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N° 219
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benshemsi

Jusqu’ici tout va bien

Ahmed R. Benshemsi
L’activisme royal au Sahara est enthousiasmant, mais il a ses limites


Le Maroc reprend l’initiative sur le Sahara. Enfin ! Elle nous échappait, en effet, depuis la disparition de Hassan II. Pendant six ans, nous avons laissé la main aux Algériens et même aux Américains. Eux lançaient des idées, des projets, et autres plans de résolution… et nous rejetions tout en bloc, systématiquement, sans rien proposer en échange.

À force, nous avons fini par nous enfermer dans le rôle de “la partie qui bloque”. Telle est l’image - dévastatrice - que nous traînons depuis six ans. Ou plutôt traînions.

Car en faisant une “entrée” triomphale au Sahara la semaine dernière (comme si nous venions d’y prendre pied - alors que nous y sommes confortablement installés depuis 30 ans), Mohammed VI a réussi un très joli coup de com’ : “Primo, je suis chez moi ; secundo, j’écoute les doléances de mes sujets sahraouis et anticipe sur le désir d’autonomie”. Bien joué, Majesté, rien à dire ! La preuve : la nervosité palpable des Algériens, depuis que la visite royale a été annoncée. S’ils en viennent aujourd’hui à réaffirmer la nécessité d’un référendum “parce que cette voie a été tracée par le sang des martyrs”… c’est qu’ils sont vraiment à court d’arguments, surtout que la communauté internationale semble admettre de plus en plus l’obsolescence du scénario référendaire et la nécessité d’une sortie “politique” du conflit.

Mais que propose le Maroc, au juste ? C’est la limite du nouvel activisme royal : pour l’instant, rien. Ah si, tout de même : ce fameux “Conseil royal consultatif des affaires sahariennes” (CORCAS). L’idée développée par nos plus hauts responsables est la suivante : “L’autonomie du Sahara, c’est comme la Moudawana : elle ne deviendra une réforme solide et pérenne que si elle est précédée par de larges consultations parmi les concernés. Pour la Moudawana, c’était les oulémas et les féministes ; pour le Sahara ce sera les partis politiques et les Sahraouis. Les partis, c’est déjà fait. Restaient les Sahraouis : le CORCAS servira à ça”. Fort bien. La démocratie participative est toujours un bon argument.

Mais il y a une différence avec la Moudawana : sur le Sahara, nous ne sommes pas seuls. Dans ce conflit, il y a non seulement des parties étrangères, mais des parties étrangères hostiles. Le CORCAS, à leurs yeux une énième “créature royale” sans légitimité, ne les impressionne pas. Gageons qu’ils perdront leur flegme dès qu’un projet d’autonomie ficelé en découlera et sera présenté officiellement par le Maroc à l’ONU. Quand ? C’est la seconde limite du nouvel activisme royal : on n’en sait rien. La date du 16 avril circulait, parce qu’elle correspond à la prochaine réunion au cours de laquelle le conseil de sécurité statuera sur la Minurso (nul doute que la mission onusienne au Sahara sera prolongée). Mais nos mêmes hauts responsables disent aujourd’hui sans ciller : “Nous avons lancé une dynamique, son aboutissement prendra le temps qu’il faudra. Rien ne nous oblige à présenter un projet d’autonomie à l’ONU en avril”.

C’est ce qu’on appelle une “posture souverainiste”. Mais si elle est acceptable en interne, elle l’est moins en externe. Pour la majeure partie du monde, le Sahara ne nous appartient pas et nous n’avons pas à nous y comporter souverainement. À moins que ce ne soit que transitoire, en attendant que l’initiative, la vraie, celle qui consiste à proposer au monde une formule d’autonomie convaincante, ne tarde pas trop. Espérons que nos responsables ne se laisseront pas griser par le (léger) avantage dont ils disposent aujourd’hui, et poseront vite un projet complet sur la table. S’ils tardent trop par excès de confiance, nous pourrions reperdre la main aussi vite que nous l’avons reprise…

 
 
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