Sahara. Un Conseil : l'autonomie attendra
Congrès. Dans une zerda populaire
Procès symbolique. L'Etat marocain (encore) coupable !
Reportage. Le village le plus pauvre du Maroc
Israël. Olmert face à lui-même
Fraude alimentaire. Le contrôle incontrôlé
Anania. Danser la vie
Exposition. Désert animé
N° 220
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Chef de rubrique Karim Boukhari

La semaine Maroc

(AFP)

Gouvernement. Encore un remaniement ?

Deux dossiers prioritaires figurent aujourd’hui dans l’agenda des membres du cabinet royal. Selon un observateur proche du sérail, le staff royal plancherait en effet sur la formation d’un gouvernement d’union nationale censé préparer les élections de 2007, mais aussi sur les différentes propositions concernant la révision de la constitution. Dans le lot, il semble que les retouches sur lesquelles travaille le staff royal ne concerneraient pas les fameux Article 19 (Le roi, Amir al Mouminine, représentant suprême de la nation, symbole de son unité, garant de la pérennité et de la continuité de l'état, veille au respect de
l'islam et de la Constitution), l’article 23 (La personne du roi est inviolable et sacrée) et l’article 29 (Le roi exerce, par dahir, les pouvoirs qui lui sont expressément réservés par la Constitution). Les amendements pourraient s’inspirer, en partie, des recommandations émises il y a quelques mois par l’IER, notamment celles ayant trait à l’approfondissement (dans le texte) de l’égalité hommes-femmes dans les droits politique, économique, social et culturel mais aussi les recommandations liées aux libertés de circulation, d’expression, de manifestation, d’association syndicale et politique, de rassemblement et de grève, en plus de la question amazighe qui devrait figurer dans les amendements en cours de préparation. Pour ce qui est du gouvernement d’union nationale, qui serait appelé à préparer les premières élections communales totalement libres de l’ère Mohammed VI, il devrait être piloté par un proche du palais. Meziane Belfqih ?


Rabat. Le complexe de la mémoire

Le Forum vérité et justice (FVJ) organise, le 28 avril, un sit-in devant le complexe de police d’Agdal, à Rabat, ancien lieu de détention arbitraire et de torture. C’est le groupe d’anciens prisonniers politiques connus sous le nom de “groupe Bnouhachem” qui a été derrière cette initiative. “Il y a très exactement 30 ans que nous avons été enlevés et amenés au complexe, explique Abdennacer Bnouhachem, au nom du groupe. Ce lieu fourmillait d’agents de tous les services de sécurité (DST, DGED, armée, gendarmerie, etc). Il a connu le passage, dans un état lamentable, de figures connues comme Abdelhamid Amine, Ahmed Benjelloun ou Mohamed Elyazghi. Aujourd’hui, nous entendons le réhabiliter pour en faire le complexe de la mémoire. Fermé dans les années 1980, il ne sert plus aujourd’hui que de résidence pour des fonctionnaires de la Sûreté nationale.


Conférence. Le Polisario parmi nous

Le Centre marocain pour la démocratisation des élections (CMDE, créé en 2001) compte organiser une conférence nationale sur le Sahara. Le Polisario y figure parmi les invités officiels, même s’il n’a pas encore confirmé sa présence. “On ne peut pas discuter du sort de la région sans le point de vue de l’autre”, nous a notamment expliqué une source au comité d’organisation. Le rendez-vous, initialement prévu en avril, a été reporté en mai prochain. Les autorités marocaines ont, pour le moment, réservé leur réponse puisque des détails sur la sécurité des personnes restent à régler. Des personnalités politiques marocaines et espagnoles devraient être de la partie. C’est Meknès qui a été choisie (“pour des questions de logistique”, nous explique-t-on) par le CMDE pour abriter l’événement.


ONG. 2007, c’est parti …

L’association s’appelle “2007, daba”. Son initiateur, Noureddine Ayouch, s’emploie à faire campagne pour les élections, dès maintenant. À ses côtés, se sont engagés des initiateurs du Collectif démocratie et modernité, comme Kamal Lahbib, Driss Moussaoui et Mohamed El Ayadi, mais aussi des hommes d’affaires comme Moulay Hafid Elalamy ou encore de hauts cadres comme Moncef Belkhayat. Leur but affiché : éviter un taux d’abstention élevé, en 2007. Cette semaine, ils rencontrent de “vieux” responsables de partis pour les inciter à s’ouvrir à l’élite et aux jeunes. Souhaitons-leur bon courage.


Université. Islamistes contre socialistes

L’Université de Settat a été le terrain de violentes confrontations entre les étudiants islamistes et socialistes. “Une belle bataille à coups de bâtons et de pierres, où deux socialistes ont été blessés”, selon le témoignage de Jalal El Kindali, membre de l’USFP de Settat. À l’origine de ces accrochages, une conférence sur “l’identité des mouvements islamistes”, organisée dans l’enceinte du campus par les étudiants d’Attajdid Attolabi. Malgré le refus de l’Administration d’autoriser cette conférence, le mouvement l’a quand même tenue dans le hall de l’université. Ce qui a alimenté l’ire des étudiants socialistes et a abouti, in fine, au conflit. Un de plus !


Pêche au Sahara. L’Europe résiste

Alors qu’il devait entrer en vigueur le 1er mars, le fameux accord de pêche avec l’Union européenne n’est toujours pas ratifié. Il lui manque le feu vert du conseil des ministres de l’Union européenne ainsi que de son parlement – et les débats sont toujours aussi vifs sur l’opportunité d’ajouter une clause à l’accord, précisant que les revenus générés par la pêche sur la côte saharienne doivent être “reversés aux populations du Sahara”. Chef de file du lobbying en faveur de l’ajout de cette clause : la Suède appuyée, d’après nos informations, par l’Irlande, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Danemark. Si cette clause venait à être ajoutée, il est probable que le Maroc refuserait de ratifier l’accord. Rappelons, au passage, que le parti marocain Annahda, qui suit de très près la question, a déjà invité le parlement marocain à ne pas ratifier les accords de pêche, qualifiant de “provocatrice” l’attitude du parlement européen.



Billet. Coran ou pas Coran…

Driss Ksikes

Entre deux poèmes éthérés, Adonis a souvent des déclarations très inspirées. Dernière sortie en date : même protégé par le Coran sacré, la langue arabe finira par disparaître. Explication de texte : l’arabe, comme le latin autrefois, finira par être confiné dans les temples. Pourquoi ? L’anglais nous envahit, les langues nationales (la darija marocaine, par exemple) gagnent du terrain, les panarabistes perdent de leur aura (le dernier de la tribu, Saddam Hussein, est neutralisé) et seuls les textes religieux maintiennent en vie la langue du Coran. Adonis dit vrai concernant le déclin de l’arabe mais rien ne prouve que le Coran cessera de servir de cuirasse à tous les conservatismes. Trois exemples le montrent bien. Lorsque la fondation Al Saoud a organisé une rencontre inédite sur “les nouveaux penseurs de l’islam et les nouvelles lectures du Coran”, l’initiative a été jugée trop audacieuse par ses bailleurs de fonds saoudiens. La menace de couper les vivres a suffi pour les pousser à l’auto- censure. L’Institut du monde arabe à Paris n’est pas mieux loti. Lorsqu’il s’est aventuré à inviter un anthropologue de la trempe de Youssef Seddik, auteur de l’excellent essai Nous n’avons jamais lu le Coran, tout un réseau de fondamentalistes commandité par Djeddah s’est mis en branle pour l’intimider. Enfin, quand la fondation allemande Friederich Naumann a dernièrement traduit en arabe l’unique et inestimable Histoire du Coran de l’orientaliste allemand Theodor Nöldecke, elle a été contrainte de le vendre sous le manteau. Pourquoi ? Parce que le Coran est sacré en arabe et qu’il n’est pas question d’en retracer les péripéties, alors que le prophète se tue à nous dire que c’est “une parole révélée”. En arabe ? C’est de là que vient le mythe qui préserve cette langue dans le formol. Mais c’est cela aussi qui risque de la perdre.



OMDH. Madame la présidente

Amina Bouayach a été portée à la tête de l’OMDH, l’une des principales organisations des droits de l’homme au Maroc. Elle remplace Abdellah Oualladi, dont elle était la vice-présidente. C’est la première femme portée à la tête d’une ONG aussi importante. Proche de l’USFP, l’heureuse élue a notamment travaillé au sein du cabinet d’Abderrahmane Youssoufi, quand il était premier ministre. Ses camarades de l’OMDH, comme nous l’a expliqué cette source à l’association, l’ont choisie “pour son militantisme mais aussi pour le symbole (celui de la consécration de la femme marocaine)”. Bien vu.


PJD. Le prophète privé de fête

Le prophète Mohammed n’aura pas droit à sa fête d’anniversaire. La soirée musicale, organisée à l’occasion de l’ Aïd al Mawlid par la ville de Casablanca, ce samedi, sur l’esplanade de la mosquée Hassan II, a été annulée en haut lieu. La raison avancée : l’esplanade devait rester nickel pour la prière royale de mardi. L’idée de cette soirée musicale, en mémoire du prophète, venait des élus du PJD très influents au conseil de la ville de Casablanca.
Ces derniers comptaient d’ailleurs convier Saâdeddine Othmani, secrétaire général de leur parti, à leur petite sauterie. Alors, crainte des papiers gras ou peur de la récup politique ?


Islam. La foi dans les manuels

Mohamed Sghir Janjar, le directeur adjoint de la fondation Al Saoud, vient de publier dans la revue Prologues qu’il dirige, une étude inédite sur les nouveaux manuels d’éducation islamique. Il s’est penché sur le contenu de 21 titres, dont 15 sont agréés par le ministère de tutelle. Il en ressort d’abord que nos enfants passent dans le primaire 10% de leur cursus à apprendre la foi et les valeurs islamiques, que le propos n’est pas idéologique (contrairement à l’ancienne version des manuels) et que les sujets à polémique (charia, attitude vis-à-vis des juifs, châtiments corporels …) en sont évacués. Malgré une recherche de compatibilité avec les droits de l’homme, les aspects miraculeux, de la dernière religion monothéiste, y ont toujours droit de cité. Tout comme l’inégalité des sexes, d’ailleurs.


Casa. Encore le métro…

Le maire de Casablanca, Mohamed Sajid, se rendra à Paris les 12 et 13 avril pour discuter avec la Caisse des dépôts et consignations des possibilités de coopération sur le projet de métro dans la capitale économique. Sajid cherche notamment à trouver un financement complémentaire auprès de la Caisse des Dépôts, qui est une institution publique française en liaison avec l’Etat et les collectivités territoriales. Une source proche de la mairie de Casablanca nous a confirmé le prochain déplacement de Sajid, précisant que le projet de métro, qui s’élèverait à plusieurs milliards de dirhams, ne pourrait être supporté par la seule ville de Casablanca.



3 questions à Abdelmajid Bouzoubaâ (Secrétaire général sortant du Congrès national Ittihadi (CNI))

Pour quelles raisons contestez-vous la légitimité du dernier congrès du CNI ?
Pour les bavures flagrantes qui l’ont entravé. Dans certaines provinces, la préparation du congrès s’est faite illégalement dans les domiciles ou dans les locaux de la CDT (ndlr : le syndicat auquel le CNI est adossé). En plus, des centaines de faux congressistes ont envahi les lieux et ont poussé vers l’élection d’une commission nationale, composée d’ex-USFPéistes originaires de Casablanca et de ses environs. Cette manœuvre visait à créer un parti à caractère régionaliste sous la houlette de la CDT. Tout cela s’est passé avec la bénédiction de Noubir Amaoui.

Vous passiez pour un “vieil ami” de Noubir Amaoui. Pourquoi le contestez-vous aujourd’hui ?
Le camarade Amaoui est le chef d’orchestre des manœuvres citées plus haut. Je n’ai pas protesté plus tôt parce que j’attendais d’avoir le cœur net sur ce qui se tramait… Je suis un fédérateur. Mais quand la situation a empiré, il a fallu en découdre. En plus, depuis la création du CNI, Amaoui ne nous a jamais soutenus. Ce n’est qu’au moment du congrès qu’il s’est manifesté.

Vous allez vers une scission ?
Nous préférons ne pas dévoiler notre programme. Pour le moment, 122 congressistes se sont réunis avec deux autres membres du Bureau politique et moi. Nous allons tenir un congrès organisationnel pour élire les instances légitimes.


Argent public. Limogés à cause d’un blog

La nouvelle a soulevé des vagues. Le secrétaire général du département de la Poste et des Technologies de l’Information vient d’être limogé suite à la publication sur un blog des frais faramineux de son déplacement professionnel en Nouvelle Zélande (130 000 dh contre 20 000 pour les autres membres de la délégation marocaine). L’information a été révélée par le journaliste Rachid Jankari (sur son blog www.janakari.org)... qui pourrait à son tour perdre son job au sein de Casanet, filiale de Maroc Telecom et partenaire du département des Technologies de l’information. “Mais c’est la première fois qu’une affaire de dilapidation dénoncée sur un blog aboutit au limogeage de son auteur. Preuve qu’Internet est devenu influent au Maroc”. Rachid, on ne te dira pas le contraire !


Pédophilie. Bientôt Zagora ?

Suite à la répression, tardive mais bienvenue, qui s’est abattue sur les réseaux de prostitution et de pédophilie au niveau de Marrakech et d’Agadir, les flux de tourisme sexuel seraient en train de se rabattre, si l’on en croit des sources fiables, sur de nouveaux sites, cette fois-ci dans le grand sud. Ouarzazate et Zagora figureraient, ainsi, parmi les principales cibles. À Zagora, on parle déjà d’un réseau de touristes néerlandais qui se chargerait de convoyer des mineurs de la région vers la Thaïlande en promettant aux intéressés et à leurs parents “des contrats de travail et des visas pour l’étranger”. Une enquête s’impose.


Presse. Ménard nuance ses critiques

“J’ai rencontré des confrères mais aussi, pour la première fois depuis 20 ans, les autorités marocaines”, a déclaré jeudi dernier à Casablanca Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF). Résultat : un discours plus ouvert (“La liberté de la presse a plus progressé au Maroc que dans n’importe quel autre pays arabe, et je m’en réjouis”), mais toujours ferme sur l’essentiel (“Il est anormal que le Code de la presse prévoie d’emprisonner des journalistes et que la justice distribue des amendes exorbitantes, même si les procès en diffamation sont légitimes”). Ménard recommande aussi à Mohammed VI de “traiter les journalistes marocains en adultes”, en leur accordant des conférences de presse, assurant que le jour où cela se produira, “personne n’y manquera de respect à Sa Majesté”. Salutaire et rafraîchissant.



Humeur. Histoire de somnifère

Karim Boukhari

Mon voisin de table m’a posé cette question aussi passionnante qu’un débat byzantin sur le sexe des anges : peut-on être de gauche dans un pays comme le Maroc ? En voilà un bon somnifère, quelque chose qui vous prépare sans effort au grand sommeil… Et pourtant ! La tige mal dressée (que je suis) a été élevée avec un certain idéal socialiste, voire communiste. Il n’y a aucune honte à cela, bien au contraire. L’idéal de gauche est même beau, extrêmement beau, même dans un pays religieux, monarchiste, traditionaliste. Ce n’est pas l’idée la plus réaliste du siècle, et alors ? C’est assez romantique pour vous permettre de dormir heureux. Ou de séduire la plus belle fille du coin, sans besoin de la faire danser ou de l’emmener au cinéma le samedi soir. Voilà en gros ce que j’ai répondu, entre deux bâillements irrésistibles, à mon voisin de table. Sa réponse m’a sorti de ma torpeur : “Et que signifie, alors, être de gauche : avoir sa carte USFP ou PSU et ne pas savoir parler à son fils ? Militer pour la Palestine et exploiter à fond sa femme de ménage ? Lire Marx et se plier en deux devant la moindre injonction d’un agent d’autorité ? Se prétendre à la fois athée et musulman, rebelle et servile, républicain et monarchiste ?”. J’avais réellement trop sommeil pour répondre : “Mais c’est cela le fameux slogan de la spécificité marocaine qui a toujours sifflé à nos oreilles !”. Je n’ai rien tenté, rien dit. J’ai simplement réfléchi un petit moment au dernier livre de Abdellah Laroui (Le Maroc et Hassan II), où il tentait de répondre à une question du genre : sommes-nous le résultat du système Hassan II, ou vice versa ? Et là j’ai littéralement plongé dans le grand sommeil. Et j’ai dormi heureux. C’était un très, très bon somnifère.



VITES !

Mohamed Abderrazak, numéro deux historique de l’UMT et l’une des plus importantes figures du syndicalisme marocain, est décédé jeudi soir des complications d’une longue maladie. Son décès est survenu dans une clinique casablancaise où il venait d’être admis en début de semaine. Mohamed Abderrazak était âgé de 79 ans.


Le CORCAS pourrait bientôt marcher sur les traces de l’IER. Une délégation s’apprêterait, selon des sources généralement bien informées, à entamer un long périple à travers plusieurs capitales, pour promouvoir l’image du royaume. Les médias nationaux devraient également être du voyage.


C’est le 21 avril, et non le 16, que Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, présentera au Conseil de sécurité son rapport sur la situation au Sahara occidental. Il est quasiment acquis que le mandat de la mission onusienne au Sahara (Minurso) sera, à cette occasion, prolongé de six mois, le temps que le Maroc formalise sa proposition d’autonomie.


C’est le 18 avril que la justice rendra son verdict dans l’affaire de diffamation opposant le Centre Européen de recherche ESISC et Le Journal Hebdomadaire. La dernière audience a vu la présence de Bernabé Lopez Garcia, témoin cité par la défense. Rappelons qu’en première instance, notre confrère avait été condamné à verser trois millions de dirhams.

 
 
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