Jusquici tout va bien
Lactivisme royal au Sahara est enthousiasmant, mais il a ses limites
Le Maroc reprend linitiative sur le Sahara. Enfin ! Elle nous échappait, en effet, depuis la disparition de Hassan II. Pendant six ans, nous avons laissé la main aux Algériens et même aux Américains. Eux lançaient des idées, des projets, et autres plans de résolution
et nous rejetions tout en bloc, systématiquement, sans rien proposer en échange.
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À force, nous avons fini par nous enfermer dans le rôle de la partie qui bloque. Telle est limage - dévastatrice - que nous traînons depuis six ans. Ou plutôt traînions.
Car en faisant une entrée triomphale au Sahara la semaine dernière (comme si nous venions dy prendre pied - alors que nous y sommes confortablement installés depuis 30 ans), Mohammed VI a réussi un très joli coup de com : Primo, je suis chez moi ; secundo, jécoute les doléances de mes sujets sahraouis et anticipe sur le désir dautonomie. Bien joué, Majesté, rien à dire ! La preuve : la nervosité palpable des Algériens, depuis que la visite royale a été annoncée. Sils en viennent aujourdhui à réaffirmer la nécessité dun référendum parce que cette voie a été tracée par le sang des martyrs
cest quils sont vraiment à court darguments, surtout que la communauté internationale semble admettre de plus en plus lobsolescence du scénario référendaire et la nécessité dune sortie politique du conflit.
Mais que propose le Maroc, au juste ? Cest la limite du nouvel activisme royal : pour linstant, rien. Ah si, tout de même : ce fameux Conseil royal consultatif des affaires sahariennes (CORCAS). Lidée développée par nos plus hauts responsables est la suivante : Lautonomie du Sahara, cest comme la Moudawana : elle ne deviendra une réforme solide et pérenne que si elle est précédée par de larges consultations parmi les concernés. Pour la Moudawana, cétait les oulémas et les féministes ; pour le Sahara ce sera les partis politiques et les Sahraouis. Les partis, cest déjà fait. Restaient les Sahraouis : le CORCAS servira à ça. Fort bien. La démocratie participative est toujours un bon argument.
Mais il y a une différence avec la Moudawana : sur le Sahara, nous ne sommes pas seuls. Dans ce conflit, il y a non seulement des parties étrangères, mais des parties étrangères hostiles. Le CORCAS, à leurs yeux une énième créature royale sans légitimité, ne les impressionne pas. Gageons quils perdront leur flegme dès quun projet dautonomie ficelé en découlera et sera présenté officiellement par le Maroc à lONU. Quand ? Cest la seconde limite du nouvel activisme royal : on nen sait rien. La date du 16 avril circulait, parce quelle correspond à la prochaine réunion au cours de laquelle le conseil de sécurité statuera sur la Minurso (nul doute que la mission onusienne au Sahara sera prolongée). Mais nos mêmes hauts responsables disent aujourdhui sans ciller : Nous avons lancé une dynamique, son aboutissement prendra le temps quil faudra. Rien ne nous oblige à présenter un projet dautonomie à lONU en avril.
Cest ce quon appelle une posture souverainiste. Mais si elle est acceptable en interne, elle lest moins en externe. Pour la majeure partie du monde, le Sahara ne nous appartient pas et nous navons pas à nous y comporter souverainement. À moins que ce ne soit que transitoire, en attendant que linitiative, la vraie, celle qui consiste à proposer au monde une formule dautonomie convaincante, ne tarde pas trop. Espérons que nos responsables ne se laisseront pas griser par le (léger) avantage dont ils disposent aujourdhui, et poseront vite un projet complet sur la table. Sils tardent trop par excès de confiance, nous pourrions reperdre la main aussi vite que nous lavons reprise
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