Zakaria Boualem découvre le Tunisie
et plus le temps passe, plus il aime son pays.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Pour les lecteurs irréguliers, rappelons que notre héros se trouve en Tunisie pour des raisons professionnelles. Je tiens à signaler que cest la dernière fois que jeffectue des rappels à lattention des lecteurs accidentels. Cest vrai quoi, vous navez quà acheter TelQuel chaque semaine, ou même en acheter deux, comme ça, Zakaria Boualem, qui est salarié comme sujet permanent peut changer de voiture. En plus, ça évitera davoir à rappeler chaque semaine des évidences comme il est Guercifi, il est susceptible, il est de mauvaise foi, il a failli avoir un bon salaire et la coupe du monde 2010 et du coup il est un peu négatif, etc
On gagnerait donc du temps et de largent. Et merci.
En une semaine de Tunisie intensive, disions-nous, notre homme, Zakaria Boualem est passé par plusieurs phases que lon peut sans la moindre hésitation schématiser
comme suit :
Phase 1 : le ravissement
Ca na pas duré très longtemps mais il est incontestable quen se promenant dans la ville de Tunis, notre homme a été frappé de constater un certain nombre déléments qui font la publicité du modèle tunisien. En vrac, les rues sont plus propres, plus mixtes aussi, les voitures sont plus neuves, les mendiants plus discrets, les dragueurs aussi. Les grands taxis tunisiens sont des minibus, ne sarrêtent quaux stations, affichent leur prix et paient lautoroute. Il faudrait être de mauvaise foi pour le nier : le Tunisien de la rue, globalement, a lair |
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davoir moins de problèmes que son homologue marocain pour achever de payer son crédit haouli 2001, surtout depuis quil sest cumulé avec son frère jumeau haouli 2002 et toute sa descendance (dont je vous laisse deviner les petits noms).
Phase 2 : le malaise
Comment vous expliquer ? ça commence avec des petits détails. Un taximan désagréable, puis deux, puis tous. Le réceptionniste de lhôtel qui désire savoir exactement ce que vous êtes venu faire en Tunisie. Cette équipe de moustachus costumés qui, dans le hall, vous dévisagent lourdement. Ce type qui surveille lascenseur sans jamais répondre aux bonjour des clients. Cette impression très nette que non seulement on vous surveille, mais quen plus on veut que vous en soyez conscients. Cette morosité généralisée. Cette presse unanime, monolithique, qui continue encore de refuser de relayer la moindre mauvaise nouvelle si elle concerne un service public
Si Le Matin du Sahara était tunisien, il serait sans doute considéré comme dangereusement subversif, presque punk en fait. Cette difficulté à rencontrer une identité tunisienne véritable. De la musique tunisienne ? Une cuisine locale ? Des vêtements traditionnels ? Rare, très rare
Zakaria Boualem a limpression de se balader dans un pays maghrébin de contrefaçon.
Phase 3 : lamour du pays
Plus le temps passe, plus Zakaria Boualem aime son pays. Coincé dans un hôtel furieusement années 80 pompeusement qualifié de 5 étoiles, il déprime en Tunisie. Oui, il y a un bien-être social mais naaaaaaaari, ça donne vraiment pas envie. Ce qui lui semble insupportable, cest cette théorie qui explique que le bien-être social est justement dû à laspect sécuritaire du système. Que tant quon bouffe correctement, il faut sestimer heureux et ne pas trop louvrir. Cest une théorie largement partagée, surtout chez ceux qui nhabitent pas en Tunisie. Pour Zakaria Boualem, le droit douvrir sa gueule est unique et indivisible : il peut être exercé pour manger ou pour grogner après le système. Cest un même bloc. Dans lavion du retour, Zakaria Boualem se dit quil aura bien du mal à convaincre ses potes que le Maroc, côté démocratie, est en avance sur au moins un pays dans le monde. Habitué à gémir, à revendiquer, il naurait jamais pensé en arriver à une situation aussi surprenante que celle dattendre avec impatience de se retrouver
face à un douanier marocain. |