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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Marathon. L’épreuve du désert

(AFP)

La 21ème édition du Marathon des Sables vient de s'achever. Cette épreuve terrible est bien plus qu’une simple compétition sportive. Entre tempêtes de sable, souffrances et abandons, découvrez l'envers du décor.


Jeudi 12 avril, cinq heures du matin. Nous sommes à Mahrach, dans le Sahara marocain, à plusieurs heures de 4x4 de la première route goudronnée. L'impressionnante caravane du Marathon des Sables se réveille dans la douleur. Sur les 730 coureurs au départ, 123 ont déjà jeté l'éponge. Les coureurs n'ont même pas encore parcouru la moitié
de la distance globale prévue et il y a déjà trois fois plus d'abandons que l'an passé à la fin de la course. Les trois premiers jours de l'épreuve ont été difficiles, très difficiles. Abandons en cascade, perfusions à gogo pour un peloton déstabilisé par les conditions météo. C'est qu'en plus de la chaleur, habituelle dans la région (autour de 43 degrés en moyenne dans la journée), il a fallu cette année lutter aussi contre le vent et... l'humidité.

La sécurité évacue le mythe
Résultat : les organismes surchauffent, la transpiration devient difficile, la respiration aussi. L'Irlandais John Cahill l'a douloureusement expérimenté. Victime d'une crise d'hyperthermie, il a été évacué vers l'hôpital de Bordeaux dans le coma. Aujourd'hui, son état est satisfaisant mais il a eu chaud, très chaud ! C'est comme si le désert avait rappelé cette année à tout le monde qu'il n'est pas qu'un simple décor pour des aventures sympathiques. Il est dangereux pour les imprudents. Ceux qui gèrent mal leur eau sont punis, c'est la loi. Devant ces difficultés exceptionnelles, les organisateurs jouent la carte de la prudence. Ils décident de doubler les rations d'eau et réduisent de 15 kilomètres la grande étape, celle qui constitue le plat de résistance de l'épreuve. Au lieu des 72 kilomètres prévus, les coureurs se contenteront d'en parcourir 57 (sic). Tant pis pour le mythe, la sécurité devient prioritaire.

Une course pour la survie
Pour sa 21ème édition, le Marathon des Sables se rapproche de son concept originel. Ce n'est pas une simple course. C'est un exercice de survie. Les coureurs sont en autosuffisance alimentaire au cours des 230 kilomètres du parcours. Ils ne recevront aucune nourriture pendant la semaine de la course. Ils portent sur le dos tout l'équipement nécessaire : nourriture lyophilisée, barres énergétiques, sac de couchage, boussole, couteau, gamelles pour la tambouille... Les mélomanes ajoutent un lecteur MP3 pour les accompagner dans leur marche solitaire, d'autres optent pour un appareil photo. En tout, il faut trimballer un sac qui peut peser jusqu'à 13 kilos pour les plus angoissés. D'où la question : pourquoi ? Pour se prouver qu'on est vivant, pour se mesurer à plus fort que soi, faire reculer ses limites et remporter une victoire sur sa douleur. C'est que l'immense majorité des participants n'a qu'un seul objectif : arriver. Roy Chen-Campbell, ancien professionnel de rugby, a eu le cou cassé en 1986 lors d'un match en Nouvelle-Zélande. Après deux ans passés cloué sur un lit d'hôpital, les plus brillants spécialistes se sont succédé pour lui expliquer qu'il ne marcherait plus de sa vie. Cette année, il participe au Marathon des Sables.

Des marginaux et des stars
On trouve également dans cette étrange communauté de coureurs un aveugle, un cancéreux, une ancienne droguée, un Italien venu tester sa nouvelle prothèse de la hanche... Mais aussi des Népalais coriaces, des pompiers français, un grutier italien, deux policiers jordaniens, une ancienne obèse, des chefs d'entreprise marocains, trois stars de la télévision japonaise. Et des stars tout court. Paul Le Guen, par exemple, qui a été footballeur de haut niveau, champion de France et d'Europe avec le PSG, plusieurs fois international en équipe de France avant de se reconvertir avec autant de succès dans une carrière d'entraîneur au PSG et à l'Olympique lyonnais. Jack Osbourne, fils de Ozzy - le chanteur mythique de heavy metal, était là, lui aussi. Il a abandonné dès la seconde journée, au grand désespoir d'une équipe de télévision américaine venue spécialement pour lui. Il a fait partie de ces gens qui ont pris le marathon à la légère. Trompé par les images féériques, mal préparé mentalement, il a sous-estimé la course...

Militants, le temps d'une course
D'autres, pour trouver la force mentale de continuer à avancer dans la tempête de sable, choisissent de porter une cause à bout de bras. Frédéric Balard, par exemple, pense au jeune Maximilien, victime d'un syndrome ultra rare qui lui interdit toute exposition à la lumière. On peut multiplier les exemples à l'infini, il y en a quasiment autant que de coureurs. Ceux qui courent pour l'Association marocaine des handicapés ou pour interdire les immondes sacs plastiques noirs, ceux qui récoltent des fonds pour faire progresser la recherche, ceux qui ont convaincu un sponsor de verser 100 euros à une association pour chaque kilomètre parcouru. Ceux qui portent leurs couleurs nationales, ceux qui militent pour faire interdire les sites pédophiles, ceux qui financent un puits ou une école dans le désert, Et la liste est encore longue... Tout ce petit monde cohabite dans la bonne humeur, se serre les coudes dans l'adversité et finit par constituer une improbable cohorte qui progresse comme elle peut à travers le Sahara hostile. Car le désert n'est pas cette grande mer de dunes, immobile sous un soleil de plomb qu'on aime montrer à la télévision. Le sable, en fait, représente moins de 10% de la surface du désert. Le reste, c'est de la montagne, de la pierre, des cailloux, des oueds crevassés, des lacs asséchés. Des villages, aussi, coupés de tout, manquant de tout, frappés quasiment tous les jours par un vent de sable violent qui rend tout plus difficile. Des choses aussi basiques que le fait de manger ou de se déplacer deviennent très compliquées dès que le vent se lève.

Happy end, quand même
Arriver au bout du parcours dans ces conditions est un exploit un peu masochiste. Mais organiser une telle course tous les ans avec le même succès en est un autre. La logistique de la course est impressionnante : un hélicoptère, un avion, des dizaines de médecins, un restaurant ambulant parfaitement correct, des douches, des toilettes, une régie télé, un centre Internet, le tout au milieu de nulle part. L'armée, elle aussi, donne un coup de main : ses camions tout-terrain se chargent de transporter l'eau et le carburant pour les véhicules. En fait, l'organisation aussi se fait en autosuffisance alimentaire et énergétique. Le bivouac est une ville autonome qui se déplace chaque jour avec ses 1100 habitants (700 coureurs et 400 organisateurs) sans laisser derrière elle la moindre trace de son passage. Elle dispose en effet d'un camion incinérateur qui brûle tous les déchets. En 21 éditions, l'équipe des organisateurs a su développer un savoir-faire qui peut laisser pantois. Ils sont nombreux à connaître le désert mieux que les Marocains eux-mêmes. L'année prochaine, coureurs et organisateurs reviendront sans hésiter, à la recherche d'émotions inédites, à la rencontre du désert. Car, malgré les difficultés, son appel est le plus fort...

 
 
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