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Par Khalid Tritki
Innovation. Des formules qui marchent
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Mohamed Boubakri (d.) avec
M. Elfatemi (Professeur Ingénieur
à l'EMI) La société exploite sa
machine de recyclage du sable
et se tourne vers la recherche
pour mettre au point un malaxeur,
toujours avec des compétences
universitaires. (DR)
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Trois expériences ont mis en relation le monde universitaire et celui de l'entreprise. Le résultat est plus qu'encourageant. La recherche appliquée rapporte, il suffit d'y penser.
Depuis plus de deux ans, des cadres du ministère de l'Industrie et du Commerce font du prospect pour concrétiser des projets de recherche et de développement. Grâce à un financement de l'Union européenne, ils offrent la possibilité aux PMI (petite et moyenne industrie) d'améliorer leur productivité et donc leurs bénéfices, à travers des opérations ciblées de recherche appliquée. Un réseau, regroupant des prestataires |
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de services, des centres techniques des écoles d'ingénieurs et des universités, a pris forme. Les compétences ainsi regroupées, le financement acquis, il suffit de trouver les bonnes idées. Des entreprises ont joué le jeu et les résultats qu'elles affichent actuellement sont épatants. Trois d'entre elles ont été lauréates du prix attribué par le réseau. Toutes ont présenté des projets innovants mettant en relation le monde universitaire avec l'entreprise. Deux institutions, qui se tournaient le dos jusqu'ici, font désormais front uni pour la bonne marche des affaires. Les expériences de Artco, Somafig et Agrifertil le prouvent.
Un séchoir glissant
Le tapis industriel a désormais son propre séchoir. Artco, spécialiste du design et du tissage des tapis, y a pensé et cela lui rapporte gros. La société a remporté la semaine dernière le Prix de l'innovation attribué par le réseau RMDT (Réseau marocain de diffusion technologique) et les gains en productivité sont probants : 30% de plus.
Tout a commencé par une idée. Azzedine Krafess, gérant d'Artco, cherchait le moyen de faire sécher ses tapis plus rapidement. Il expose le problème aux ingénieurs de l'école Mohammadia (EMI) à Rabat. Les deux partenaires commencent d'abord par chercher une solution prête sur le marché. Nous sommes parvenus à la conclusion que personne n'y avait pensé, ni au Maroc, ni à l'étranger, il fallait donc nous y mettre par nous-mêmes, explique Krafess. Les ingénieurs de l'EMI se sont donc mis au travail et au bout de trois mois, ils ont trouvé l'astuce : un séchoir mobile qui glisse sur le tapis en position verticale. Il ne s'agit pas de fabriquer une source d'énergie qui propulse de l'air chaud, mais de concevoir un outil adapté qui sèche en fonction de la surface. C'est tout un calcul, ajoute Azzedine Krafess avec un brin de fierté. De fil en aiguille, le prototype prend forme grâce à un assemblage de pièces et de matériaux locaux et importés. La fabrication terminée, place aux tests : le résultat est probant : les tapis sèchent au bout de 12 heures au lieu des 48 heures nécessaires auparavant. Ce procédé libère de l'espace dans l'atelier et permet une rotation tissage/séchage plus rapide. Depuis que nous l'avons mis en place, nous avons recruté plus de six tisseurs et nous produisons plus de tapis, souligne le patron d'Artco. Le procédé n'a coûté finalement que 150 000 dirhams dont une grande partie a été financée par la coopération européenne. L'investissement est négligeable par rapport à ce qu'il engendre en gain de productivité, ajoute Azzeddine Krafess. Les perspectives de gain sont si alléchantes que la société a lancé la fabrication d'un deuxième séchoir. La success story n'est qu'à ses débuts.
Un programme made at home
Fomafig, une fonderie sise à Salé, a une histoire particulière. La société achète à un équipementier européen une machine qui recycle le sable utilisé dans les moules. Un jour, celle-ci bloque. Après diagnostic, il s'avère que le logiciel qui contrôle toutes les fonctionnalités de la machine a lâché. Une situation tout à fait ordinaire dans le quotidien de l'industrie. Solution tout aussi ordinaire : contacter le fournisseur de l'équipement pour qu'il livre un nouveau logiciel à la société. Sauf que l'équipementier en question a fait faillite. Fomafig hérite donc d'une machine qui ne lui sert plus à rien. Lorsque les cadres du ministère m'ont demandé si j'avais un problème à soumettre aux chercheurs du réseau, j'ai sauté sur l'occasion, raconte Mohamed Boubakri, gérant de la société. Les ingénieurs de l'EMI entrent donc en jeu. Ils dissèquent la machine pour en comprendre le fonctionnement et proposent l'unique solution possible : créer un nouveau programme informatique pour faire fonctionner l'automate de contrôle. Trois mois de travail ont suffi pour mettre au point le programme pour une facture de 40 000 dirhams dont 10 000 dirhams (seulement) versés par l'entreprise. Le programme est actuellement installé et l'automate se comporte à merveille. Il faut vraiment être du métier pour valoriser ce que l'EMI a fait pour nous, ajoute Boubakri. Et il a raison. S'il n'y avait pas l'EMI, il aurait versé 150 000 dirhams pour qu'un expert italien se déplace au Maroc, fasse le diagnostic et propose une solution qui aurait coûté beaucoup plus cher. Le potentiel de nos ingénieurs, toutes branches confondues, est énorme, il suffit de faire le pas, conclut Boubakri qui lance un nouveau projet de recherche. Objectif : mettre au point un malaxeur de sable.
De l'engrais dopé
Il faut casser la glace entre l'entreprise et l'université pour mettre à profit les compétences techniques et scientifiques dont regorge le Maroc, conseille Mohamed Bennani, patron de Agrifertil, une société spécialisée dans la fabrication des engrais. Lui, il a brisé la glace avec l'université Bouchaïb Doukkali d'El Jadida. Il le fallait. Le marché des engrais est très concurrentiel. Des produits importés présentent plus d'efficacité en matière de fertilisation. Les fabricants marocains ont donc intérêt à s'aligner. M. Bennani l'a compris. Grâce au RMDT, il entre en contact avec le département Chimie de l'Université Bouchaïb Doukkali. Il a une seule question en tête : comment faire pour augmenter la concentration de ses engrais ? L'enjeu pour l'université, comme pour nous, est de passer de la recherche fondamentale à une recherche appliquée qui aboutisse à des produits ou procédés commercialisables, explique le patron de Agrifertil. Un docteur en chimie à El Jadida en fait son projet de fin d'études sous l'il attentif des autres enseignants de l'université. Au bout de quelques mois, il trouve l'attaque chimique qui permet une forte concentration des matières actives et augmente l'efficacité de l'engrais. Agrifertil l'a intégré dans son processus de fabrication. Coût de l'opération : 50 000 DH versés à l'université et dont 75% ont été financés par la coopération européenne. L'entreprise, elle, regarde l'avenir autrement. Elle vient tout récemment d'exporter le premier conteneur de ses engrais dopés vers la Tunisie et ne compte pas s'arrêter là. Agrifertil lance un nouveau projet de recherche avec l'université pour la mise en valeur agronomique des algues marines des côtes de Doukala. En bref, un nouveau filon commercial à explorer. Bonne chance. |
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Trophée de linnovation. Les autres lauréats
Le trophée de l'innovation comprend une deuxième catégorie de lauréats. Il concerne des entreprises qui ont fait appel à des prestataires de services pour la réalisation d'un concept innovant. Pour cette catégorie, le prix du meilleur projet a été remporté par HDN Industrie, spécialisée dans la recherche, le développement et la sous-traitance électronique. Cette dernière s'est associée à Adiasys (cabinet de conception, automatisations, analyse et diagnostic) pour la réalisation d'un prototype de ballast électronique. Un prix symbolique a aussi été décerné aux intervenants qui mettent en contact entreprises, laboratoires et prestataires de services. Pour la catégorie intervenants, les prix ont été attribués à Najiba Koussih (Division recherche et innovation au ministère de l'Industrie), Nadia Saâd-Allah (délégation du ministère à Casablanca) et Abdelkébir El Aouami (délégation de Settat). |
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