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Par Bart Schut
Iran. La guerre nucléaire aura-t-elle lieu ?
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Mahmoud Ahmadinejad
haranguant les foules pour le
27ème anniversaire de la
Révolution islamique,
le 11 février 2006. (AFP)
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Tout en défendant une solution diplomatique pour résoudre la crise nucléaire iranienne, l'administration américaine semble se préparer à la guerre. Objectif : démettre le Hitler iranien et changer la structure du régime qui dérange.
Cest Seymour Hersh qui a annoncé la nouvelle dans le dernier numéro du magazine The New Yorker, la semaine dernière. Le journaliste a longuement discuté avec des officiels américains de haut rang, certains anciens, d'autres encore en poste. C'est ce journaliste de renom qui avait révélé le massacre des villageois de My Lai au Vietnam en 1968.
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Haro sur le président iranien
35 ans plus tard, il lance à nouveau une bombe, dévoilant le regard porté par les Etats-Unis sur le régime de Téhéran et, en fait, sur leur propre rôle dans le monde. Pour Washington, la question n'est plus : Faut-il stopper le programme nucléaire de l'Iran ? Mais plutôt : Quand et comment. Puisque Ahmadinejad a contesté la réalité de l'Holocauste et affirmé qu'Israël devrait être rayée de la carte, Bush et d'autres à la Maison Blanche, voient dans le président iranien un Hitler potentiel, écrit Hersh. Et de citer un ancien responsable du renseignement : C'est effectivement le nom qu'ils utilisent. Ils se demandent si l'Iran ne va pas se doter d'une arme stratégique et brandir la menace d'une autre guerre mondiale.
George Bush semble désormais persuadé que lui seul a le courage de faire ce qu'aucun président futur n'oserait faire : sauver l'Iran. Il croit que c'est cela sa légitimité, rapporte un consultant du gouvernement. Un ex-responsable à la Défense, encore en charge de certains dossiers sensibles pour l'administration américaine, a expliqué à Hersh que ce programme militaire est basé sur une conviction : Un bombardement soutenu en Iran humiliera le leadership religieux et conduira le peuple à se soulever et renverser le gouvernement. Il a ajouté : Quand j'ai entendu ça, je me suis demandé ce qu'ils fument.
Les nouveaux Hitlers de Rumsfeld
Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, distribue à tour de bras lappellation deHitler aux opposants de la Maison Blanche. En 2002, Saddam Hussein a été le premier des ennemis de l'Amérique à être comparé au dictateur nazi. Trois ans plus tard, c'est au tour du leader d'Al Qaïda en Iraq, Abou Moussab Al Zarqawi : Comme Hitler dans son bunker, cet extrémiste violent incapable d'atteindre ses objectifs politiques, paraît résolu à détruire tout et tout le monde autour de lui.
En 2005, le secrétaire dEat, décidément en pleine forme, a collé son invective favorite à Oussama Ben Laden - pas étonnant- tout en faisant une curieuse interprétation de l'histoire quand il compare aussi le chef d'Al Qaïda à Lénine. Ahmadinejad a été le suivant sur la liste et Rumsfeld d'expliquer : Adolf Hitler a écrit des choses et les gens ne les ont pas crues. Aujourd'hui nous avons un autre dirigeant d'un pays important qui, lui, semble faire ce qu'il dit : obtenir des armes nucléaires. Le secrétaire à la Défense exhorte donc les pays occidentaux à augmenter leurs budgets militaires pour éviter la montée d'un empire islamique extrémiste global, aussi mortellement dangereux que le 3ème Reich. Même le président vénézuélien Hugo Chavez fait les frais de cette verve: Il a été élu légalement, exactement comme Adolf Hitler. Très juste, M. Rumsfeld, mais votre propre patron, M. Bush n'a-t-il pas été élu, lui aussi, très légalement ?
Une attaque dissuasive en vue
Toujours selon Hersh, un stratège au Pentagone a affirmé que l'administration Bush essaie de forcer Téhéran à abandonner ses projets nucléaires et ce, en planifiant une intervention militaire et des opérations clandestines à réaliser par les Forces Spéciales déjà présentes sur le terrain. Il faut montrer une réelle menace pour obliger Ahmadinejad à reculer, estime ce responsable qui poursuit : Les gens pensent que Bush est concentré sur Saddam Hussein depuis le 11 septembre mais à mon avis, la nation qui le préoccupe le plus depuis toujours, c'est l'Iran. Une opinion partagée par un conseiller du Pentagone spécialisé dans la guerre contre le terrorisme, assure Hersh : Les occupants de la Maison Blanche considèrent que la seule manière de résoudre le problème est de changer la structure du pouvoir en Iran. Cela veut dire la guerre.
D'autres politiciens à Washington, plus critiques quant à l'attitude guerrière de la Maison Blanche, s'inquiètent de la possible réaction en chaîne que provoquerait un bombardement de l'Iran. Richard Armitage, ancien secrétaire d'Etat, résume les craintes : Qu'arriverait-il dans les autres pays islamiques ? Quelle est la capacité de l'Iran à nous atteindre par le terrorisme ? La Syrie et le Liban augmenteraient-ils la pression sur Israël ? Une attaque ne risque-t-elle pas de ternir encore plus notre image internationale ? Et que signifierait-elle pour la Russie, la Chine et le Conseil de Sécurité ?
Difficile de ne pas s'inquiéter devant les intentions résolument martiales du gouvernement américain d'autant que Hersh a découvert que Washington n'exclut pas d'avoir recours à la bombe atomique. Selon des rapports des services secrets, les Iraniens sont en train de déplacer les installations susceptibles d'être l'objet d'une attaque aérienne, vers des bunkers soigneusement cachés. Pour détruire ces derniers, la Maison Blanche envisage l'utilisation d'une bombe nucléaire tactique type B61-11.
L'Iran prête à contre-attaquer
Les Iraniens ne sont pas enclins à éviter l'escalade. Mardi 11 avril, le président Ahmadinejad a annoncé que l'Iran avait rejoint le groupe de pays qui possèdent la technologie nucléaire. Depuis, Téhéran insiste sur la vocation pacifique de son programme mais se montre intransigeante. Aucune pression, qu'elle soit d'ordre militaire ou économique, ne l'y fera renoncer. Ce à quoi Ahmadinejad ajoute un avertissement à l'intention des Etats-Unis contre toute action miliaire, prévenant, le mardi 18 avril, lors d'un défilé militaire massif, que l'armée iranienne coupera la main de tout agresseur .
Le porte-parole du Comité de commémoration des martyrs de la campagne islamique mondiale, Mohamed Ali Samadi, a annoncé récemment que 52 000 iraniens se sont portés volontaires pour commettre des attentats-suicides contre les USA, si leur pays venait à être assailli, propos que le journal The Sunday Times a confirmé en révélant que l'Iran a au moins 40 000 kamikazes en stand-by.
Dans ce conflit en gestation, un rôle crucial est joué par Israël, dont les dirigeants répètent depuis des années qu'ils voient dans toute tentative de l'Iran d'enrichir de l'uranium, un point de non-retour. Une attaque israélienne sur un pays musulman provoquerait des ripostes dans la région. Cela semble être une motivation importante pour les préparatifs militaires américains. Bush a décrit l'hostilité d'Ahmadinejad envers Israël comme un danger sérieux pour la paix dans le monde, ajoutant : J'ai été clair et le serai encore. Nous utiliserons l'option militaire pour protéger notre allié, Israël. Les tambours de guerre se font de plus en plus insistants. |
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Nucléaire. Des officiers s'opposent
Les desseins de la Maison Blanche sont principalement soutenus par les politiciens, écrit Seymour Hersh. Au Pentagone, plusieurs hauts gradés seraient contre, certains menaçant même de démissionner si l'idée était appliquée. Dans l'armée, il y a une forte opposition à l'usage de l'arme nucléaire contre d'autres pays, affirme un conseiller du ministère de la Défense. Il s'interroge d'ailleurs sur le bien-fondé des raids aériens. Les Iraniens ont très bien dispersé leurs installations nucléaires. Nous ne savons pas où se trouvent certaines d'entre elles, parmi les plus importantes. Pourtant, le Pentagone aurait déjà établi une liste de 400 cibles pour des attaques. |
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