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N° 222
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Le Sahara a toujours été autonome”

Antécédents
Abdelmajid Belghzal
Membre du GSU et du Corcas

1963. Naissance à Chtouka Azemmour.
1983. Adhère à l’organisation 23 Mars.
1993. Membre du comité central de l’OADP.
2000. Membre du comité central de la GSU.
2006. Membre du Corcas.
Smyet Bak ?
Ahmed Ben L’haj Belghzal.

Smyet mok ?
Ma mère est Algérienne. Elle s’appelle Douiria Hlima Bent Mohamed El Aouni.

Nimirou d’la carte ?
M 84 828.

À quand remonte votre dernier interrogatoire ?
J’en ai eu plusieurs. Le dernier, c’était à la suite de ma mutation abusive de Boujdour vers une montagne de l’Atlas. J’étais tellement proche de Dieu ! À l’époque, j’étais présenté comme un ténor du Polisario au Sahara.

Vous avez bien tourné, dites donc. Du Polisario au Corcas, il faut le faire…
C’est dire l’ampleur de la bêtise. Je n’ai pas changé pourtant, ce sont eux qui adoptent mes théories aujourd’hui. J’ai toujours appelé au dialogue avec les Sahraouis, toujours dénoncé les abus et les atteintes à la liberté, mais à l’époque, toute voix dissonante était taxée d’indépendantisme, jusqu’au jour où le Polisario est devenu la seule alternative des jeunes de la région. Si on avait travaillé sur la formation d’un front unioniste réel, il aurait tenu face au front indépendantiste minoritaire. Pendant trente ans, l’Etat a tué toutes les institutions de médiation, à commencer par la tribu, puis les organisations politiques ou la société civile.

Vous êtes un militant gauchiste de longue date. Siéger au Corcas, c’est ce qui pouvait vous arriver de mieux ?
J’ai été désigné parce que le parti a proposé mon nom. Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais préféré agir en dehors du conseil, j’aurais eu plus de liberté de manœuvre. Les camarades du parti le voyait autrement : ils m’ont dit que jamais je n’aurais la même influence que celle que j’ai aujourd’hui à travers une organisation officielle.

Que répondez-vous à ceux qui disent que le non-Sahraoui que vous êtes n’a rien à voir dans un conseil pareil ?
Qu’ils ont tort. L’appartenance au Sahara est-elle liée à l’espace ou à la tribu ? Les opérations d’identification donnent le droit de vote à tous ceux qui résidaient sur le territoire avant 1997. J’en fais partie ainsi que tous mes enfants. Pas un Sahraoui, y compris le président du Conseil, n’a autant évoqué les problèmes du Sahara au milieu des années 80 que je l’ai fait, à travers le parti et le journal Anwal. Bien avant la presse indépendante, j’ai été l’un des premiers à discuter le tabou Sahara. Passons à la tribu maintenant. Ceux qui me connaissent bien connaissent mes origines sahraouies. C’est moi qui ai toujours refusé, jusqu’au jour d’aujourd’hui, de mettre en avant cette filiation tribale. J’ai toujours tenu à me présenter comme un citoyen marocain avant tout et à présenter ma démarche comme une action citoyenne et non tribale. N’oubliez pas que le Conseil représente les habitants, et pas seulement les Sahraouis.

Que pensez-vous de cette analyse : le Sahara est marocain mais les Sahraouis ne sont pas des Marocains ?
C’est pour cela que je parle d’union nationale et non d’union territoriale. L’union nationale permet aux Sahraouis d’être des Sahraouis et au Sahara d’être marocain. Historiquement, le Sahara a toujours été autonome. L’Etat central n’a jamais géré le quotidien de la région. Il y avait une relation spirituelle entre les habitants et le sultan. Ils avaient en commun la filiation avec le prophète.

Avec le recul, vous ne pensez pas que les organisations de gauche ont réellement servi de couverture au Polisario au Maroc ?
Le fondateur du Polisario faisait partie de cette gauche.
À l’époque, on voulait faire du Sahara un foyer de troubles pour libérer le Maroc et engager la lutte contre la monarchie. Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé mais le Sahara peut encore être un foyer de changement. L’autonomie peut être le début d’une réelle démocratisation du système qui nous permettrait de passer d’une monarchie centrale à une monarchie fédérale ou parlementaire qui règne sans gouverner. Sinon, ne croyez pas ce qu’on dit sur la gauche infiltrée par le Polisario. C’est plus simple que ça. Nous n’avons jamais fermé la porte du dialogue avec des gens que la propagande officielle considérait comme des brebis galeuses condamnées à revenir à la mère-patrie

 
 
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