PPS. Le parti qui dit non au PJD
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

PPS. Le parti qui dit non au PJD

Au centre, Moulay Ismaïl Alaoui, secrétaire général du PPS.
(AIC PRESS)

à l'occasion de leur 7ème congrès, les ex-communistes marocains sont les premiers à se prononcer officiellement “contre le PJD”. Cela pousse les autres partis de gauche à se repositionner et ouvre la voie à des alliances inattendues. 2007 commence déjà.


Moulay Ismaïl Alaoui n'est pas exactement un homme à poigne. Plutôt modéré, voire timoré aux yeux de ses adversaires, le secrétaire général du PPS n'a pourtant pas hésité à se départir de sa réserve, au moment même où son parti tient son septième congrès. “Nous n'avons
aucun complexe à nourrir vis-à-vis d'un parti au référentiel religieux mais nous disons non au PJD. Aucune alliance n'est possible avec ce parti qui cultive le double langage”. Le plus gentleman des chefs de parti marocains, éminent représentant de la gauche caviar, n'y va pas de main molle pour clouer au pilori un parti avec lequel, pourtant, il a bien noué des contacts aux premiers temps de l'Alternance. “Oui, confirme Ismaïl Alaoui, nous avions lancé des contacts avec le PJD au moment où ce parti semblait soutenir le gouvernement Youssoufi. L'initiative nous avait d'ailleurs valu une vive contestation de nos bases militantes. Nous avons compris a posteriori que nous nous étions trompés sur les intentions du PJD”. Il faut dire, aussi, que le PJD est passé entre-temps du statut de “jeune parti islamiste” à celui d'épouvantail de la classe politique, principal favori pour la course aux élections 2007.

“Non”, au nom de la démocratie
“En tirant de la sorte sur le PJD, lâche ce militant progressiste, Alaoui tape sur la table pour signifier qu'il y en a “marre” d'entendre, PJD par-ci, PJD par-là. Un sondage préparé par les républicains américains présente le PJD comme le parti gagnant des élections 2007 et personne ne bronche, les partis et les personnalités politiques préférant ne pas se prononcer. Tout se passe, en fait, comme si on nous préparait tranquillement, dans le silence, à composer d'avance avec le PJD”. Pour le PPS, ce sera non. Au sommet du parti comme à sa base, l'unanimité est réelle. “Ce n'est pas la religion qui nous pose problème, renchérit Ismaïl Alaoui, puisque nous avons de bons rapports avec un parti comme Al Badil Al Hadari (ndlr : parti islamiste issu de l'ancienne Chabiba islamiya). Le PJD, lui, ne respecte pas les règles de la démocratie. Ses dirigeants s'auto-proclament démocrates alors que ses représentants, par voie de presse ou dans la vie de tous les jours, multiplient les campagnes d'incitation à la haine. Il faut dire stop, ce n'est plus tolérable”.

Le PPS fait des jaloux à gauche
Le baroud d'honneur du PPS a un côté indiscutablement salvateur. L'ancien parti communiste marocain s'est trop amusé, depuis son entrée au gouvernement en 1998, à ouvrir ses portes à des OVNI politiques qui ont fini par porter un coup à son identité. L'exemple le plus frappant reste, bien entendu, celui de l'homme d'affaires Miloud Chaâbi, “coopté” par le PPS après son sérieux “flirt”… avec le PJD. Un calcul électoral qui s'est soldé par un échec puisque le Haj Miloud a, aujourd'hui, déserté les rangs du PPS. Remettre les pendules à l'heure et resserrer les rangs des militants, tel semble être le nouveau slogan du parti. Tant mieux. Chez les voisins socialistes de l'USFP ou du PSU, la sortie du PPS fait déjà des jaloux. Des voix se font entendre pour appeler au même “boycott” vis-à-vis du parti de Saâdeddine Othmani. Officiellement pourtant, c'est toujours la realpolitik l'emporte. Jamal Berraoui, un observateur proche de l'USFP, note par exemple que “la voix la plus autorisée de l'USFP, son secrétaire général Mohamed Elyazghi, a déjà exclu publiquement toute possibilité d'alliance avec le PJD”. Mais rien n'est tranché pour autant. Un élu USFP nous a ainsi indiqué qu'absolument rien d'officiel n'a été décidé par rapport au PJD. Les amis d'Elyazghi attendent sans doute de sonder les intentions de leur premier partenaire de la Koutla, l'Istiqlal d'Abbas El Fassi, auquel on prête une certaine affinité avec le PJD. L'USFP, surtout, souffre de cette fatalité qui accompagne tout grand parti de gauche arabe : la dichotomie, comme nous le rappelle Jamal Berraoui, “entre la gauche nationaliste d'inspiration panarabe, incarnée par la vieille garde et dont les idées peuvent rejoindre certains courants islamistes, et la gauche intellectuelle et ouvrière, réputée fermée à la religion comme pensée politique”.

Le jeu trouble des alliances
Difficile de trancher dans ces conditions. Dans tous les cas, les élections 2007 peuvent conduire les deux principaux partis de gauche, PPS et USFP, à des choix contre-nature. Pour éviter à tout prix le PJD, ils pourraient être acculés à s'allier à des partis hier encore décriés : les RNI, UMP, UC, etc. “Nous l'avons déjà fait depuis l'alternance, nous le referons au besoin”, déclame ce dirigeant du PPS. Dans les autres partis de gauche, à la représentativité plus faible, la donne n'est pas exactement la même. Mostafa Meftah, du PSU, nous explique les choix de son parti : “ Il n'y a que trois possibilités envisageables ; composer avec les autres éléments de la gauche, avec la Koutla ou avec les partis du bloc démocratique. Dans les trois cas, la porte est ouverte sur un éventail qui va de l'USFP au Badil Hadari, en passant par l'Istiqlal. Nous excluons tout recours aux partis administratifs, y compris le PJD”.

Pour la gauche marocaine, il est clair que le meilleur moyen de rassurer ses bases tout en harmonisant ses positions serait, paradoxalement, de perdre largement les prochaines élections et de basculer dans l'opposition. Cela éviterait d'envisager tout recours au PJD ! “On n'en est pas là, rectifie toutefois Ismaïl Alaoui, car rien n'est joué pour 2007”. Mais tout le monde ne partage pas son point de vue. Un élu USFP s'exclame : “Faire de l'opposition ? Pourquoi pas, c'est parfois plus valorisant aux yeux de l'opinion publique que d'être ministre !”



Leadership. Alaoui bis

Le 7ème congrès du PPS, qui se tient actuellement à Bouznika, devrait confirmer Ismaïl Alaoui au poste de secrétaire général. Le successeur de Ali Yata semble bien tenir son parti depuis qu'il est déchargé de toute occupation ministérielle. Au PPS, on est désormais loin, très loin, de la turbulence du 5ème congrès qui avait vu, en 1997, le départ de Thami Khyari et de ses amis, partis fonder le FFD. Même s'il ne compte aujourd'hui qu'un seul ministre, le parti n'a jamais autant pesé sur la scène politique avec plus de 5% des suffrages aux communales de 2003 et 1207 élus locaux. Le 7ème congrès devrait surtout mettre l'accent sur le programme politique du parti, qui reste d'abord une force de proposition économique, et sur la charte commune en cours d'élaboration avec les partenaires historiques de la Koutla (USFP et Istiqlal). Sur un plan plus politicien, le PPS devra plancher sur son avenir parlementaire puisque l'alliance socialiste (PPS, PSD, Al Ahd), qui court jusqu'en 2007 et qui lui a permis de constituer un groupe parlementaire, ne ressemble plus à grand-chose depuis que le PSD a été absorbé par l'USFP.

 
 
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