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N° 220
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Victoire éclatante du féminisme tunisien, le policier qui agace ZB, est... une femme.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem, homme de tous les défis, est confronté cette semaine à un nouveau challenge. Il est lancé à la conquête de nouveaux marchés, conscient que, dans notre environnement hyper concurrentiel, quiconque ne s’adapte pas est voué à la disparition. Les lecteurs les plus perspicaces auront noté un changement très net dans le style de cette chronique. C’est en effet un effort volontaire, exigé par les responsables commerciaux de cet estimable hebdomadaire, qui me demandent de tenter de séduire les lecteurs de I-Finance Challenge News. Nous disions donc que notre homme, le redoutable Zakaria Boualem est envoyé par la banque qui a le courage de l’employer… en Tunisie. Il est censé, sur place, former ses confrères tunisiens sur un logiciel déjà utilisé au Maroc. Une sombre histoire de base de données- client, un boulot aussi pénible à raconter qu’à faire. C’est d’ailleurs pour cette raison que vous n’aurez aucune espèce de détail supplémentaire, et en plus, vous vous en foutez complètement : il vous suffit de savoir que Zakaria Boualem, pour des raisons professionnelles, va en Tunisie pour une semaine. Et merci.
De la Tunisie, le Guercifi ne sait pas grand-chose. Il a entendu dire que le pays attire plus facilement les investisseurs, les touristes et les penalties, que les Tunisiens sont économiquement et socialement en avance sur nous. Globalement, lorsqu’il entend parler de la Tunisie, c’est pour apprendre qu’ils se débrouillent mieux que nous. Une sorte de premier de la classe des Arabes, un truc assez agaçant, surtout
depuis qu’ils nous battent au foot, en plus. Donc notre homme débarque à l’aéroport de Carthage plein de circonspection, avec la ferme intention de vérifier sur place tous ces points un à un, dans une logique rationnelle de réalisation d’un état des lieux préalable à toute analyse de l’existant (lecteurs de I-Finance Challenge News, vous êtes toujours là ?...).
- OUASSEM BOUUUUUK ?
- Pardon ?
L’homme qui lui fait face est un policier tunisien, ce qui est presque un pléonasme. Dire un qu’un Tunisien est policier, c’est comme si on parlait d’une Libanaise refaite, d’un caïd arrogant ou d’un journaliste paresseux. Nous aurons l’occasion d’y revenir, ne me coupez plus la parole s’il vous plaît, et merci. Donc le policier, dès son entrée sur le territoire, désire connaître le patronyme de papa Boualem. C’est rassurant, ils sont aussi inefficaces et parano que nous. Un passeport ne suffit pas… Au fait, il faut préciser que le policier tunisien en question est une femme, sans doute un des résultats les plus éclatants des victoires du féminisme en Tunisie. Allez savoir pourquoi, ce détail rend la question encore plus surprenante : de par ce fait, Zakaria Boualem a l’impression qu’il va se marier. Comme réponse, Zakaria Boualem hésite entre Albert ou Bruce. Mais la mine de la policière le dissuade de toute tentative d’humour.
- Lakhdar, madame.
- Vous avez une photo très ancienne sur votre passeport…
Encore une fois, Zakaria Boualem ne comprend pas la question, qui d’ailleurs n’en est pas une. Il ne répond pas. La question revient donc :
- Elle est ancienne, la photo sur votre passeport…
- C’est sûrement parce que le passeport est ancien, (il n’a pas pu se retenir de devenir ironique, c’est un réflexe avec l’autorité).
- Sur la photo, vous n’avez pas de barbe, et là vous en avez une… (Elle précise sa pensée)
- Une barbe, vous exagérez, quelques poils, tout au plus.
- Et pourquoi vous avez une barbe, maintenant ?
- Sans doute parce que je me suis pas rasé.
- Vous êtes religieux ?
- Euhh… Normal, normal.
Zakaria Boualem quitte avec regret la policière en se demandant ce que ça veut dire ”être religieux”. Il sait ce que signifie être musulman, bouddhiste, juif ou athée. Mais religieux… Il quitte l’aéroport à bord d’un taxi d’un jaune éclatant, une volkswagen golf dernier cri, sans doute une des manifestations les plus éclatantes des victoires du libéralisme en Tunisie, et se rend dignement vers son hôtel.

 
 
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