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N° 223
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benshemsi

Pleure, Kofi, pleure…

Ahmed R. Benshemsi
La vérité, c’est que personne ne veut céder sur rien, et donc que la situation est bloquée. Ce qui, au fond, arrange tout le monde.


Oui, je sais, ces histoires de Sahara et d’ONU vous ennuient, vous lassent, vous dépriment. Cela fait 15 ans, depuis le cessez-le-feu, que l’impasse perdure. Et plus on vous dit que l’issue est proche, moins vous y croyez…

Eh bien vous savez quoi ? Kofi Annan pense exactement comme vous. Le rapport qu’il a adressé au Conseil de sécurité, le 19 avril, est un
aveu d’impuissance aussi touchant que lucide. En résumé : “Le Maroc est prêt à tout envisager sauf, par principe, le référendum. L’Algérie (donc le Polisario) est prête à tout envisager, sauf, par principe, l’abandon du référendum. Personne ne peut forcer la main au Maroc, ni à l’Algérie (donc au Polisario). Par conséquent, l’ONU a atteint sa limite sur ce dossier et le proclame haut et fort. Dernière solution : que les parties négocient directement, en acceptant de remettre leurs principes respectifs en question”. Mais M. Annan sait pertinemment que c’est inenvisageable. C’est pourquoi il conclut son rapport par cette injonction tout à fait pathétique : “J’espère sincèrement que les parties réfléchiront aux longues années qui se sont écoulées depuis le conflit”. Tel quel ! Après lecture du rapport, on n’a qu’une seule envie, celle de dire : pleure sur mon épaule, Kofi, ça va te faire du bien…

C’est que personne n’a raté le pauvre secrétaire général de l’ONU. Le chef du Polisario, Mohamed Abdelaziz, a immédiatement qualifié son rapport de “complot contre la cause sahraouie”, allant jusqu’à menacer, si le Conseil de sécurité l’approuve, de “reprendre la lutte armée”. L’ambassadeur algérien à l’ONU n’a pas fait dans la dentelle non plus, en déclarant que “les seules négociations valables sont celles qui portent sur les modalités du référendum”. Et le Maroc, qui devrait se sentir heureux que ce rapport écarte officiellement toute éventualité de sanction ? C’est du bout des lèvres que des sources (anonymes) à Rabat le jugent “plutôt positif”. Comprenez : “les arguments qui vont dans notre sens sont bons. Le reste ne mérite même pas qu’on en parle”. Pleure, Kofi, pleure…

La vérité, c’est que personne ne veut céder sur rien, et que chacun sait qu’en se comportant de la sorte, le conflit n’avancera jamais. Ce qui, au fond, arrange tout le monde, et pas seulement les premiers concernés. Là-dessus aussi, M. Annan est très lucide. Soulignant amèrement que “le Sahara n’est pas au premier rang des préoccupations politiques” des puissances censées être concernées (France, Espagne, Etats-Unis…) et que “grand cas est fait du maintien de bonnes relations tant avec le Maroc qu’avec l’Algérie”, il en conclut que, “même si aucun pays n’admettrait qu’il est favorable à la poursuite de l’impasse”… ils le sont, en fait, tous !

À l’heure où ce magazine passe sous presse, le Conseil de sécurité de l’ONU s’apprête à voter le rapport de son secrétaire général. Il semble improbable qu’il soit approuvé. Mais même si c’était le cas, cela ne ferait que nous donner un petit avantage tactique. Un gros avantage tactique consisterait, pour nous, à proposer une plate-forme d’autonomie sur la base de laquelle les parties pourraient discuter. Mais le Polisario et l’Algérie s’y refusent d’avance !

Que penser, que faire ? Jusqu’à nouvel ordre, rien, sinon pleurer avec le pauvre Kofi. Et décider comme lui que tout ça, finalement, ne vous intéresse plus…

 
 
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