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Par Driss Bennani
Exposition. Désert animé
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Mbarek Bouhchichi joue
avec le vent pour créer
la symphonie du désert.
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Pour sa troisième opération, le programme Absolutment artiste quitte la ville et s'installe à Merzouga. Résultat ? Des installations ludiques et audacieuses. Un art qui ne se prend pas la tête. Accessible, étonnant et festif, limite populaire.
Imaginez un terrain de jeu grand comme un océan de dunes. Mettez-y de grands enfants et demandez leur de se faire plaisir. Vous ne leur refusez rien ou presque. Ils mangent, jouent, travaillent, se reposent et rentrent se coucher quand ils veulent. Leurs jouets ? Ils les ont rêvés pendant plusieurs mois. Puis, une fois sur place, ils leur donnent vie |
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avec des matériaux simples, purs et accessibles. Au final, cela donne de gros jouets insolites, démesurés et amusants. Pour dompter le vent, Abderrahim a par exemple rêvé un champ de girouettes géantes au milieu des dunes. Farah (qui porte bien son nom) a ramené dans ses bagages 2000 ballons multicolores pour vaincre l'aspect monochrome des pierres du désert. Amine, lui, n'avait qu'une obsession : atteindre le soleil. Patiemment, la journée durant, il a tracé, balisé et dégagé sa route. Au crépuscule, il se mettait en marche et dans sa tête, le soleil était si proche. Mbare'k, qui vient d'une petite oasis dans le grand sud, a préféré se perdre dans son propre labyrinthe, fait de paille et de foin, alors que Bilal, le méditerranéen, a fabriqué des bateaux de papier qu'il a tous orientés vers le nord, symbole d'évasion et de voyage, selon lui. Dix jours durant, 13 artistes de différents bords se sont éclatés. Ils ne se sont pas pris la tête une seule fois. Le désert les a purifiés. A la fin, nous n'avions que la sensibilité pure des artistes, affirme, satisfait, Moulim Laâroussi, directeur artistique de l'opération Des'Arts et Désert, troisième étape du programme Absolutment artiste (programme de mécénat sponsorisé depuis 1998 par Absolut Vodka).
Expo extra-muros
Après Expo Resto, qui a permis à douze peintres d'exposer leurs uvres dans douze restaurants, le programme artistique d'Absolut franchit une nouvelle étape. Pour la première fois depuis 1998, il quitte la ville. Il va même très loin. Quelque part entre Merzouga et Mhamid. Son ambition ? Offrir à de jeunes artistes marocains l'opportunité d'exprimer leur talent sur un site naturel, le désert. Deux sites ont finalement été retenus par la direction artistique de l'opération. Deux défis en fait. Un désert de dunes pour commencer. Plastiquement très fort, rien ou presque ne peut y être véritablement visible. Puis un site de pierres, plat et hostile. Un désert qui te bouffe, qui te rend tout petit. Les sites ainsi repérés, il fallait maintenant recruter les artistes et pas n'importe lesquels.
Il y avait d'abord le sacro-saint principe de tout le programme artistique : Donner leur chance à de jeunes artistes qui n'arrivent pas encore à émerger. Passé cette étape, il fallait ensuite s'intéresser aux projets proprement dits. On voulait des projets de promesses et non des projets finis, résume Moulim Laäroussi. Qu'est-ce à dire ? Simplement que les projets retenus devaient obligatoirement avoir un goût d'inachevé, cette part de hasard et d'inconnu à retrouver une fois sur place. Les projets présentés devaient ensuite comporter une touche ludique, loin de tout romantisme ou de sacralisation de la nature. Il ne s'agissait pas de restituer le désert en tant que spectacle mais d'intervenir physiquement sur le site, affirme Laâroussi. Au bout de trois mois de sélection, 13 artistes sont admis. Ils viennent de Casablanca, de Chaouen, de Tiznit
Aucune limite d'âge, aucun impératif de qualification. Seul comptait le projet artistique.
Formés pour le désert
Commence alors toute l'étape de préparation. Les artistes sélectionnés découvrent d'abord l'immensité du site, sur les images ramenées par la direction artistique. Jusque-là, chacun se faisait sa petite idée du désert mais tous ont finalement adapté leurs projets à la réalité du terrain. Pour son champ de girouettes, par exemple, Abderrahim voulait 40 pièces au début. Il en fera 400 finalement. Et toujours pas assez, selon lui. Au départ, chacune de ses girouettes mesurait 1 mètre de haut, elles feront 2m50 au terme du programme. Encadrés par la direction artistique de l'opération, les 13 se sont réorientés les uns les autres, ont chacun mis sa touche dans les différentes uvres
collectives finalement. C'est d'ailleurs en groupe que les 13 heureux élus ont fait leur shopping, une démarche libre de toute contrainte financière. Cela a changé plus d'un. Studieusement ensuite, tous ont étudié la faisabilité de leurs projets, les plus rationnels ont même testé des mini-installations, tout près de chez eux. Abderrahim, encore lui, a par exemple observé deux jours durant la résistance de ses girouettes
à Aïn Diab, sur la corniche casablancaise.
Pour ne pas être livré comme un vilain paquet en plein désert, le groupe choisit le bus de nuit pour se rendre à Merzouga. Dix heures de route où ils ont chanté, mangé, dormi. Puis au petit matin, ils ont découvert le désert. Généralement, explique Laaroussi, dans un lieu vide et sans repères, un artiste coupe avec l'extérieur et se replie sur lui-même. Mais là, au fil du temps, il s'est créé une symbiose et un esprit de groupe extraordinaires. Les jeunes artistes ne quittent plus leurs dunes, de sept heures du matin à la tombée de la nuit et même au-delà pour les plus courageux. Leurs uvres prennent forme au fil des jours. Puis vient le vernissage, festif, en plein désert. Au bout de dix jours de travail intense, les artistes peuvent enfin s'amuser avec leurs gros jouets. La dimension du ludique dans l'art actuel est très importante. Tout le monde est invité à toucher, à utiliser les oeuvres, mais uniquement pour le plaisir, explique Moulim Laâroussi. Le lendemain, nos 13 grands gamins démontent sagement leurs jouets bizarres et en offrent une bonne partie aux habitants locaux.
Deuxième vie
Et maintenant, que restera-t-il de cette aventure ? Moulim Laâroussi répond à sa manière : C'est une expérience d'art éphémère qui aura une seconde vie grâce au virtuel. La direction artistique de l'opération dispose aujourd'hui de 22 heures de tournage et de 1900 clichés qui retracent toute l'expérience, depuis les premières préparations. Bientôt, des expo- photos pourront se tenir dans plusieurs galeries du pays et montreront les uvres dans le désert, dans leur milieu naturel. Un clip de 26 minutes est en phase de finalisation. Parce qu'il comporte des séquences de pub pour le sponsor de l'opération, il sera diffusé exclusivement dans les boîtes de nuit associées au programme artistique d'Absolut. Un autre film, purement artistique celui-là, pourra être projeté en marge de l'expo photo dans les galeries qui permettent ce mariage de la photo, du son et de l'image. Sinon, Moulim Laâroussi veut que cette aventure saharienne inspire d'autres expériences dans le monde. D'ailleurs, un projet entre les deux rives du Sahara est en gestation. Nous n'en saurons pas plus pour le moment. |
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Absolutment Artiste. Tonic ou citron ?
Tout commence en 1998 par l'organisation, par la vodka Absolut, d'un grand concours artistique à la suite duquel une dizaine d'artistes ont pu exposer leurs oeuvres dans un lieu unique et ainsi se faire connaître du grand public. Dans le lot, on retrouvait des peintres, des photographes, des designers, des vidéastes, des sculpteurs
Cette première opération a surtout permis de faire l'état des lieux et de donner à réfléchir à des actions plus pointues, affirment les responsables du programme.
2003, et c'est reparti pour la deuxième opération. Comme son nom l'indique Expo-Resto, permet à douze peintres marocains ou résidant au Maroc d'exposer, individuellement cette fois-ci, leurs uvres dans douze restaurants et ce pour une période de 3 semaines. A la fin du parcours une grande exposition collective a été organisée et un joli book élégant a également été édité. L'équipe artistique du programme comporte, en plus des artistes sélectionnés, Kenza Benjelloun et Moulim Lâaroussi, en charge du projet artistique et une équipe vidéo formée par le couple Hilal en plus du photographe, Michel Teuler. |
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