulièrement ému et je n’ai pas que des explications cinéphiliques à cela. Pourquoi “Bogoss story” ? Parce que le casting est peuplé de figures jeunes, inconnues, belles, comme on en croise tous les jours dans la vie et jamais dans un film marocain. C’est important. Il y avait un problème d’identification dans les images de ce pays. En croisant une belle fille, la nuit, on l’imagine dans son lit, jamais dans un film ou sur une scène de théâtre. En découvrant le vécu d’une personne, on lui conseille d’aller voir un psy ou de faire sa prière 55 fois par jour comme aux premiers temps de l’islam, on ne pense jamais à lire cela dans un livre, à le voir sur un écran de cinéma. Hier, les frères Noury auraient mis leur frénésie créative au service d’une banque ou d’un département d’Etat, aujourd’hui ils sont là, avec leurs muscles et leurs cheveux longs, pris dans le tapis du cinéma. Cela fait énormément plaisir même si ceux qui ont consommé leur “Bogoss story” ont dû se sentir bien seuls, tant les salles qui ont programmé le film ont sonné le creux. Mais ça, c’est une autre histoire.



VITES !

Deux événements à retenir des premiers jours de la visite du roi au Sahara. La réception officielle d’un diplomate libyen, qui sonne comme une reconnaissance de la marocanité du Sahara et la visite surprise (et sans incidents) de Mohammed VI à Maâtallah, le quartier d’où étaient partis “les émeutes” de mai dernier. Le Maroc marque deux jolis points.


Lors d’une réunion de travail, Nabil Benabdellah et Taïeb Fassi Fihri ont informé “gentiment” Thomas Riley, ambassadeur des Etats-Unis au Maroc que l’offre de financement proposée aux médias marocains était incompatible avec la loi marocaine qui défend aux publications de recourir à un financement étranger.


Notre confrère Kamal Lahlou, directeur de publication de La Gazette du Maroc, renforce sa notoriété dans les domaines du sport et du tourisme. Après avoir été nommé vice-président du Comité olympique marocain, il vient d’être coopté le 19 mars au sein de la prestigieuse Association internationale des experts du tourisme. Ça s’arrose.


Anouar Zyne, propriétaire de Pressma Edition, a proposé cette semaine au groupe Eco-Médias, éditeur des quotidiens L’Economiste et Assabah, un dossier de rachat des titres dédiés à Casablanca, Rabat, Marrakech, Agadir et Tanger publiés par Pressma Edition. Selon Khalid Belyazid de l’Economiste, il est trop tôt pour parler d’un éventuel rachat.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés