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Travail. Jours fériés, jours fait-rien
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N° 223
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par NAdia Lamlili

Travail. Jours fériés, jours fait-rien

S’il est une entreprise où l’on
ne chôme pas les jours fériés,
c’est bien l’ONCF. (AIC PRESS)

Le Maroc a officiellement 16 jours fériés dans l'année sans compter les ponts. “C'est trop !”, protestent les entreprises. Pourtant, d'une manière ou d'une autre, le système les arrange. Faut-il le changer ?


“C’est terrible. On ne travaille plus”. Ce patron d'entreprise se met en colère lorsqu'il entend parler des jours fériés au Maroc. “Réellement, je ne travaille que six mois dans l'année à cause des multiples breaks officiels et officieux”, écume-t-sil. Le Maroc a 16 jours fériés décrétés à l'occasion des fêtes nationales et religieuses sans compter les ponts,
un sport national. “Quand la fête tombe en milieu de semaine, c'est la catastrophe”, s'emporte Mohamed Chraïbi, patron du groupe Covem, spécialisé dans la transformation des fruits et légumes destinés à l'export.

Bref, les entreprises en ont gros sur le cœur. Leur compétitivité est sérieusement menacée. Pour autant, aucune d'entre elles n'est allée jusqu'à quantifier l'impact de ces journées chômées sur son activité. Elles disent que c'est à l'Etat d'assumer ses responsabilités.

Or, ce dernier ne semble pas s'en inquiéter outre mesure. “Impact des jours fériés ? Vous rêvez, nous ne sommes pas en Europe. Déjà qu'on n'arrive pas à s'en sortir avec les simulations sur le pétrole”, s'esclaffe une source au ministère des Finances. Quant au Haut Commissariat au Plan (HCP), il n'a tout simplement pas pensé à cette question dans ses prospectives 2025. Restent les ministères du Commerce et des Affaires Générales ? Laissez tomber ! Négatif.

Un faux problème ? “L'on ne peut faire l'économie de ces jours fériés pour des raisons politiques, religieuses ou culturelles. Ils constituent une donnée intrinsèque et non un paramètre variable”, tranche Hamid EL Otmani, directeur de LMS organisation et Ressources humaines. Faisons un simple calcul. Une journée normale de travail permet au Maroc de créer en moyenne plus de un milliard de dirhams de richesse, sur la base d'un PIB de 440 milliards de dirhams en 2004. Pour autant, il est hasardeux de dire que des milliards partent en fumée du moment que cet argent est réinjecté dans le tourisme, les services, l'habillement…

Un déficit de bonne gouvernance
Des pertes sèches, il y en a, certainement ! Au port de Casablanca, seules les marchandises “sensibles”, sont enlevées pendant les jours fériés. Il s'agit de celles destinées au Palais, à la santé publique. Pour les produits périssables, la douane “doit être saisie à l'avance”. “Les autres types de marchandises restent dans les magasins où chaque jour férié est facturé comme un jour normal”, proteste un transitaire.

“Nous sommes face à une entreprise marocaine qui décroche terriblement avec la compétitivité européenne. Si on ajoute à cela cette inflation de jours chômés et payés, cela s'appelle tout simplement de l'irresponsabilité”, s'agite Karim Tazi, président de l'Association marocaine de l'industrie textile (AMITH). Mais gardons à l'esprit que les journées chômées et payées font partie d'un ensemble d'absences que l'entreprise doit supporter (congé annuel, repos hebdomadaire…).

En réalité, le traitement de la question des jours fériés renvoie à un déficit de gouvernance. Face à une Europe dont la moyenne des jours chômés et payés n'excède pas trois et à une Tunisie qui est à sept, le Maroc patauge. Il y a en effet un grand décalage entre les secteurs public et privé. Exemple: Le public accorde deux jours chômés à l'occasion des fêtes religieuses. La même règle n'est pas suivie par le privé qui se contente parfois de demander aux employeurs de donner aux travailleurs des facilités qui permettent ainsi à des sociétés comme Maghreb Industries Export, spécialisée dans les confiseries, d'anticiper les fêtes en programmant des heures supplémentaires. Quant aux centres d'appel, ils travaillent à l'heure européenne. “Les gens qui appellent de France ne sont pas censés savoir qu'il y a un jour férié au Maroc”, témoigne un ancien cadre de Phone Assistance.

Suspendus à la lune !
Schématisons : “Le nombre des jours fériés et chômés est systématiquement plus élevé dans le secteur public que dans le secteur privé”, selon Rachid Filali, spécialiste du droit du travail. Mais lorsque le secteur public est important, il entraîne derrière lui une grande partie du secteur privé qui en dépend. Ainsi, par exemple, la fermeture de Bank Al Maghrib pendant deux jours à l'occasion d'une fête religieuse oblige tout le secteur bancaire à faire de même car il dépend de la BAM dans son fonctionnement quotidien. A son tour, cette fermeture entraîne celle des filiales de crédit, de transport de fonds, d'assurance… “Comme donner des jours chômés payés aux fonctionnaires ne coûte pas plus cher à l'Etat, les gouvernements successifs ont acheté une certaine paix sociale dans l'administration, en octroyant des jours fériés à gogo”, explique Abdelilah Jennane du cabinet Diorh. Tant dans le public que dans le privé, la loi est muette sur la compensation des jours fériés et chômés qui correspondent à des journées de repos hebdomadaire.

À la base, la liste des jours fériés est fixée par un décret du premier ministre. Pour autant, on ne sait pas qui la décide. La Primature ? Le ministère des Habous ? Le Palais ?

Une chose est sûre, l'imprévisibilité des fêtes religieuses engendre beaucoup de dégâts. “J'évite de donner des rendez-vous à des clients étrangers durant toute la semaine où il y a risque de fête religieuse”, témoigne un haut responsable d'Unimer/VCR, spécialisée dans les conserves de poisson. “J'ai raté des commandes à la dernière minute à cause de la lune”, tempête Hamad Kassal, dirigeant d'une PME à Taza. Beaucoup ne comprennent pas pourquoi le Maroc continue de scruter le ciel, alors que la science peut connaître les jours de fêtes à l'avance. En attendant, les textiliens appellent à un débat national sur les jours fériés que le Maroc peut s'offrir. On peut très bien faire la fête tout en travaillant…



Maroc. Le premier de la classe

Non, le Maroc n'a pas la médaille d'or en matière de jours fériés. Nous en avons 16, alors que le Japon en a 18. Sauf qu'au pays du soleil levant, les salariés n'ont qu'une seule semaine de congé. Si nous appliquons la péréquation, le Maroc peut prétendre à la première place.
Pourtant, cette inflation de jours fériés est récente. En 1962, le secteur privé comptait uniquement trois jours chômés et payés : 1er mai, fête de l'Indépendance et fête du Trône. Le secteur public en avait, lui, 8. En 2006, la liste des jours chômés et payés est passée à 10 dans le secteur privé et à 16 dans le public. Explication des juristes : une journée peut être fériée, sans être chômée. Cela a été le cas pendant longtemps de la fête de la Jeunesse et du Mouloud.

 
 
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