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N° 222
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB entame une lutte sournoise et implacable pour la conquête de l’accoudoir commun.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Dans sa vie, Zakaria Boualem n'a pas très souvent pris l'avion. Une dizaine de fois au maximum. C'est déjà largement suffisant pour l'énerver. Notre homme a l'impression que plus le temps passe, plus on se fout de la gueule du passager aérien. Il lui semble que tout le monde progresse, sauf le monde du transport aérien. Les téléphones sont de plus en plus sophistiqués, les vélos de plus en plus légers, l'Internet de plus en plus rapide. Même la TVM fait des progrès, il paraît. Allah ou Aâlam, il n'y a plus personne pour vérifier. Tout le monde progresse donc, sauf le confort du passager aérien. Expliquons la théorie du Boualem. Il a l'impression de passer son temps à attendre. Arrivé à l'aéroport de Casablanca, il attend de se faire fouiller pour pénétrer à l'intérieur de l'aérogare.

Ensuite, il attend son tour pour enregistrer ses bagages et récupérer sa carte d'embarquement. Il enchaîne alors avec deux files d'attente consécutives : celle de la douane et celle de la police. Un peu détendu, il s'attaque à l'ultime fouille à l'entrée de la salle d'embarquement, juste avant de faire la queue pour présenter sa carte et pouvoir enfin patienter pour montrer la souche de la fameuse carte à une hôtesse sans valeur ajoutée. En tout, il a fait sept fois la queue. Il lui semble, en son âme et conscience, que c'est trop. Mais ce n'est que le début. Il faut s'installer dans un siège qui a été probablement conçu pour un nain.

Zakaria Boualem, qui n'est pas gros, déborde systématiquement sur son voisin. Pendant les premières minutes du vol - comme le mot est bien choisi - il lutte pour la conquête de l'accoudoir commun. Une guerre sournoise mais implacable, qu'il finit par perdre en général. Lorsque son voisin de devant décide de prendre ses aises, il atterrit sur les genoux de Zakaria Boualem.

Lorsque son voisin de gauche bouge, tout le monde bouge comme dans un puzzle. Globalement, il n'est pas bien. Mais le coup de grâce, c'est quand l'hôtesse prend le micro pour expliquer : “Nous nous excusons pour ce retard indépendant de notre volonté”.

Comment vous dire?... Il mange ses côtés, le Boualem, lorsqu'il entend ce genre de phrase débile. Parce que si ce retard est indépendant de leur volonté, cela signifie probablement qu'il existe d'autres retards qui eux, sont le résultat de la volonté de la compagnie aérienne. Des retards planifiés, prémédités... On imagine mal à quoi ça peut bien ressembler, un retard qui est dépendant de la volonté. En fait, cette histoire de volonté est assez grave. Parce que ce qui importe, ce n'est pas la volonté, c'est la responsabilité. L'excuse du “je l'ai pas fait exprès”, au niveau d'une compagnie aérienne, c'est un peu léger. Tu l'as peut-être pas fait exprès, mais il se trouve que c'est ta responsabilité qui est engagée, donc tu assumes et tu changes d'attitude. Et merci. C'est un prof de math de Guercif du nom de Monsieur Boufous qui a expliqué ça à Zakaria Boualem lorsqu'il avait 12 ou 13 ans. Un jour où il n'avait pas fait ses devoirs, il a déclaré au prof qu'il ne l'avait pas fait exprès. En fait, il avait dit à l'époque : “je t'ai pas fait exprèèès”. Monsieur Boufous a répondu que c'était son problème puis il lui a collé un zéro.

Depuis, Zakaria Boualem a banni cette phrase de son vocabulaire. Ce qui serait bien, ce serait que monsieur Boufous anime des cessions de formation pour agents de compagnies aériennes... Revenons au vol - j'adore ce mot. On sert à Zakaria Boualem un plateau repas qui est, lui aussi, un puzzle. ça manque de goût, de pain, de place... Zakaria Boualem sort de cette épreuve aussi affamé qu'il l'avait entamée. Le pire, c'est qu'on l'a reveillé pour qu'il mange, comme si on avait peur qu'il loupe pareil festin. Passons sur la fin du voyage, la faim du voyage aussi. Passons sur l'arrivée, les files d'attente, les douaniers, les bagages qui n'arrivent pas.

Passons sur tout cela. Et posons nous la seule question qui vaille : pourquoi les prix ne baissent-ils pas aussi vite que la qualité de service ?...

 
 
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