ZB le sait, maintenant : le statut, cest le qarqoubi des riches, une drogue dure !
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
De façon surprenante, notre homme, linfatigable Zakaria Boualem, sest rendu à la réunion du syndic de son immeuble. Dordinaire, il veille scrupuleusement à éviter ce genre de manifestations, pour des raisons de morale personnelle. ça lénerve, et en plus, il sen fout complètement.
Il paie avec plus ou moins de régularité ses cotisations et espère en retour que lascenseur fonctionne ; il nemmerde personne et espère en retour quon ne lemmerde pas. Mais aujourdhui, il sest trouvé nez à nez avec un comité constitué par lensemble de ses voisins qui se rendaient à la réunion chez lun dentre eux et il les a suivis. Une fois sur place, Zakaria Boualem découvre que la réunion des voisins est en fait une compétition. Comme il y a des compétitions de fléchettes ou de dames, il existe des compétitions de statut. Chaque intervention vise un unique objectif : montrer quon est plus important que les autres. On ne cherche pas de solution, on montre qui on est. Le statut est aux beaux quartiers ce que le qarqoubi est à ses homologues populaires : une drogue dure.
Le président du syndic lit à voix haute le bilan de son action. On dirait quil commente le budget dune multinationale en pleine absorption dun concurrent. Il est fier comme un paon. Nous avons assaini de façon durable les soubassements de lédifice, avec des vues prospectives parfaitement inscrites dans une logique de longue durée. Lhomme, en fait, vient dexpliquer quil a donné 100 dirhams au gardien pour nettoyer la cave. Il continue sur la même gamme, avec |
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des mots trop gros pour sa bouche. Ils ont du mal à sortir, dailleurs : Leffort de maintenance sur les installations électriques doit respecter une exigence de qualité qui est incompatible avec laspect informel des intervenants. Traduction : il faut appeler la Lydec. Malgré laspect antipathique de son discours pompeux, Zakaria Boualem ne peut sempêcher dadmirer cet homme. Il lui semble magnifique quil existe encore des gens qui acceptent doccuper une fonction aussi ingrate. Zakaria Boaulem ne le critiquera jamais. Il lui est au contraire très reconnaissant davoir choisi comme passe-temps une activité aussi pénible
Si, en retour, il a envie de se faire mousser avec un titre de président du syndic, si ça lui donne confiance en lui et si ça lui permet de rajouter une ligne sur sa carte de visite, eh bien, miziane ! Ma fiha bass, pas de problème ! Mais cette haute fonction attire des jaloux. La contre-attaque arrive donc dun voisin à lego surdimensionné. Il prend la parole pour expliquer le caractère injuste de la cotisation. Son argument ? Il habite au rez- de-chaussée, donc il ne voit pas pourquoi il devrait payer lascenseur. Il est fier de sa trouvaille, dautant quelle déclenche une contre-attaque dun autre fhaymi qui, lui, habite au premier mais qui explique quil utilise moins lascenseur que ceux du cinquième. Nullement démonté, le président réplique quil utilise lascenseur pour monter sur la terrasse étendre son linge. En dix minutes, le chaos sinstalle. Un match dego et de statut de très haut niveau. Extraits dinterventions :
- Il faut mettre un stop dans le parking sinon les gens risquent de se percuter !
- Impossible, cest du ressort du ministère de lEquipement.
- Je connais très bien le directeur régional, je peux men occuper.
- Au fait, pourquoi a-t-on pris dans la caisse pour payer le gardien de la rue ?
- Pour des raisons de sécurité.
- Non, cest parce que vous avez deux voitures et vous utilisez largent de la caisse pour le gardiennage de votre véhicule dans la rue.
- Mais vous aussi, vous avez deux voitures !
- Oui, mais vous, vous avez une bâche : cest le gardien de la rue qui la place tous les soirs et vous le payez avec notre argent. Cest de labus de bien sociaux !
- Normal que jaie une bâche, cest une béhème.
Zakaria Boualem sort son téléphone de sa poche. Il répond à un coup de fil imaginaire. Allo, attendez je sors pour vous parler tranquillement. Il sexcuse auprès de ses voisins : Je reviens tout de suite, jai une communication importante. Puis il fuit lâchement chez lui, allume la télé et saffale devant la Champions League en se demandant si les gens ne sont pas devenus fous. |