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Par Hassan Hamdani
Photos. Le Maroc à contre-jour
| Cest en février 2006 que le photographe Jean-Claude Laffitte publie Le Maroc à contre-jour, qui présente une sélection de ses uvres. Entre collage numérique, association d'images et peinture photographique, il dresse un portrait à contre-courant du plus beau pays du monde. |
| Sqala d'Essaouira. Août 1990. Jean Claude Laffitte passe par l'ancienne Mogador, de retour d'un périple dans le sud du Maroc. Au milieu de l'agitation touristique, ce moment de quiétude en contraste. J'ai tourné la tête et aperçu cette petite fille qui regardait paisiblement la mer. Réflexe d'ancien reporter oblige, Jean Claude Laffitte capte cet instant à la volée. J'y retrouve encore aujourd'hui mon émotion première, mais 15 ans après je n'ai plus la même naïveté. Le choix d'un extrait de La vie volée de Mahmoud Darwich, en accompagnement du cliché, marque une prise de conscience chez lui. Le présent de cette jeune fille, devenue femme, n'est pas rose. |
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| Meknès. Août 1986. Cet arbre sur ce mur blanc était posé comme sur de la toile cirée très lumineuse. Des enfants marchant dans la rue sont entrés dans le cadre au moment de la photo. C'est l'exemple même de l'incident photographique, principe de tous les clichés non posés. L'incident se révèle heureux puisque les ombres chinoises de ces enfants viennent équilibrer la composition géométrique (répondant à la sacro-sainte règle du nombre d'or) et le jeu entre ombre et lumière. |
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| Kénitra : 2000, L'immeuble était l'un des premiers à être construits dans la ville haute de Kénitra. Ce mélange entre végétaux et bois de charpente m'a tout de suite évoqué une jungle, avec une précision du détail proche de l'estampe japonaise. Le photographe, qui passait quotidiennement devant l'immeuble jungle, armé à l'époque d'un appareil photo en permanence, a cependant patienté plus d'un mois avant de prendre le cliché. Je me suis accordé un temps de réflexion le temps de trouver l'angle et la lumière adéquats. |
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| Marché de Guelmin et route Casa-El Jadida. Janvier 1999. Le lien entre les deux photos ne m'est apparu qu'au développement. Elles se reflètent l'une dans l'autre comme dans un miroir. D'un côté, l'arbre mort surplombé de cigognes, symboles de vie. De l'autre, des poulets éviscérés surplombant des palmiers regorgeant de sève. En accompagnement du cliché, Jean-Claude Laffitte a choisi un extrait de Des pruneaux dans le tagine de Jean Pierre Koffel. Ce texte montre bien la relativité du sens des images. On peut tout leur faire dire et son contraire. |
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| Kénitra. 2004. Cette photo toile est née d'une des premières collaborations entre Jean-Claude Laffitte et le plasticien Mohamed Bennani. Il m'avait demandé de photographier ses toiles pour son catalogue. Nous en sommes venus à collaborer sur le plan artistique. Sur cette photo, j'ai rajouté grâce au numérique des fragments d'une de ses toiles abstraites. L'ensemble est très tellurique. Aujourd'hui, Jean-Claude Laffitte va plus loin, puisqu'il imbrique de façon encore plus intime toiles du peintre et éléments photo. |
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| Salé. J'ai pris cette photo depuis le train, d'où ce mouvement qui accentue les trois plans du cliché. Puis, je l'ai colorisée à l'aide d'un ordinateur. L'entrée de Salé, d'une tristesse épouvantable, s'est muée en barrio cubain gai grâce à un code couleur exotique, tandis que le pixel se transforme en matière picturale. C'est vers ça que je tends désormais. Mes travaux les plus récents sont de plus en plus à la lisière entre peinture et photographie. |
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| Asilah. J'ai réorganisé l'espace en trois couleurs, collant en arrière plan la mer, une vue d'Asilah au centre et un détail d'une porte de la médina au premier plan. Avec ce montage photo sur Asilah, Jean-Pierre Laffitte explore un territoire imaginaire, celui de son enfance baignée dans les récits de voyages et les films de corsaires et de pirates. L'ancienne cité portugaise, une fois retravaillée à l'ordinateur, a des faux airs de Carthagène avant un assaut pirate. |
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| Kénitra. C'est le sang de menstrues, pas celui d'une défloration. La correspondance entre la photo du haut, bâton planté dans un trou béant et calciné, et le sang du drap, similaire à une toute première fois, n'est venue que plus tard. Je suis très influencé par la théorie des correspondances chère à Baudelaire. Je cherche l'harmonie entre sensations, ambiances et objets. |
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| Meknès. 2000. C'est l'une de mes photos préférées précise J.C Laffitte qui utilise ici, pour la première fois, la technique du collage numérique. L'auteur, qui a reçu une éducation cartésienne, se dit subjugué par tout ce qui touche à la magie et à la sorcellerie. Il y a une atmosphère de mystère dans ces ruelles proches du mausolée de Moulay Ismaïl. Au centre, un djinn en pelote de laine, matériau utilisé pendant le moussem, couvre le corps d'une jeune fille de dos. Il ne reste d'elle que cette main amicale qui taquine le dos de sa camarade. |
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Histoire d'un beau livre.
Louvrage de Jean-Claude Laffitte, Le Maroc à contre-jour, dont les photos ci-contre sont tirées, est né d'une rencontre en 2003 avec l'écrivain Jean-Pierre Koffel, un Kénitri comme lui. Les photos de Laffitte, prises entre 1986 et 2004, clichés argentiques ou montages numériques, accrochent l'il de Koffel qui le présente à Rochdi Chraïbi des éditions Marsam. Ce dernier désire publier les photos de Laffitte mais lui conseille de choisir des textes d'accompagnement. Je n'ai pas voulu d'un texte qui ne soit qu'un simple commentaire explicatif de mes photos, précise Jean-Claude Laffitte. Ce dernier a voulu plutôt privilégier le jeu de miroirs entre mots et images, idée déjà présente dans nombre de ses photos, grâce à des auteurs parlant du Maroc. Jean-Pierre Koffel lui ouvre alors sa bibliothèque encyclopédique, durant tout l'été 2004, et le guide dans le choix des textes. Les extraits, entre autres, de Pierre Loti, Abdellah Taïa, Mohamed Choukri ou Anaïs Nin, sont un écho aux images de Laffitte qui affirme rechercher une harmonie baudelairienne, grâce au jeu des correspondances entre mots, sons, objets, sensations et impressions. |
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Jean-Claude Laffitte en mots.
La cinquantaine à peine entamée, Jean-Claude Laffitte a enfin trouvé sa voie, après un parcours qui l'a mené du journalisme photo aux cimaises des expos. Ancien reporter à l'agence VIVA, il quitte cette dernière en 1982. Le secteur était en crise, il n'y avait plus de place pour les beaux reportages photo. Il tâte alors de la presse régionale, traînant ses appareils et sa plume, quinze ans durant, entre publications institutionnelles et administrations locales. C'était de l'alimentaire. En 1997, il envoie à nouveau tout balader pour se consacrer entièrement à la photo. Après quelques expositions parisiennes, Jean Claude Laffitte est invité dans le cadre du Temps du Maroc en France en 1999. L'exposition, intitulée Mektoub, rassemble pour la première fois les photos, en noir et blanc, qu'il a prises au Maroc entre 1986, date de ses premiers clichés marocains, et 1999. En 2001, Jean-Claude Laffitte découvre le champ des possibles de la photo numérique et donne à voir quelques unes de ces possibilités, lors de l'exposition Maroc, de l'ombre à la lumière, en 2001 pendant le festival gnaoua d'Essaouira. Aujourd'hui, Jean-Claude Laffitte ne travaille plus qu'en numérique et collabore avec le plasticien Mohamed Bennani qui a peint quelques toiles inspirées de ses photos. Il a aussi entamé un travail en commun avec le peintre Nabili. |
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