Pleure, Kofi, pleure
La vérité, cest que personne ne veut céder sur rien, et donc que la situation est bloquée. Ce qui, au fond, arrange tout le monde.
Oui, je sais, ces histoires de Sahara et dONU vous ennuient, vous lassent, vous dépriment. Cela fait 15 ans, depuis le cessez-le-feu, que limpasse perdure. Et plus on vous dit que lissue est proche, moins vous y croyez
Eh bien vous savez quoi ? Kofi Annan pense exactement comme vous. Le rapport quil a adressé au Conseil de sécurité, le 19 avril, est un |
|
aveu dimpuissance aussi touchant que lucide. En résumé : Le Maroc est prêt à tout envisager sauf, par principe, le référendum. LAlgérie (donc le Polisario) est prête à tout envisager, sauf, par principe, labandon du référendum. Personne ne peut forcer la main au Maroc, ni à lAlgérie (donc au Polisario). Par conséquent, lONU a atteint sa limite sur ce dossier et le proclame haut et fort. Dernière solution : que les parties négocient directement, en acceptant de remettre leurs principes respectifs en question. Mais M. Annan sait pertinemment que cest inenvisageable. Cest pourquoi il conclut son rapport par cette injonction tout à fait pathétique : Jespère sincèrement que les parties réfléchiront aux longues années qui se sont écoulées depuis le conflit. Tel quel ! Après lecture du rapport, on na quune seule envie, celle de dire : pleure sur mon épaule, Kofi, ça va te faire du bien
Cest que personne na raté le pauvre secrétaire général de lONU. Le chef du Polisario, Mohamed Abdelaziz, a immédiatement qualifié son rapport de complot contre la cause sahraouie, allant jusquà menacer, si le Conseil de sécurité lapprouve, de reprendre la lutte armée. Lambassadeur algérien à lONU na pas fait dans la dentelle non plus, en déclarant que les seules négociations valables sont celles qui portent sur les modalités du référendum. Et le Maroc, qui devrait se sentir heureux que ce rapport écarte officiellement toute éventualité de sanction ? Cest du bout des lèvres que des sources (anonymes) à Rabat le jugent plutôt positif. Comprenez : les arguments qui vont dans notre sens sont bons. Le reste ne mérite même pas quon en parle. Pleure, Kofi, pleure
La vérité, cest que personne ne veut céder sur rien, et que chacun sait quen se comportant de la sorte, le conflit navancera jamais. Ce qui, au fond, arrange tout le monde, et pas seulement les premiers concernés. Là-dessus aussi, M. Annan est très lucide. Soulignant amèrement que le Sahara nest pas au premier rang des préoccupations politiques des puissances censées être concernées (France, Espagne, Etats-Unis
) et que grand cas est fait du maintien de bonnes relations tant avec le Maroc quavec lAlgérie, il en conclut que, même si aucun pays nadmettrait quil est favorable à la poursuite de limpasse
ils le sont, en fait, tous !
À lheure où ce magazine passe sous presse, le Conseil de sécurité de lONU sapprête à voter le rapport de son secrétaire général. Il semble improbable quil soit approuvé. Mais même si cétait le cas, cela ne ferait que nous donner un petit avantage tactique. Un gros avantage tactique consisterait, pour nous, à proposer une plate-forme dautonomie sur la base de laquelle les parties pourraient discuter. Mais le Polisario et lAlgérie sy refusent davance !
Que penser, que faire ? Jusquà nouvel ordre, rien, sinon pleurer avec le pauvre Kofi. Et décider comme lui que tout ça, finalement, ne vous intéresse plus
|