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Par Par Salma Mestiri,
correspondante au Moyen Orient
Israël. Olmert face à lui-même
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Le premier ministre israélien
(sans intérim, cette fois)
Ehud Olmert. (AFP)
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Kadima, le parti centriste créé par Ariel Sharon, est devenu la première force politique israélienne. Pour la première fois depuis la création de l'Etat d'Israël, l'hégémonie du Likoud et du Parti travailliste est brisée. Le processus de paix avec les Palestiniens, lui, reste en suspens.
Victoire de Kadima, effondrement du Likoud et rebond des travaillistes : l'échiquier politique israélien sort bouleversé des élections législatives du 28 mars. C'est un parti créé il y a seulement quelques mois qui est non seulement arrivé en tête mais qui a aussi réussi à faire basculer le |
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paysage politique vers le centre. Kadima, fondé par le premier ministre Ariel Sharon après sa défection du grand parti de droite, le Likoud, en novembre 2005, a remporté sans panache 28 des 120 sièges de la Knesset, le Parlement israélien. Le nouveau venu rassemble des poids lourds de la politique israélienne, de droite comme de gauche, comme le prix Nobel de la paix Shimon Peres, ou encore Shaoul Mofaz, ministre de la Défense, et Tzipi Livni, ministre des Affaires étrangères. Pour la première fois de l'histoire de l'Etat hébreu, le monopole du Likoud et du Parti travailliste a vécu. A 60 ans, le premier ministre par intérim Ehud Olmert, qui remplace Sharon depuis qu'une attaque cérébrale l'a terrassé en janvier, devrait devenir le nouveau chef du gouvernement israélien.
L'héritage de Sharon
La victoire de Kadima, prédite par la quasi-totalité des sondages, n'est pas une surprise, même si elle s'avère moins importante que prévu. Ses partisans espéraient en effet que le parti raflerait 35 sièges à la Knesset. Kadima reste malgré tout le seul parti en position de constituer une coalition qui devrait notamment l'unir au Parti travailliste, autre vainqueur des élections.
La principale raison pour laquelle ce jeune parti se retrouve désormais aux commandes d'Israël, c'est qu'il a bénéficié de l'aura de son fondateur. Kadima, sans Sharon, n'existerait pas. Sans Sharon, même plongé dans un profond coma, Kadima n'aurait probablement jamais gagné. Mais le parti a su asseoir une crédibilité auprès de ses électeurs : se disant prêt à des concessions avec les Palestiniens, il n'a toutefois pas mis de côté l'aspect sécuritaire. En témoigne le raid de l'armée israélienne contre une prison de Jéricho le 14 mars, pour empêcher la libération de Palestiniens soupçonnés d'implication dans l'assassinat d'un ministre israélien. L'opération, dénoncée comme une manuvre électorale, a apparemment convaincu quelques indécis.
Humiliation pour le Likoud, surprise pour les travaillistes
Ce scrutin sans précédent a consacré l'effondrement du Likoud et de son dirigeant, Benyamin Bibi Netanyahu : opposé à toute concession territoriale, accusé d'ultra-libéralisme économique, il est relégué à la cinquième place, avec 11 sièges. Netanyahu a été sanctionné pour avoir appliqué, à la tête du Trésor de 2003 à 2005, une politique ultra-libérale ouvertement inspirée du modèle de l'ex-premier ministre britannique, Margaret Thatcher, indique l'économiste Aryeh Arnon à l'AFP, soulignant que cette politique a frappé de plein fouet les couches les plus pauvres, les mêmes qui dans la population juive votaient traditionnellement à droite. Résultat : c'est l'extrême droite, avec en tête le parti russophone Israël Beïtenou, qui profite de la déconfiture du Likoud.
Les travaillistes, au contraire, sortent gagnants des élections, avec 20 sièges. Menés par Amir Peretz, social-démocrate de 54 ans, né au Maroc et issu d'un milieu populaire, ils ont axé leur campagne sur le social, sans sous-estimer le volet sécuritaire. Peretz, premier sépharade (juif oriental) à accéder à la direction du Parti travailliste, est aussi le seul leader israélien à avoir rencontré Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne. Notre tragédie, c'est notre paternalisme. Nous affirmons tout savoir, même ce qui est bon pour les Palestiniens, estimait récemment Peretz, seul partisan d'une solution négociée.
Avec ou sans les Palestiniens !
Une solution qui semble bien loin d'être trouvée. Car Olmert et Abbas ont beau afficher leur volonté de reprendre les négociations, le fossé qui sépare les vues israéliennes et palestiniennes est énorme. Dès l'annonce de la victoire de Kadima, Olmert s'est pourtant dit prêt à des concessions territoriales. Je suis prêt à renoncer au rêve d'un Grand Israël, a-t-il affirmé. Nous sommes prêts à évacuer des juifs qui vivent dans des implantations pour vous permettre de réaliser votre rêve d'avoir un Etat. Mais vous devez renoncer à votre rêve de destruction, a-t-il ajouté en s'adressant aux Palestiniens. Outre le boycott de l'Autorité palestinienne par Israël depuis la victoire du mouvement islamiste Hamas aux législatives palestiniennes du 25 janvier, c'est maintenant l'annonce par Olmert qu'il veut fixer unilatéralement la frontière orientale de l'Etat hébreu qui fait hurler les Palestiniens.
Il a en effet déclaré qu'il comptait parachever le processus de retrait de la bande de Gaza initié par Sharon en se retirant de larges secteurs de la Cisjordanie, dans les quatre ans de son mandat. Si les Palestiniens renoncent à la violence, a dit Olmert, alors Israël sera prêt à négocier. Autrement dit, nous agirons sans l'accord des Palestiniens. L'initiative a d'ores et déjà été condamnée par Mahmoud Abbas qui a appelé Olmert à revenir à la table des négociations pour discuter du sort de Jérusalem, des réfugiés, des frontières, de l'eau et de la fin de l'occupation qui a commencé en 1967.
Pendant ce temps, le gouvernement du Hamas, formé de 24 ministres, dont une femme et un chrétien, a été investi par le Parlement palestinien, le jour-même des élections israéliennes. Le mouvement semble ne plus savoir sur quel pied danser. Le dilemme reste le même : comment concilier son arrivée au pouvoir avec sa non-reconnaissance de l'Etat d'Israël ? Le nouveau premier ministre, Ismaïl Haniyeh, a appelé à un dialogue sans conditions avec la communauté internationale, mais son discours d'investiture est resté ambigu, rejetant la responsabilité de la violence et du terrorisme sur les Israéliens. Et si la Russie, par la bouche de Vladimir Poutine, continue de prôner une approche constructive et pragmatique des nouvelles réalités, le Canada, lui, vient d'annoncer la suspension de son aide à l'Autorité palestinienne. |
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Palestine. Le Hamas pris au piège
Le casse-tête du gouvernement Hamas est loin d'être résolu. Après avoir dû renoncer à l'idée d'un cabinet d'union nationale, tous les autres mouvements palestiniens ayant refusé de se joindre à lui, Haniyeh piétine. Il peut bien appeler au dialogue avec la communauté internationale, la composition de son gouvernement ne dit pas la même chose. Le nouveau premier ministre a choisi trois chefs du Hamas pour les portefeuilles-clés des Finances, de l'Intérieur et des Affaires étrangères. Ce dernier poste a été confié à Mahmoud Zahar, l'un des fondateurs du Hamas et représentant de sa ligne dure. Difficile, dans ce cas, de convaincre de sa bonne volonté, tout en ne reconnaissant pas Israël et les accords signés par l'OLP et en rendant hommage aux Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, à peine le gouvernement investi. |
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