Lautre, cest lui
Mohammed VI ne cesse dinscrire son règne dans la continuité de celui de son vénéré père quand bien même le contraire est évident.
Si vous pouviez méviter les comparaisons avec mon père, je vous en saurais gré. Cest en ces termes courtois mais fermes que Mohammed VI sadressait, moins de deux mois après son intronisation, à un grand journaliste français de passage à Rabat (en privé, évidemment). Lexpression à la mode, à lépoque, était lui cest lui, et moi cest moi. Le nouveau roi en a donné la preuve, depuis, sur un certain nombre de dossiers-clés. |
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Les droits des femmes, dabord. Hassan II, qui se définissait comme le premier fondamentaliste du royaume, na rien cédé aux féministes, ou alors des broutilles pour donner le change. Tout en continuant à se référer à lislam, le fils a pris le total contre-pied du père, en opérant une réforme radicale de la Moudawana au nom dune lecture très moderne des textes sacrés. La revendication identitaire amazighe, ensuite, a beaucoup plus avancé en 6 ans de règne du fils quen 38 ans de règne du père. Vécue sous le régime précédent comme un facteur de division, lidentité amazighe du royaume est aujourdhui hautement consensuelle. Autre dossier-clé, celui des droits de lhomme, considéré clos par Hassan II dès le début des années 90. Depuis que son fils a lancé la dynamique IER, on sait à quel point tout restait à faire et à quel point cest loin dêtre fini, aujourdhui encore
Etrange, pourtant : sur ces trois grands chantiers comme sur bien dautres, Mohammed VI ne cesse, publiquement, de sinscrire dans la continuité de luvre glorieuse de son vénéré père quand bien même le contraire est évident. Pourquoi ? Est-ce thèse classique la nécessité politique de donner des gages aux tenants de lancienne garde qui demeurent toujours en poste ? Cela pouvait se concevoir pendant ses premiers mois, voire ses premières années de règne. Mais cela ne rime plus à rien, aujourdhui. Des hommes forts de Hassan II, il ne reste plus, après sept ans de savant effeuillage, que les (plutôt isolés) généraux Benslimane et Bennani. Des militaires guère portés sur la chose politique et qui aimeraient bien, en fait, quon les laisse prendre leur retraite en paix. On les imagine très mal battre le rappel des nostalgiques du hassanisme pour fomenter quelque mauvais coup
Non, décidément, ce prétexte ne tient pas.
Est-ce la volonté de ne pas déstabiliser les Marocains entendons le peuple, assommé par 38 ans de propagande visant à faire de Hassan II une sorte de Dieu dont la critique serait sacrilège ? Non plus. Certes, les Marocains, profondément imprégnés de culture patriarcale, ne comprendraient pas quun fils, fût-il roi, tue son père. Mais personne ne demande à Mohammed VI de le faire. Il lui suffirait simplement de ne plus le citer, et de se positionner comme un homme de changement. En terme dimage, ce serait très payant. En même temps, la statue du père serait déboulonnée en douceur sans que personne, même parmi les plus conservateurs, ny trouve rien à redire
Rien à faire, pourtant : la continuité continue à faire office de dogme suprême. Peut-être bien, finalement, que lexplication est dordre psychologique. Il nest pas facile dêtre le fils dune personnalité aussi forte que Hassan II ; il lest encore moins de sen affranchir, même sept ans après sa mort. Cest comme si lombre du père, terrifiante, planait encore sur les épaules du fils. Depuis le 23 juillet 1999, beaucoup de verrous ont sauté, pour le plus grand bien de ce pays. Il en reste encore un, dordre intime et filial, celui-là. Peut-être, finalement, est-il plus déterminant que tous les autres... |