|
Par Driss Bennani
Francophonie est un mot colonial
| Antécédents |
Tahar Ben Jelloun, Ecrivain
(DR)
|
| 1944. |
Naissance à Fès. |
| 1966. |
Passe 18 mois dans un camp disciplinaire à Hajeb puis à Ahermoumou |
| 1971. |
Départ en France. |
| 1978 |
Moha le fou, Moha le sage, Seuil. |
| 1987. |
Prix Gancourt pour La nuit sacrée, Seuil. |
| 2006. |
Publie Partir chez Gallimard. |
|
|
Smyet Bak ?
Hassan Ben Jelloun.
Smyet mok ?
Fatma Badraoui.
Nimirou dla carte ?
C 802025.
Vous publiez un roman, Partir, où il est question démigration clandestine. Quapportez-vous de nouveau, après tant dannées ?
Rien, je raconte une histoire. Je dis que lémigration nest pas une solution. Aux Européens qui se plaignent tout le temps de cette émigration tout en ayant besoin de main duvre, je dis : investissez au Maroc et le Marocain restera chez lui. À la limite, il partira en touriste. Mais cest différent.
Leïla Chaouni (le Fennec) a récemment déclaré que les harragas sont les meilleurs parce quils ont économisé
et bravé linconnu pour atteindre leurs objectifs. Vous partagez sa lecture ?
Ce sont les plus désespérés et les plus courageux. Cest le pari de la vie ou la mort. Dans ma génération, à 25 ans, nous navions pas cette obsession. On partait faire des études ou fuir la répression, jamais pour des raisons économiques. On ne forçait pas les portes de lEurope.
Vous dites que le héros de votre livre est devenu raciste contre son camp. Il ny a pas un peu de vous, là-dedans ?
Cest une colère contre lui-même et contre une société qui ne lui a pas donné sa chance. Ce nest pas moi. Jadore mon pays, je suis un passionné du Maroc et des Marocains. Jai une relation amoureuse avec mon pays, mes racines et ma langue.
Rien de nouveau, encore : les Marocains aiment violemment leur pays, cest connu
Exact. Je suis un passionné. Le Marocain est très sévère avec son pays mais ne supporte pas quun étranger le critique. Cest difficile davoir une relation sereine avec ce pays. Cest un pays en mutation, encore jeune, où on se bat encore pour une vie meilleure.
Cest peut-être ça, finalement
Vos détracteurs vous considèrent comme un étranger et ne vous permettent pas de critiquer le pays
Un écrivain est un dévoileur. Il nest pas là pour faire plaisir. Il nagit pas en étranger mais en découvreur. Il hérisse, il irrite.
Sauf que vous, vous avez trouvé une recette qui plaît à létranger et depuis, vous en abusez !
Quand jai commencé à écrire, Jean Genêt ma donné un conseil. Il ma dit : Quand tu écris, pense que le lecteur nest pas obligé de te lire. Si tu ne le respectes pas, il te lâche. Sois toi-même, et ne cherche pas à plaire. Cest donc le contraire de ce que vous dites. Je suis très exigeant avec moi-même. Partir, je lai réécrit trois fois. Je nai pas de recette. Je suis un artisan de lécriture, je fais le propre dans un texte, je nettoie.
Vous avez récemment déclaré : Je ne suis pas un écrivain francophone mais un écrivain français et marocain. Il faudrait choisir, M. Ben Jelloun. Colon ou colonisé ?
Je nai jamais douté de mon identité marocaine et arabe. Quand je dis que je suis un écrivain français, je fais référence à la langue et pas au passeport. Francophonie est un mot colonial, réservé aux métèques. Cest considéré comme une sous-langue. Je suis un écrivain marocain dexpression française.
Vous avez passé 18 mois entre El Hajeb et Ahermoumou, vous vous êtes pas mal engagé politiquement, quest-ce qui vous a le plus dégoûté pour que vous vouliez partir ?
Nous étions 94 élèves entre les mains de Ababou. On ne savait même pas si on allait sortir, ni quand. En 1968, quand jai été libéré, je nétais plus le même. Pas un seul journal na parlé de nous, nous navions pas le droit dêtre des opposants politiques. Jai ensuite publié dans Souffles qui sest petit à petit politisé. Puis le gouvernement a arabisé la philo et je suis parti. Ce qui ma dégoûté ? Linjustice et la répression qui ont perduré. En 1978, jai sorti Moha le fou, Moha le sage qui a failli être interdit au Maroc et que beaucoup ont oublié lors de la polémique née autour de Cette aveuglante absence de lumière.
Votre adresse sur le net est taharbenjelloun.org. Monsieur se prend pour une institution ?
Cest beaucoup plus simple. Le .com était pris par une personne qui a refusé de me le céder. Il n y avait plus que le .org de disponible. |
|