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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri,
correspondante au Moyen-Orient

3 ans après Saddam. Le casse-tête irakien

(AFP)

Trois ans après le déclenchement de la guerre et la chute de Saddam, l'Irak est en plein chaos. Quelles sont les parties en présence ? Quelques explications pour démêler l'écheveau.


Déjà chaotique, la situation en Irak ne fait qu'empirer depuis le 22 février. Ce jour-là, le dynamitage du mausolée de Samarra, l'un des lieux saints chiites les plus sacrés, a mis le feu aux poudres. Commence alors une longue série de représailles anti-sunnites et anti-chiites, transformant le conflit mené par des “rebelles” essentiellement sunnites en des violences sectaires et confessionnelles. Tous les
ingrédients sont réunis pour parler de guerre civile, y compris l'instabilité du pouvoir : quatre mois après les élections législatives, les clivages politiques sapent toute tentative de former un gouvernement d'union nationale. Principal problème aujourd'hui: la fonction de premier ministre. Les leaders chiites de l'Alliance unifiée irakienne (AUI), qui disposent du groupe le plus important au Parlement, avec 128 députés sur 275, peinent à tomber d'accord sur le nom d'un premier ministre après la contestation de la candidature du chef de gouvernement sortant, Ibrahim Jaafari, par les Kurdes, les sunnites et même une frange de son propre camp. Mais que veulent vraiment les différents groupes politiques ?

Chiites : le pouvoir après l'exclusion
Majoritaires dans la population irakienne, à près de 65% et principalement établis dans le sud du pays, les chiites veulent avant tout profiter de leur pouvoir tout neuf. Longtemps opprimés au profit des sunnites, ils connaissent la marginalisation puis la répression dans les années 1970 avec la montée en puissance du clan sunnite des Tikriti de Saddam Hussein. Une fois arrivé au pouvoir, ce dernier s'en prend, entre autres, aux chiites : interdiction de célébrer certaines fêtes religieuses, comme l'Achoura, le deuil chiite le plus important, et persécution des leaders religieux. C'est dire si l'arrivée au pouvoir des chiites aujourd'hui, après leur victoire aux élections générales de janvier 2005 puis aux législatives du 15 décembre, est une rupture dans l'histoire du pays.

Ce n'est pas pour autant que les chiites forment un bloc uni. Le gouvernement irakien, dominé par un courant religieux majoritaire fidèle au grand ayatollah Ali Sistani, plaide pour le maintien des forces étrangères. Le chef Moqtada Sadr, lui, dont les troupes ont mené en 2004 une rébellion contre les troupes de la coalition internationale, est un farouche opposant à la présence des Américains dans son pays.

Les sunnites cherchent leur place
Après avoir longtemps bénéficié d'un traitement de faveur sous Saddam, les sunnites, majoritaires en islam mais minoritaires en Irak, ont perdu leurs privilèges après l'invasion américaine. Alors que l'ancien dictateur leur réservait généralement les postes de pouvoir et qu'ils formaient l'essentiel des cadres supérieurs de l'armée, de la police et du parti Baas, ils sont aujourd'hui relégués au troisième rang des forces politiques, les Américains ayant misé sur la formation d'un leadership kurde et chiite, sans compter qu'ils sont sous-représentés à l'Assemblée puisqu'ils ont boycotté les élections de 2005. Ils se sentent par ailleurs visés par les nombreuses opérations et interpellations menées par les forces irakiennes et américaines, l'insurrection contre ces derniers étant essentiellement menée par des sunnites.

Kurdes : la sortie du tunnel
Lors de l'invasion de 2003, les Kurdes s'allient aux troupes américaines pour renverser Saddam, dans l'espoir de sortir de la période noire dans laquelle le régime baasiste les a plongés. Victime d'un génocide sous le régime de l'ancien raïs, la communauté kurde se retrouve pour la première fois de l'histoire moderne du pays à la tête de l'Etat irakien, avec l'élection à la présidence de Jalal Talabani. Anciens martyrs, les Kurdes sont désormais devenus une force incontournable sur la scène politique irakienne. Ils ont refusé de céder sur leurs revendications, comme le caractère fédéral de l'Irak qui leur permettrait, un jour, d'accéder à l'autodétermination. Ecartelés entre quatre pays (Irak, Turquie, Syrie, Iran), ils sont considérés comme une constante menace à l'intégrité territoriale des pays que traverse le Kurdistan, depuis qu'ils revendiquent la création d'un Etat avec une culture, une histoire et un langage communs.

Rebelles et insurgés, en majorité sunnites
Difficiles à identifier et à comptabiliser, ils mènent une guerre d'usure contre les forces irakiennes et celles de la coalition. D'après l'ONG International Crisis Group (ICG), qui a passé au crible les moyens de communication des différents groupes rebelles pour tenter de les cerner à travers leur propre discours, la “rébellion” sunnite (“insurgence”, en anglais, comme l'ont baptisée les Américains) est dominée par quelques grands groupes à la communication efficace et sophistiquée. Contrairement à ses débuts, où il s'agissait de petites formations fragmentées, l'insurrection est aujourd'hui menée par des groupes bien organisés, qui produisent régulièrement des communiqués et s'adaptent aux développements politiques. Mais s'ils semblent soucieux de leur image et de l'opinion publique, il n'apparaissent pas pour autant prêts à rejoindre le jeu politique ou à négocier avec les Américains. Le plus inquiétant, d'après ICG, c'est qu'ils sont de plus en plus assurés de leur victoire.

Quelle stratégie pour les Etats-Unis ?
Face à des critiques croissantes et à une situation de plus en plus explosive, les Etats-Unis semblent avoir entamé un changement de stratégie, la leur n'étant plus adaptée à la réalité irakienne. “Il y avait une stratégie en place contre les insurgés. Mais pour autant qu'on puisse juger, il n'y en a pas pour faire face à une guerre civile”, affirme à l'AFP Andrew Bacevich, un ancien officier expert des questions militaires à l'université de Boston. “Il y a un changement dans la stratégie américaine et une plus grande compréhension depuis l'arrivée de l'ambassadeur Zalmay Khalilzad” en Irak, renchérit Saleh Motlak, chef du Front irakien pour le dialogue national (11 sièges sur les 275 du Parlement). Les Etats-Unis ne peuvent en tout cas pas se permettre de quitter l'Irak tout de suite. Aussi semblent-ils revenir sur leur “favoritisme” envers les Kurdes et les chiites, courtisant les sunnites en disant, par la bouche de leur ambassadeur à Bagdad, que les forces américaines allaient se retirer d'Irak et n'y garder aucune base militaire permanente.



Déclaration intempestive. Moubarak ou la discorde

À la veille d'une réunion sur l'Irak au Caire, prévue au niveau des ministres des Affaires étrangères et destinée à “examiner la situation interne dangereuse” irakienne à “appeler tous les Irakiens à mettre un terme aux violences”, Hosni Moubarak n'a pas trouvé mieux que de lâcher une bombe, disant tout haut ce que beaucoup de dirigeants arabes pensent tout bas. Le président égyptien a déclaré sur la chaîne Al Arabiya que les chiites d'Irak, comme tous les chiites du monde arabe, étaient en général plus loyaux à l'Iran qu'aux pays arabes dans lesquels ils résident, provoquant colère et consternation chez les leaders chiites. Surtout, Moubarak n'a pas hésité à parler de “guerre civile” pour qualifier ce qui se passe aujourd'hui en Irak, affirmant qu'il ne voit pas vraiment de solution au problème irakien… L'idée d'une partition de l'Irak serait-elle en train de faire son chemin ?

 
 
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