Sahara. Un Conseil : l'autonomie attendra
Congrès. Dans une zerda populaire
Procès symbolique. L'Etat marocain (encore) coupable !
Reportage. Le village le plus pauvre du Maroc
Israël. Olmert face à lui-même
Fraude alimentaire. Le contrôle incontrôlé
Anania. Danser la vie
Exposition. Désert animé
N° 220
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

RNI. Qui veut la peau de Osman ?

Ahmed Osman. (AIC PRESS)

Malgré des dehors tranquilles, le RNI, 3ème parti du pays, vit des heures difficiles. Son président Ahmed Osman ne fait plus l'unanimité, sa gestion financière est mise à l'index et même ses alliés se posent des questions sur sa succession.


Le RNI réunira son comité central le 13 mai, pour décider de la date du prochain congrès. Rien que de très normal. Sauf accident, le président Ahmed Osman, 76 ans, s'apprête déjà à briguer un nouveau mandat pour conduire le parti aux élections de 2007. Avec l'espoir, comme nous l'ont confirmé même ses détracteurs, “de devenir premier
ministre ou de figurer dans la future coalition gouvernementale, qu'elle soit conduite par les islamistes du PJD ou par les alliés stratégiques de l'USFP et l'Istiqlal”. Officiellement, donc, tout va bien sous le ciel bleu (par référence à la couleur du parti) du RNI. Il suffit de gratter, pourtant, pour se rendre compte que la belle façade menace de s'écrouler à tout moment. Même s'ils ne sont pas nombreux, une dizaine tout au plus, les adversaires du “président”, parmi lesquels on retrouve un ancien ministre (Mohamed Aujjar), un entrepreneur très connu sur la place (Abdelhadi Alami) et quelques parlementaires, semblent décidés à en découdre. Une petite équipe parmi eux a mis au point un livre blanc, inventaire de la gestion financière du RNI.

Les dessous d'une affaire de sous
L'un des rédacteurs du document nous explique : “Ce livre est déjà prêt. Il regroupe, factures et virements bancaires à l'appui, les détournements d'argent qui ont été opérés au parti. Il s'agit au bas mot d'une ardoise de 20 millions de dirhams, qui représente les aides publiques recueillies par le RNI à l'occasion des dernières élections, et qui ont disparu de la caisse du parti”. Dans le camp du président Osman, une source qui a requis l'anonymat apporte un léger bémol à la version du livre blanc : “Une partie de la somme en question a été utilisée pour financer la dernière campagne électorale, en imprimerie et frais divers, mais il est vrai que les finances du parti n'ont pas toujours été gérées avec toute la rigueur voulue”. Les auteurs du livre blanc ont fixé un premier ultimatum, correspondant à la prochaine session parlementaire, dont l'ouverture est attendue le 14 avril. Mais encore faut-il que les élus du parti suivent l'instruction et ouvrent le feu sur le président Osman, ce qui est loin d'être acquis. “Si la rentrée parlementaire ne donne rien et si Osman refuse toujours de quitter honorablement la scène, nous l'attaquerons alors en justice pour détournement de fonds et mauvaise gestion”, n'hésite pas à avertir l'un de ses détracteurs. Enième coup de bluff d'un parti désormais habitué aux querelles internes, ou réelle volonté d'éclabousser un homme au parcours prestigieux ?

Fini, l'unanimité autour d'Osman
Dans tous les cas et malgré la dernière réunion de son bureau exécutif, la situation du RNI est loin d'être réjouissante ce qui est plutôt fâcheux pour un parti qui incarne, presque à lui tout seul, le centre du paysage politique et qui reste, numériquement, le troisième parti du pays juste derrière le tandem USFP - Istiqlal : 5 ministres, 86 parlementaires répartis entre les deux chambres, 2841 élus locaux, et 10,97 % des suffrages populaires obtenus en 2003. Qu'ils soient, comme le soutien le clan Osman, “le fait d'une minorité frustrée qui cherche à régler des comptes personnels” ou, selon la version adverse, “une dernière tentative de redresser la situation d'un parti à la dérive”, les déchirements du RNI tournent invariablement autour de la personne de son président - fondateur Ahmed Osman. L'ancien premier ministre, beau-frère de Hassan II, ne fait plus l'unanimité au sein du rassemblement de notables et d'homme d'affaires initialement regroupés autour de lui.

“Depuis sa création en 1976 et jusqu'à l'avènement de l'alternance, le RNI a bien récompensé ses cadres puisqu'il était devenu la principale machine à fabriquer ministres, députés et élus locaux, note cet observateur de la scène politique. Ce n'est plus le cas depuis les dernières élections et les déçus, de plus en plus nombreux, ont enfin découvert le véritable visage du parti”. A la décharge du président Osman et de ses éventuels travers de gestion hérités d'une autre époque, il faut noter que l'homme ne soigne guère sa communication. Ses détracteurs lui reprochent, par exemple, “de s'exprimer maladroitement sur des sujets nationaux qui engagent la responsabilité du parti”. Sur sa gestion comptable, sur sa communication, le président a apporté sa réponse : il a accepté de mettre en place, sur le conseil de ses proches, une série de cellules pour se pencher sur la comptabilité du parti, son organisation, sa gestion quotidienne... Une concession qui n'a pas suffi.

“Osman doit partir, objecte un dirigeant du parti. On s'était mis d'accord, en sa présence , de lui ménager une sortie honorable par sa nomination à un poste honorifique, à l'instar de ce qui se fait dans d'autres formations politiques. Il a accepté, avant de se raviser pour revenir au statu quo”. C'est le même statu quo qui prévaut aujourd'hui, même si le malaise et la cassure semblent définitifs. Ahmed Osman, même contesté, voire menacé par une poignée d'hommes qui ont longtemps compté parmi ses plus proches collaborateurs, peut se targuer d'être un président légitime, élu par les siens mais, comme le soulignent ses détracteurs, “il n'a pas souvent eu le courage de remettre son titre en jeu puisqu’ en 30 ans d'existence, le parti n'a organisé en tout et pour tout que trois congrès”. Quel autre dirigeant de parti a daigné mettre son fauteuil en ballottage ? Un pur comme Bensaïd Aït Idder ? Un has been comme Abdelkrim Khatib ? Osman n'est ni l'un ni l'autre. Il s'accroche toujours, vaille que vaille.



Succession. Spéculations autour de Jettou

Le RNI peut-il exister sans Osman ? Sur cette question, comme sur toutes les autres ayant trait à la personnalité du “président”, aucun de nos interlocuteurs n'a souhaité s'exprimer à visage découvert. “Soyons réalistes, note cet élu bleu. Au Maroc, tous les gens ne sont pas politisés, ils assimilent le parti à Osman et vice versa. Alors bien sûr que le parti survivrait à Osman si ce dernier partait, mais il exploserait rapidement en morceaux car c'est Osman et lui seul qui a pu regrouper et fédérer autour de sa personne un assemblage de personnalités très hétéroclites”. à défaut de pouvoir dégager, démocratiquement et sans clash définitif, un “nouvel Osman”, les élites du parti ne sont pas insensibles au bruit qui prête à Driss Jettou l'intention de reprendre en main le RNI. “Après tout, nous explique-t-on, Osman aussi avait fondé le parti alors qu'il était premier ministre. Et Jettou a les qualités d'un homme du centre. Politique sans l'être vraiment, proche de la droite et de la gauche, homme de confiance du Palais, et fédérateur. La greffe devrait marcher”. Même si rien n'est venu confirmer une telle possibilité, le bruit est répercuté avec un certain sérieux. Certains y voient même un ballon d'essai lancé par le Palais pour tâter le terrain du RNI et remettre à flot ce parti de centre appelé à composer avec la mosaïque gouvernementale qui devrait se dégager en 2007.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés