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N° 219
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Francophonie est un mot colonial”

Antécédents
Tahar Ben Jelloun, Ecrivain
(DR)

1944. Naissance à Fès.
1966. Passe 18 mois dans un camp disciplinaire à Hajeb puis à Ahermoumou
1971. Départ en France.
1978 Moha le fou, Moha le sage, Seuil.
1987. Prix Gancourt pour La nuit sacrée, Seuil.
2006. Publie Partir chez Gallimard.
Smyet Bak ?
Hassan Ben Jelloun.

Smyet mok ?
Fatma Badraoui.

Nimirou d’la carte ?
C 802025.

Vous publiez un roman, Partir, où il est question d’émigration clandestine. Qu’apportez-vous de nouveau, après tant d’années ?
Rien, je raconte une histoire. Je dis que l’émigration n’est pas une solution. Aux Européens qui se plaignent tout le temps de cette émigration tout en ayant besoin de main d’œuvre, je dis : investissez au Maroc et le Marocain restera chez lui. À la limite, il partira en touriste. Mais c’est différent.

Leïla Chaouni (le Fennec) a récemment déclaré que “les harragas sont les meilleurs parce qu’ils ont économisé
et bravé l’inconnu pour atteindre leurs objectifs”. Vous partagez sa lecture ?

Ce sont les plus désespérés et les plus courageux. C’est le pari de la vie ou la mort. Dans ma génération, à 25 ans, nous n’avions pas cette obsession. On partait faire des études ou fuir la répression, jamais pour des raisons économiques. On ne forçait pas les portes de l’Europe.

Vous dites que le héros de votre livre est devenu “raciste contre son camp”. Il n’y a pas un peu de vous, là-dedans ?
C’est une colère contre lui-même et contre une société qui ne lui a pas donné sa chance. Ce n’est pas moi. J’adore mon pays, je suis un passionné du Maroc et des Marocains. J’ai une relation amoureuse avec mon pays, mes racines et ma langue.

Rien de nouveau, encore : les Marocains aiment violemment leur pays, c’est connu…
Exact. Je suis un passionné. Le Marocain est très sévère avec son pays mais ne supporte pas qu’un étranger le critique. C’est difficile d’avoir une relation sereine avec ce pays. C’est un pays en mutation, encore jeune, où on se bat encore pour une vie meilleure.

C’est peut-être ça, finalement… Vos détracteurs vous considèrent comme un étranger et ne vous permettent pas de critiquer le pays…
Un écrivain est un “dévoileur”. Il n’est pas là pour faire plaisir. Il n’agit pas en étranger mais en découvreur. Il hérisse, il irrite.

Sauf que vous, vous avez trouvé une recette qui plaît à l’étranger et depuis, vous en abusez !
Quand j’ai commencé à écrire, Jean Genêt m’a donné un conseil. Il m’a dit : “Quand tu écris, pense que le lecteur n’est pas obligé de te lire. Si tu ne le respectes pas, il te lâche. Sois toi-même, et ne cherche pas à plaire”. C’est donc le contraire de ce que vous dites. Je suis très exigeant avec moi-même. Partir, je l’ai réécrit trois fois. Je n’ai pas de recette. Je suis un artisan de l’écriture, je fais le propre dans un texte, je nettoie.

Vous avez récemment déclaré : “Je ne suis pas un écrivain francophone mais un écrivain français et marocain”. Il faudrait choisir, M. Ben Jelloun. Colon ou colonisé ?
Je n’ai jamais douté de mon identité marocaine et arabe. Quand je dis que je suis un écrivain français, je fais référence à la langue et pas au passeport. Francophonie est un mot colonial, réservé aux métèques. C’est considéré comme une sous-langue. Je suis un écrivain marocain d’expression française.

Vous avez passé 18 mois entre El Hajeb et Ahermoumou, vous vous êtes pas mal engagé politiquement, qu’est-ce qui vous a le plus dégoûté pour que vous vouliez partir ?
Nous étions 94 élèves entre les mains de Ababou. On ne savait même pas si on allait sortir, ni quand. En 1968, quand j’ai été libéré, je n’étais plus le même. Pas un seul journal n’a parlé de nous, nous n’avions pas le droit d’être des opposants politiques. J’ai ensuite publié dans Souffles qui s’est petit à petit politisé. Puis le gouvernement a arabisé la philo et je suis parti. Ce qui m’a dégoûté ? L’injustice et la répression qui ont perduré. En 1978, j’ai sorti Moha le fou, Moha le sage qui a failli être interdit au Maroc et que beaucoup ont oublié lors de la polémique née autour de Cette aveuglante absence de lumière.

Votre adresse sur le net est taharbenjelloun.org. Monsieur se prend pour une institution ?
C’est beaucoup plus simple. Le “.com” était pris par une personne qui a refusé de me le céder. Il n y avait plus que le “.org” de disponible.

 
 
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