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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“RSF donne un sens à ma vie”

Antécédents
Robert Ménard
Secrétaire Général de RSF. (AFP)

1953. Naissance à Oran.
1962. Rentre en France avec sa famille.
1970. Renvoyé du collège religieux.
1974. Licence en philosophie, Montpellier.
1979. Journaliste au petit biterrois à Béziers, France.
1983. Journaliste à Radio France, Montpellier.
1985. Création de Reporters sans frontières (RSF).
1987. SG de RSF.
Smyet Bak ?
Emile Ménard.

Smyet mok ?
Roberte Carriere.

Nimirou d’la carte ?
Je vous donne mon numéro de passeport, 03 VH 18394.

Vous partez où cette fois ?
Demain, je vais au Tibet. Des moines qui font de la presse y sont emprisonnés.

Pourquoi pas ! … Dites moi, pour la fonction, je mets journaliste ou protestataire ?
Mettez plutôt militant professionnel. Quand j’arrive dans votre pays, j’écris que je suis journaliste. Mais aujourd’hui, je réponds plus à des questions que je n’en pose.

Qu’est-ce qui vous a décidé, après seulement six ans dans la presse locale, à laisser tomber le journalisme et faire de la défense de la liberté de la presse votre gagne-pain ?
Ce sont deux choses distinctes. En 1985, je travaillais dans une émission interactive sur Radio France, où les auditeurs critiquaient le peu d’intérêt qu’accordent les journalistes à certains coins du monde. Ainsi est venue l’idée de la création de RSF. Envoyer des reporters dans le monde entier et couvrir ce qui s’y passe. Mais les médias n’étaient pas friands de ce genre de reportages. C’est alors qu’en 1989, RSF est devenue l’organisation que vous connaissez aujourd’hui. J’ai toujours été militant et toujours considéré le journalisme comme une manière de changer le monde. RSF me permet de réunir ces deux passions et c’est ce qui m’a décidé à en faire mon gagne-pain.

Et à ne plus quitter la présidence de l’organisation...
Je m’y sens bien. RSF donne un sens à ma vie. J’ai été réélu le mois dernier à la tête de l’organisation.

Combien êtes-vous à RSF ?
RSF emploie entre 30 et 35 personnes à plein temps, 120 pigistes tous rémunérés et de milliers de bénévoles presque partout. Car il y a des pays où nous sommes interdits comme la Corée du nord ou la Tunisie.

Vous avez récemment invité des journalistes marocains à une conférence de presse intitulée : “L’état de la liberté de la presse au Maroc”. Franchement, vous ne trouvez pas ça prétentieux ?
Vu comme ça, ça peut effectivement paraître arrogant. Mais on fait comme ça partout où on va. C’est une manière de discuter de ce qui va et ce qui ne va pas dans un pays. C’est la meilleure manière d’aider les gens qui se battent pour la liberté d’expression. Tout le monde sait que RSF est un outil utile dans le combat pour la liberté de la presse.

On ne savait pas qu’il vous suffisait de rencontrer quelques responsables marocains pour mettre de l’eau dans votre vin…
Ce n’est pas lié à ça. Si vous saviez le nombre de gens que je vois sans que ça ne change rien à mes positions ! Je crois que beaucoup de choses ont changé au Maroc avant notre réception. Je peux être très désagréable, mais là, je n’avais pas à l’être.

Qu’est-ce que ça vous a apporté finalement, un peu plus de prestige pour votre organisation ?
Un peu plus d’efficacité, j’espère. Les responsables d’un pays ont tout à gagner en discutant avec des organisations comme RSF, Amnesty...

Lors de votre conférence de presse, vous avez continué à parler de l’existence de tabous comme le Sahara ou le roi. C’est à se demander si les journaux marocains vous parviennent à Paris…
Cela change. Des médias, arabophones et francophones font reculer les limites, c’est indéniable mais ce n’est pas le cas de tous les médias. Quand vous traitez des sujets délicats, vous pouvez à tout moment avoir des ennuis avec les autorités, en vertu du Code de la presse. Le danger est là.

Vous êtes reçu officiellement par des responsables, publiez des classements qui fâchent plusieurs gouvernements, demandez au roi de donner des interviews aux journaux marocains… Le pouvoir vous monte à la tête ?
Je suis dans mon rôle : peser sur un pays pour faire avancer la liberté de la presse. On ne se prend pas au sérieux, mais on prend au sérieux notre mission.

Que deviendriez-vous sans RSF ?
Je ne sais pas. J’ai été apiculteur avant d’être journaliste. J’y reviendrai peut-être. Les abeilles sont moins méchantes que les hommes.

 
 
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