Sahara. Un Conseil : l'autonomie attendra
Congrès. Dans une zerda populaire
Procès symbolique. L'Etat marocain (encore) coupable !
Reportage. Le village le plus pauvre du Maroc
Israël. Olmert face à lui-même
Fraude alimentaire. Le contrôle incontrôlé
Anania. Danser la vie
Exposition. Désert animé
N° 220
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Hassan Hamdani

La semaine Culture

Rachida Khalil. (AFP)

Festival. Voir Agadir et mourir de rire

Les temps modernes ne donnent pas beaucoup envie de rire, alors autant jouer la provoc’. Avec les coups de pouce de l’association Timitar et de la région Souss Massa Draâ, le premier Festival du rire devrait désamidonner une programmation culturelle annuelle, un chouia élitiste, en faisant le pari de l’Afrique, histoire de voir de quelle fibre l’humour est tissé d’un côté et de l’autre du Sahara. Mercredi 19 avril, qui ne se reconnaîtrait pas dans les coups de flips de Saïdou Abatcha ? Ce conteur et acteur camerounais, adopté par Marseille, mais non moins goulu croqueur de la radinerie occidentale dans Ciel, mon fric !
a vu son premier one man show primé par la presse au Festival international du rire de Rochefort en 1998. A peine remis de leurs premiers émois, les zygomatiques du public devraient se délecter, jeudi 20, de la candeur en trompe-l’œil du griot nigérien Mamane, dont le charisme gracile et l’humour atypique font mouche quand il épingle la bêtise de la civilisation dans One Mamane Show. Vendredi 21, c’est Trois femmes sinon rien avec la belle Rachida Khalil, habituée des hauteurs entre son enfance rifaine et les planches qu’elle ne quitte plus depuis le tabac de La Vie rêvée de Fatna, qu’elle vient présenter pour la première fois au Maroc, avant d’être relayée, samedi 22, par Hassan “Dr Ghlala” El Fad, que l’on ne présente plus. Avec des têtes d’affiche pareilles, ça vaut le coup de se plier en quatre pour se plier en deux.

Du 19 au 22 avril à 20h30 à l’IF Agadir.



Sortie. Roulez jeunesse !

Venice en Californie en 1975, dans la chaleur d'un été caniculaire, des skateurs investissent les piscines vides d'eau et inventent des figures acrobatiques inspirées du surf. Pour son deuxième film, Catherine Harwicke troque la girl-culture de Thirteen pour la skate attitude. Caméra à l'épaule ou montée sur un skateboard, la réalisatrice filme la genèse d'une légende, celle des Z-Boys, icônes chez les fondus de sport de glisse car ils ont révolutionné la “planche à roulettes”. Le propos semble ténu et les acrobaties sans grand intérêt pour un piéton lambda. Mais Catherine Harwicke déborde du cadre étriqué du film de genre en s'attachant aux relations qu'entretiennent les Z-Boys, l'amitié et la naïveté de l'adolescence battues en brèche par l'essor de l'industrie du skate. Remarquable directrice d'acteurs, Catherine Harwicke tire le meilleur.de John Robinson, Victor Rasuk et Jay Adams, trois jeunes premiers très prometteurs. Et cerise sur le gâteau, la bande son d'époque (avec notamment David Bowie, Deep Purple et Pink Floyd) est à tomber par terre.


Télé. Des écrivains entre les lignes

L’émission littéraire, Entre les lignes, du prometteur Adil Hajji, en sera à sa deuxième livraison, lundi 17 avril. Au menu, un échange entre deux écrivains de valeur, Salim Jay (auteur du sublime Embourgeoisement immédiat) et Mohamed Nedali (à qui on doit deux romans de belle facture). Objet de la discussion : la littérature marocaine d’expression française. L’émission, mise en chantier depuis le mois d’août, “prend le livre comme un prétexte pour traiter des questions pouvant fédérer le grand public”, explique son animateur. Seul hic, elle est programmée tard dans la soirée (après minuit). Le concept mérite un sort meilleur.


Bigg. L'album extra-large

Tout le milieu du rap en parlait, et il est enfin sorti. Intitulé M’gharba tal mout (Marocains jusqu’à la mort), l’album du Casablancais Bigg est largement à la hauteur des attentes du public. Bigg impose dès les premiers titres son énorme présence derrière le micro, ses textes futés posés sur des instrus efficaces. Au résultat, une vingtaine de titres, et des duos remarqués avec Fnaïre ou DJ Key. Bigg ne souffre pas du “nœud de la langue” popularisé par les berbérophones. Chez lui, une prostituée n’est pas une âhira, mais une qahba. ça semble évident, mais c’est la première fois qu’on entend un langage aussi direct exprimé dans un CD. Pas obscène, juste vrai. Et l’homme touche juste, quasiment à tous les coups. Extrait : “Mon pays, c’est le pays où qui tu es est plus important que ce que tu fais…”. On espère que cet album viendra prouver le contraire. Points de vente www.alkhaser.com


Design. Objets, avez-vous une âme ?

Si vous aimez les beaux objets, Maroc Design, organisé par le magazine Maisons du Maroc, vous ouvre ses portes. La manifestation donnera l’occasion à une trentaine de designers de présenter, entre autres, leur vision de l’ameublement et de la salle de bains (une nouveauté, cette année). Avec de la chance, vous pourrez même poser vos fesses sur les meubles en carton du plasticien Rachid El Moudene ou enfourcher le tricycle design de Younes Duret. “Ce dernier a voulu créer un moyen de locomotion écologique pour les Marrakchis qui circulent beaucoup en vélo” , explique Geneviève Nouhaud, coordinatrice de Maroc Design. Au-delà de l’ergonomie, le design se trouve à mi-chemin entre la création et l’industrie. “Pour leur ouvrir des débouchés professionnels, nous avons demandé aux designers de repenser le salon marocain”, ajoute-t-elle. Le ministère de l’Artisanat, invité, devrait également acheter plusieurs créations pour les produire.

Du 13 au 17 avril à la basilique du sacré-cœur, CASA



Beaux livres. Tétouan en photos

En matière de beaux livres sur les villes du Maroc, Tétouan était délaissée. La publication de l’ouvrage, Tétouan entre mémoire et histoire, répare en partie cette injustice. Mohamed Métalsi, urbaniste et directeur des actions culturelles à l’Institut du Monde Arabe (IMA), s’est attelé au texte et Jean-Baptiste Leroux, photographe spécialisé dans les paysages, aux photos. L’ensemble dresse un tableau historique de Tétouan, de la citadelle médiévale à la cité moderne créée, ex-nihilo, par les architectes du protectorat espagnol. Ce livre n’a pas l’ambition d’être une somme définitive, à l’instar du Casablanca de Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, mais son côté synthétique, facile d’accès et la beauté des photos réconcilieront avec Tétouan, les nombreux touristes marocains qui trouvent cette ville lugubre et exiguë.


Prophète. Sana hilwa, ya gamil !

Après avoir réhabiliter Baba Aïchour et la culture du conte, l’association Conte act récidive à l’occasion de la fête du Mawlid. “Il est nécessaire de moderniser la tradition pour la rendre accessible aux jeunes générations” ,explique Najima Thay Thay, sa présidente. Pour ce faire, elle organise une semaine de festivités à Oujda du 10 au 13 avril avec procession dans la ville, des soirées de madih, samaâ et chants de la région de l’Oriental, des actions sociales, expositions et un grand spectacle populaire en guise de clôture. Le choix de Oujda n’est pas gratuit, “fêter la naissance du prophète est une tradition vivace dans l’Oriental”, ajoute Najima Thay Thay. Et petit détail qui tue, le royaume de Jordanie sera l’invité d’honneur de cette “semana santa”. En somme, l’aïeul sera fêté en famille.


Musique. Dar El Jazz ouvre ses notes

Jazzablanca, première ! Deux jours avant l'inauguration de ce nouveau festival, qui fait le pari de l'élitisme avec des billets valsant entre 200 et 1800 DH, 50% des places sont déjà prises... Si les mythiques Al Jarreau, Billy Paul et John Lee Hooker font déjà quasiment salle comble, d'autres artistes, comme la gracieuse Marocaine Lamiela, devront conquérir leur public en urgence. Jazzablanca devrait être difficile à amortir cette année, mais l'équipe de Hil'Art Prod, qui planche sur l'évènement depuis dix mois, pense déjà le démocratiser dès l'année prochaine, en “délocalisant” le rendez-vous à l'Office des Changes, au Manhattan ou encore à l'Armstrong. Histoire que tout le monde en profite !

Du 7 au 16 avril au Mégarama.



Revue. Nos poètes in English

Ils sont 19. Des arabophones (10) traduits par l’excellent Hassan Hilmy, discret professeur de littérature anglaise à la faculté d’Aïn Chock, reconnu pour sa maîtrise du langage poétique. Parmi les plus illustres poètes qu’il rend accessibles au lectorat anglophone, à travers la revue Aufgabe, le lapidaire Moubarak Wassat et le regretté Ahmed Barakat. Les 9 autres, francophones, aussi connus que l’esthète Mohamed Loakira, l’exilé Abdelilah Salhi et le surprenant Mohamed Hmoudane, sont, quant à eux, traduits par l’un des connaisseurs de la scène culturelle marocaine, Guy Bennet. Ce dernier a assuré aux côtés de Jalal Hakmaoui, poète à son tour, le montage du dossier. Du beau marketing littéraire.


Le livre.

C’est une première. Un écrivain marocain francophone traduit en arabe, peu de temps après la parution de son recueil de nouvelles, Le Maboul. L’auteur en question n’est autre que Fouad Laroui, à qui on doit le surprenant Les dents du topographe, le très beau De quel amour blessé et d’autres textes de moindre envergure. Le traducteur, Brahim El Khatib, est tout simplement l’un des rares lettrés arabophones au style fluide, dépouillé et plaisant. Le résultat est une belle gerbe de textes, sans grande prétention, mais tantôt drôles, tantôt graves, sur des personnages marginaux, des hommes de passage, des campagnards paumés, une télévision marocaine guindée, une poignée de sable du plus beau pays du monde et bien d’autres clichés saisis au vol.

Ed. Le Fennec (10 dh)




Humeur : Franco aphonie

Hassan Hamdani

La France est capable de tout pour défendre la francophonie, même du pire : organiser un concours de dictée. L’événement s’appelle “Dictée du Maroc”, il est organisé par l’union des conseils des parents d’élèves des établissements français, avec le soutien de Bernard Pivot. Orthographe, mission française, Nanard, les trois fers de lance du bon français correct sont réunis. Or, la correction est un mot qui ferait peur à n’importe quel écolier englué dans le système scolaire marocain. Il est synonyme de punition, raclée, ratures et ne donne pas envie, une fois grand, de suer sur des mots imprononçables. Il est d’ailleurs tellement pétri de correction, ce français que défend la francophonie, si hautain dans sa noblesse, qu’il se choque des moindres pets de travers, à l’instar de ce sms reçu : “Kifach on écri ornitorink ?”. Il est poétique pourtant, ce message. On y sent toute la bonne volonté du gamin qui s’est cassé la voix à ânonner : “Moussa tire le mouton. Il tire, il tire, mais impossible de le faire sortir”. On a appris à ce gamin l’orthographe des ovins, pas celle des animaux exotiques, sous prétexte qu’il a peu de chances de croiser un ornithorynque au Maroc. Et en fin de compte, les francophones le snobent avec leurs dictées vaines. Comment écrit-on élitisme, déjà ?



Beaux comme un chœur
À peine les saxos et les pianos de Jazzablanca se seront tus, Hil'art Prod remettra le couvert. Les Chœurs de l'Armée Rouge, dont c'est le baptême africain, seront le 19 avril au Théâtre Mohammed V de Rabat, le 20 au Mégarama de Casa et le 21 au Palais des Congrès de Marrakech. Nazdarovié !


Il s’est tu
Qui connaît Mohamed Al Maghout ? Qui sait qu’il était poète, dramaturge, scénariste et mélancolique, par-dessus tout ? Trop tard. L’inoubliable auteur de La joie n’est pas mon métier a rendu l’âme, mardi 4 avril. De sa Syrie natale, il n’avait plus d’espoir pour ses frères arabes.


Hanaaaaaaaa !
Elle n’a pas vingt ans et déjà les Star accros en font leur nouvelle Fayrouz. Depuis le 23 décembre, la fraîche Slaouia Hanaa El Idrissi fait bomber le torse des Marocains, déboutant un à un ses rivaux du château de Beyrouth. Plus qu’un Libanais et un Egyptien… Verdict en finale le 7 avril !

 
 
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