Libérez les patrons !
Lentrée du Maroc dans la mondialisation relève plus de la posture politique que de la stratégie économique
À trois mois de lélection de son prochain président, un silence de mort sest abattu sur le patronat marocain. Cest tout à fait exceptionnel. Habituellement, à pareil délai, les campagnes électorales des différents prétendants font rage. Cette fois, non seulement personne ne sest encore déclaré, mais on craint même sérieusement
que personne ne le fasse dici juin. Que diable se passe-t-il ?
Il se passe que les patrons sont terrorisés. Parce que le fisc est |
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méchamment tombé sur toutes les entreprises dans lesquelles leur président sortant, Hassan Chami, est impliqué de près ou de loin. Coïncidence, hasard de la loterie des vérifications fiscales ? Cest ce que soutient lintéressé qui déclare : Les contrôles fiscaux sont normaux dans la vie des entreprises et les miens nont aucun rapport avec mes prises de position à la CGEM. Je comprends tout à fait que M. Chami veuille calmer le jeu, mais quil me permette, malgré la grande estime que je lui porte, de douter de sa lecture pacifique des évènements. Tous ses pairs, du reste, en sont persuadés : cest bel et bien à une campagne punitive que fait face le patron des patrons. Pas étonnant que les candidats à sa succession ne se bousculent pas. Les entrepreneurs nont pas spécialement des âmes de martyrs
Ce quon reproche à Chami, cest davoir parlé vrai, davoir dit que le gouvernement navait pas de stratégie économique claire, quil mettait en danger des pans entiers de notre économie, donc des emplois par dizaines, sinon par centaines de milliers
Le président de la CGEM ne cherchait pas, ce faisant, à devenir un héros, et encore moins un opposant. Il ne faisait, en toute bonne foi, que son travail : défendre ses ouailles, et à travers elles, lavenir du tissu industriel national.
Ce dernier est, en effet, en piètre état. Pour schématiser, il se retrouve de plus en plus coincé entre léconomie informelle (galopante parce que pratiquement pas combattue) et la menace de la concurrence étrangère, favorisée par la baisse des droits de douane. La mondialisation est inévitable ? Certes, mais elle se prépare. Avec la signature de tous ces accords de libre-échange (Europe, Etats-Unis
), on a limpression que lentrée du Maroc dans la mondialisation relève plus de la posture politique que de la stratégie économique. Souvrir au monde, cest bien. Encore faut-il y préparer notre tissu économique, pour quil ne crève pas la gueule ouverte au nom de grandes idées mal maîtrisées. Cest pourtant ce qui est en train de se passer, et cest ce que Chami voulait dénoncer avant quon ne le rabroue violemment.
En voulant à tout prix remettre au pas la CGEM, le pouvoir la terrorise, la paralyse et la condamne à redevenir ce quelle était au plus fort du système hassanien de prébendes : un club de courtisans richissimes, trop heureux dembrasser la main du ministre de lIntérieur quand il daignait la leur tendre. Si la CGEM est ainsi domestiquée, qui dira ses quatre vérités économiques au pouvoir ? Les partis ? En la matière, ce sont des primates, incapables davoir une vision économique cohérente, et encore moins intelligente. Même celui dentre eux qui dispose de ce qui sapproche le plus dun programme économique (le PJD, encore lui), est encore très loin du compte, vu les gravissimes enjeux de lheure.
Linvestissement est bloqué depuis plusieurs années au Maroc, cest de notoriété publique. Faire peur aux investisseurs est le meilleur moyen pour que cette situation perdure, voire empire. Un signal fort serait plus que bienvenu... |