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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Industrie et services. Décollerons nous, enfin ?

L’aéronautique, un “levier de
croissance” (DR)

Etablie par le cabinet McKinsey et baptisée “Plan Emergence”, la stratégie industrielle du Maroc est lancée sur le terrain. Mais elle n'avance pas partout au même rythme. Etat des lieux.


Un an après la mise en place de la stratégie Emergence, le ministre de tutelle, Salaheddine Mezouar se veut confiant. Dans l'offshoring, l'aéronautique et l'artisanat, la cadence est effectivement rapide. Seul hic, l'agroalimentaire où la stratégie bat de l'aile.

L'offshoring. Les offres Maroc à partir de septembre
Concrètement, l'offshoring consiste en la mise en place de structures
d'accueil pour attirer les marchés de la sous-traitance dans le domaine des services. Il s'agit de capter une bonne partie des mouvements d'externalisation dans les banques, les assurances et les sociétés spécialisées dans l'informatique. Pour des raisons de coûts, ces secteurs se débarrassent, par exemple, de tout ce qui est administratif (back- office) en le transmettant à des plates-formes équipées en hot line et disposant de ressources humaines qualifiées. La stratégie Emergence promet, grâce à cette filière, d'augmenter le PIB de 15,2 milliards de dirhams à l'horizon 2013 et de créer 91 000 nouveaux emplois directs. Il est vrai que les objectifs sont étalés sur 10 ans (2003-2013), il n'en demeure pas moins que, selon les recommandations du cabinet McKinsey, les cinq premières années sont critiques. Pendant cette période, il faut créer des “zones intelligentes”, former les ressources humaines et mettre en place un package capable d'attirer les donneurs d'ordre et investisseurs. “Sur ce chapitre nous sommes très avancés par rapport au schéma initial”, précise Salaheddine Mezouar, ministre du Commerce de l'Industrie et de la Mise à niveau.

Concrètement, Casablanca abrite actuellement les travaux de construction de CasaShore, la première zone offshoring du pays, avec un investissement de 1,7 milliard de dirhams, dont 25 millions pour le foncier et 175 millions pour l'aménagement. C'est la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) qui s'en charge à travers sa filiale MHV. Des partenaires étrangers, ayant une grande expérience dans ce domaine à l'instar de l'indien Tata, sont intéressés par cette plate-forme et peuvent, si les négociations aboutissent, rejoindre le tour de table de la société gérant la zone.

Côté formation, la zone disposera d'un grand établissement dédié aux nouveaux métiers des technologies de l'information et à ceux de l'offshoring, dont les travaux ont été lancés le 22 décembre 2005. Il sera édifié sur 12 000 m2 et relèvera de l'Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT). Son coût global avoisine les 47 millions de dirhams et sa capacité d'accueil sera de 3.000 étudiants. Parallèlement à cela, les promoteurs du projet, notamment la CDG, la ville de Casablanca et le MCI, planchent actuellement sur la définition du package qui sera à la base de la stratégie commerciale de CasaShore. Il s'agit de l'étude des coûts, notamment de la location d'espaces et des ressources humaines, des avantages inclus dans l'offre de CasaShore. “En principe, le package sera validé d'ici fin avril et sera accompagné par une grande campagne de communication dans les pays- cibles”, promet Mezouar.

Zones industrielles. Nouaceur ouvre le bal
Dans le segment industriel, “Emergence” table sur la création de grandes zones spécialisées et gérées de manière autonome sous forme de sociétés, associations ou groupements d'intérêt économique (GIE). Trois secteurs ont été identifiés comme leviers de croissance et peuvent donc disposer de ces maquiladoras : l'aéronautique, l'automobile et l'électronique. Une précision s'impose d'ores et déjà. Le plan Emergence ne comptait que l'automobile et l'électronique parmi les secteurs-phares pour le positionnement du Maroc. Selon ses prévisions, la mise en place de cette stratégie bi-sectorielle drainera 12 milliards de dirhams en apport direct au PIB et créera 54 000 emplois directs d'ici 2013. Mais le boom que connaît le secteur aéronautique et la vague de délocalisations vers le Maroc, ont encouragé les instigateurs d' Emergence à l'intégrer dans la stratégie industrielle du pays. D'ailleurs, la technopole de Nouaceur, dédiée exclusivement à l'aéronautique sera la première maquiladora du pays. Le projet est piloté par l'ONDA (Office national des aéroports) qui s'active actuellement, en concertation avec le MCI, à développer des services pour les entreprises (restauration, formation, hôtellerie…) qui souhaitent s'y installer. “L'idée est de capitaliser sur notre expérience dans ce domaine. Nous avons sur place pratiquement tous les grands sous-traitants du secteur aéronautique, l'idéal est de faire en sorte que ces derniers attirent leurs propres sous-traitants pour une intégration globale”, explique Mezouar. Ce pari est tenable, preuve en est l'installation récente d'une nouvelle unité de fabrication de pièces en matériaux composites et d'assemblage de composants pour les réacteurs d'avions d'Airbus, du Brésilien, Embraer et du Canadien, Bombardier. Le géant mondial Safran, contrôlant les intérêts du groupe français Aircelle, est derrière cet investissement de 190 millions de dirhams étalé sur la période 2006-2009. Si la demande suit, ce dernier opérera une extension et incitera, pour des raisons de coûts et de savoir-faire, ses partenaires à s'installer à Nouaceur.

Les secteurs de l'automobile et de l'électronique suivront le même schéma et auront leur propre maquiladora. Il s'agit de capter, pour les cinq années à venir, les délocalisations vers le sud en mettant en place des zones industrielles de nouvelle génération. Le site du futur port Tanger-Med a été identifié comme stratégique pour les deux segments et verra incessamment l'officialisation des toutes premières maquiladoras. La seule inconnue dans l'équation est l'organisme gestionnaire. Jusqu'à maintenant, on ne sait pas encore qui prendra en charge l'investissement pour l'aménagement de ces sites ni leur futur
gestionnaire.

L'artisanat. Les meneurs connus en septembre
Le chantier de l'artisanat suit une cadence forcée. Dès l'annonce de la stratégie “Emergence” en mars 2005, Adil Douiri, s'est mis au travail pour l'élaboration d'une stratégie sectorielle. Octobre de la même année, le plan d'action était prêt. Le chantier est actuellement dans sa phase de concrétisation. Pour rappel, Emergence attribue à l'artisanat un apport au PIB de 3,4 milliards de dirhams et la création de 23 000 emplois directs. L'enjeu mérite qu'on s'y mette.

La stratégie de Douiri repose sur l'émergence d'opérateurs de taille critique, c'est ce que la Vision 2015 (le nom que porte la stratégie de l'artisanat) appelle les “acteurs-producteurs de référence”. Ces derniers seront, dès septembre prochain, sélectionnés par appel d'offres et seront tenus de présenter des offres industrielles et commerciales en conformité avec la vision 2015. Une fois la sélection effectuée, un contrat liant l'Etat, l'opérateur et le réseau de distribution sera signé, précisant ainsi les obligations de résultats chiffrés, le soutien à la production et à la commercialisation par l'Etat. La force de frappe de ces opérateurs et de l'Etat, se focalisera sur deux filières jugées porteuses : les produits de décoration et la joaillerie. Les petites structures ne seront pas en reste. Grâce aux donneurs d'ordre nationaux, notamment les acteurs-producteurs de référence, les PME du secteur seront appelées à suivre la demande.



Agro et pêche. À la traîne

Sur les segments de la valorisation des produits de la mer et celui de l'agroalimentaire, Mezouar se veut rassurant. “Mon collègue (entendez Mohand Laenser, ministre de l'Agriculture et de la Pêche) en charge de ces dossiers a fait de l'excellent travail”. Difficile de le croire. Ainsi, sur le pôle de valorisation des produits de la mer, Laenser bute sur le plan d'aménagement des pêcheries, surtout pour le pélagique. Prévu initialement pour fin 2005, ce plan est toujours en négociation. Dans l'agroalimentaire, l'idée du plan Emergence réside dans la mise à disposition du foncier agricole, l'amont au service de l'aval. A part l'opération de la concession des terres de la Sodéa et de la Sogéta qui est, “partie prenante dans le plan Emergence” selon Mezouar, ou, selon un industriel, “complètement déconnectée de ce plan”, le chantier du foncier agricole n'a pas bougé d'un iota.

 
 
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