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N° 221
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem découvre le Tunisie… et plus le temps passe, plus il aime son pays.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Pour les lecteurs irréguliers, rappelons que notre héros se trouve en Tunisie pour des raisons professionnelles. Je tiens à signaler que c’est la dernière fois que j’effectue des rappels à l’attention des lecteurs accidentels. C’est vrai quoi, vous n’avez qu’à acheter TelQuel chaque semaine, ou même en acheter deux, comme ça, Zakaria Boualem, qui est salarié comme “sujet permanent” peut changer de voiture. En plus, ça évitera d’avoir à rappeler chaque semaine des évidences comme “il est Guercifi, il est susceptible, il est de mauvaise foi, il a failli avoir un bon salaire et la coupe du monde 2010 et du coup il est un peu négatif, etc…” On gagnerait donc du temps et de l’argent. Et merci.
En une semaine de Tunisie intensive, disions-nous, notre homme, Zakaria Boualem est passé par plusieurs phases que l’on peut sans la moindre hésitation schématiser
comme suit :

Phase 1 : le ravissement
Ca n’a pas duré très longtemps mais il est incontestable qu’en se promenant dans la ville de Tunis, notre homme a été frappé de constater un certain nombre d’éléments qui font la publicité du “modèle tunisien”. En vrac, les rues sont plus propres, plus mixtes aussi, les voitures sont plus neuves, les mendiants plus discrets, les dragueurs aussi. Les grands taxis tunisiens sont des minibus, ne s’arrêtent qu’aux stations, affichent leur prix et paient l’autoroute. Il faudrait être de mauvaise foi pour le nier : le Tunisien de la rue, globalement, a l’air
d’avoir moins de problèmes que son homologue marocain pour achever de payer son crédit “haouli 2001”, surtout depuis qu’il s’est cumulé avec son frère jumeau “haouli 2002” et toute sa descendance (dont je vous laisse deviner les petits noms).

Phase 2 : le malaise
Comment vous expliquer ? ça commence avec des petits détails. Un taximan désagréable, puis deux, puis tous. Le réceptionniste de l’hôtel qui désire savoir exactement ce que vous êtes venu faire en Tunisie. Cette équipe de moustachus costumés qui, dans le hall, vous dévisagent lourdement. Ce type qui surveille l’ascenseur sans jamais répondre aux “bonjour” des clients. Cette impression très nette que non seulement on vous surveille, mais qu’en plus on veut que vous en soyez conscients. Cette morosité généralisée. Cette presse unanime, monolithique, qui continue encore de refuser de relayer la moindre mauvaise nouvelle si elle concerne un service public… Si Le Matin du Sahara était tunisien, il serait sans doute considéré comme dangereusement subversif, presque punk en fait. Cette difficulté à rencontrer une identité tunisienne véritable. De la musique tunisienne ? Une cuisine locale ? Des vêtements traditionnels ? Rare, très rare… Zakaria Boualem a l’impression de se balader dans un pays maghrébin de contrefaçon.

Phase 3 : l’amour du pays
Plus le temps passe, plus Zakaria Boualem aime son pays. Coincé dans un hôtel furieusement années 80 pompeusement qualifié de 5 étoiles, il déprime en Tunisie. Oui, il y a un bien-être social mais naaaaaaaari, ça donne vraiment pas envie. Ce qui lui semble insupportable, c’est cette théorie qui explique que le bien-être social est justement dû à l’aspect sécuritaire du système. Que tant qu’on bouffe correctement, il faut s’estimer heureux et ne pas trop l’ouvrir. C’est une théorie largement partagée, surtout chez ceux qui n’habitent pas en Tunisie. Pour Zakaria Boualem, le droit d’ouvrir sa gueule est unique et indivisible : il peut être exercé pour manger ou pour grogner après le système. C’est un même bloc. Dans l’avion du retour, Zakaria Boualem se dit qu’il aura bien du mal à convaincre ses potes que le Maroc, côté démocratie, est en avance sur au moins un pays dans le monde. Habitué à gémir, à revendiquer, il n’aurait jamais pensé en arriver à une situation aussi surprenante que celle d’attendre avec impatience de se retrouver… face à un douanier marocain.

 
 
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