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N° 220
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

10 millions de touristes. Tenable ? Pas tenable ?


Recettes

Objectif 2010 : 80 milliards de dirhams
Chiffre actuel : 41 milliards de dirhams, hors transfert des MRE


Transport aérien

Objectif 2010 : 103 fréquences par semaine
Chiffre actuel : 47 fréquences par semaine


Hébergement

Objectif 2010 : 15 000 lits par an
Chiffre actuel : 5400 lits par an


Marketing

Objectif 2010 : 660 millions de dirHams
Chiffre actuel : une centaine de millions de dirhams


(DR)

2010, c’est de moins en moins loin. Faute de moyens financiers appropriés, les opérateurs s’interrogent : le Maroc tiendra-t-il son pari ?


Adil Douiri, ministre du Tourisme et de l'Artisanat, n'est pas au bout de ses peines. L’échéance fatidique du plan Vision 2010 regroupant toute la stratégie touristique du pays, approche. En ce début d'avril 2006, soit cinq ans après la signature de l'accord-cadre qui lie l'Etat aux opérateurs du secteur et quatre ans après sa mise en application, quelques craintes persistent toujours. Si elles se trouvent justifiées et
si l'on ne prend pas de mesures urgentes, les objectifs fixés pourraient être compromis. La question cruciale reste la même : pourrons-nous ou non accueillir 10 millions de touristes en 2010 ? Oui, mais à deux conditions : il faut à tout prix trouver les moyens de financement et accélérer, en l'améliorant, la formation professionnelle.

À l'occasion des sixièmes assises du tourisme, tenues à Tanger le week-end dernier, Adil Douiri a fait appel à tout son talent d'orateur pour rassurer l'assistance. “Face à des investisseurs potentiels, il ne faut laisser apparaître aucune fausse note”, remarque un proche collaborateur du ministre. Une mise en scène parfaite aidant, Adil Douiri a eu tout le loisir de matraquer son message-clé : “Nous y arriverons !” Toute illusion mise à part, qu'est-ce qui permet, objectivement, d'y croire ?

Des lits, encore des lits…
La vision 2010 se fixe un seul objectif en terme de capacité : créer 80 000 lits supplémentaires à l'horizon 2010. Pour y arriver, le plan Azur a été mis en place afin de renforcer le segment balnéaire et redresser les autres niches touristiques. Il s'agit, en gros, de la création de six nouvelles stations offrant 65 000 lits supplémentaires dans les stations marocaines et 15 000 lits dans les villes impériales et dans des sites au milieu de l'Atlas ou au fin fond du Sahara. Pour gagner ce pari, il faut maintenir le cap des 15 000 nouveaux lits par an. Or, on est loin du compte. Parti d'une capacité totale en 2001 de 97 000 lits, le secteur en enregistre actuellement 124 270, soit une progression moyenne de 5400 lits par an. C'est peu, très peu surtout que les six stations programmées ne suivent pas toutes le même rythme de concrétisation.

Des stations en souffrance
Quatre des stations à construire ont été concédées à des aménageurs (Mogador à Essaouira, Lixus à Larache, la plage de Saïdia et Mazagan à El Jadida) alors que les autres sont, soit en phase de négociation (Taghazout à Agadir), soit en phase de “tâtonnements”, comme c'est le cas de la station de la Plage blanche au sud d'Ifni. Mais, concéder une station, ne veut pas dire que la construction d'hôtels soit garantie. Une station balnéaire est, avant tout, un énorme gisement de résidences secondaires (villas ou appartements avec vue sur mer) qui génère du cash et permet de faire face à des investissements touristiques classiques, réputés lourds. Il faut donc du temps avant que les premiers hôtels émergent du néant.

En plus, les aménageurs ne s'engagent pas à construire la totalité des hôtels prévus dans les plans de la station. D'autres investisseurs seront ainsi invités à contribuer au développement du site touristique. “Nous devons trouver le moyen de faire émerger de nouveaux propriétaires hôteliers”, martèle le ministre du Tourisme. Le moyen le plus indiqué, selon lui, est la mise en place d'un fonds d'investissement dédié au tourisme.

Attijariwafa bank et la Banque centrale populaire promettent déjà d'y injecter 1 à 1,5 milliard de dirhams. La Caisse de dépôt et de gestion mettra aussi du sien : 250 millions de dirhams. D'autres assureurs et fonds de retraite sont appelés à y participer. “L'objectif est d'arriver à 2,5 milliards de dirhams, comme première mise, une somme qui sera renforcée par 2,5 milliards de dirhams sous forme de crédit bancaire”, explique Douiri. La problématique de la capacité litière ne sera pas résolue pour autant. A titre indicatif, un hôtel cinq étoiles de 200 chambres coûte (plus au moins) 250 millions de dirhams. Les 5 milliards du fonds d'investissement touristique n'arriveront à mettre sur pied qu' une vingtaine d'établissements d'une capacité totale de 4000 lits, soit moins du tiers de la moyenne annuelle fixée par la vision 2010. C'est dire que ce n'est pas gagné d'avance.

Des niches bonnes à prendre
Le plan d'action du ministère repose sur les PAT (pays d'accueil touristiques), des sites régionaux bien identifiés pour développer le tourisme de niche (rural, sportif…). Ainsi, Dakhla a été choisie pour les sports de glisse (windsurf et kite surf), Safi pour le surf et Beni Mellal pour le parachutisme sportif. Ce marketing ciblé a permis d'augmenter l'affluence des touristes. Beni Mellal a ainsi enregistré 6092 nuitées entre décembre 2004 et mars 2005 (grande saison), contre 1800 une année auparavant. Le nombre de parachutistes a, quant à lui, augmenté de plus de 250% à fin 2005. A Dakhla, le succès du positionnement dépasse les attentes mais la capacité d'hébergement de la ville ne permet pas de faire plus (Elle ne compte qu'un seul hôtel). Douiri promet donc “le renforcement de ces destinations en 2006”. Parallèlement, il promet le lancement de nouveaux produits dans le même segment. Les opérateurs tablent surtout sur le développement du tourisme sportif, classé deuxième après le balnéaire au niveau mondial. Mais là encore, hormis quelques projets triés avec soin, les initiatives émanant de la population ne sont pas prises en compte. C'est le cas d'un projet de compétitions de VTT sur un circuit de piste à Demnat, dont le promoteur continue de tourner en rond en attendant de trouver une oreille attentive.
Vole qui peut
Tous les segments du tourisme dépendent étroitement de l'aérien. Sur ce chapitre, la vision 2010 est en bonne voie. Depuis la signature de l'accord de l'Open sky avec l'Union européenne, le transport de point à point low cost promet des miracles. Les prémices de cette “révolution aérienne” sont déjà là. A fin 2005, le trafic global a connu une progression de 15% avec des variations selon la destination : 19% pour Agadir, 22% pour Marrakech et 47% pour Fès. La réactivité de la RAM a porté ses fruits. La création d'Atlas Blue, la nouvelle compagnie charter, a permis de transporter plus de 820 000 passagers pour un chiffre d'affaires de près d'un milliard de dirhams. Dans le cadre de la vision 2010, Les fréquences hebdomadaires doivent être plus que doublées, pour passer de 47 fréquences par semaine actuellement à 103 en 2010. Le point à point a de l'avenir devant lui. Atlas Blue et l'autre compagnie marocaine Jet 4 You anticipent en annonçant l'acquisition de deux nouveaux appareils chacune. À cela s'ajoutent les fréquences que d'autres compagnies européennes assureront à partir d'avril et juillet 2006 (notamment la britannique Easyjet). Le potentiel est là, dans le ciel. Aux tours-opérateurs de le concrétiser sur terre.



Formation. Le maillon le plus faible

550 millions de dirhams ont été investis dans la formation professionnelle pour le secteur du tourisme. Pas mal comme performance. Pourtant, l'embellie s'arrête là. Les Assises du tourisme de Tanger ont eu le mérite de mettre le doigt sur un handicap majeur : la formation fait dans la quantité, pas dans la qualité. Pour faire vite et afficher des chiffres positifs, l'Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), augmente la cadence des inscrits, accélère l'ouverture de nouveaux centres, mais peine à produire des lauréats opérationnels. “Le passage par une formation interne est toujours nécessaire. Cela représente un coût additionnel pour l'hôtelier ou le voyagiste”, déplore un opérateur marrakchi. D'où l'émergence du concept de la formation par compétence. Il s'agira désormais de former par métier (pâtissier, réceptionniste…). Une expérience pilote est déjà en cours à Tanger, d'autres instituts suivront.

 
 
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