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N° 223
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“La servitude est partout”

Antécédents
Mohamed Ennaji
Professeur universitaire
(AFP)

1949. Naissance à Kelaât Sraghna.
1971. Sympathisant du mouvement 23 Mars.
1980. Rencontre avec Paul Pascon.
1999. Crée la Fondation des Alizés.
2000. Directeur adjoint de la fondation des trois cultures.
Smyet Bak ?
Mohamed Belkbir.

Smyet mok ?
Zahra Bent Jilali.

Nimirou d’la carte ?
A 164 843.

Qu’est ce que vous faites à Paris ?
Nous travaillons pour monter un chœur multiconfessionnel. C’est dans le cadre de mon travail au sein de la Fondation des trois cultures. Un concert de jeunes Méditerranéens, mais aussi d’Allemagne et d’Europe de l’est qui interpréteront trois œuvres en hébreu, en latin et en arabe. Ils travailleront là-dessus pendant douze jours et donneront des représentations au théâtre Mohammed V et à Essaouira.

Et c’est comme ça que vous comptez épargner au monde le choc des civilisations ?
Certainement pas, nous ne nous faisons aucune illusion là-dessus. Mais c’est un moyen parmi d’autres. Nous avons également initié des cycles de rencontres politiques et intellectuelles. Nous voulons démontrer qu’il est possible de parler une autre langue, de dialoguer. C’est également pour dénoncer le silence des politiques et la froideur des entreprises.

Des milliers de Marocains continuent de faire suivre le mot “juif” par “hachak” (sauf votre respect). Comment comptez-vous les convertir au dialogue, ceux-là ?
C’est justement un des aspects sur lesquels il ne faut plus garder le silence. Nous devrons commencer par porter un regard critique sur nous-mêmes. Cela passe aussi par la culture. Rencontrer des gens différents permet à coup sûr d’avoir une autre perception de l’autre. Tout cela doit évidemment être accompagné par une politique globale sur le long terme. Notre objectif, c’est simplement d’attirer l’attention, de combattre les clichés d’un côté comme de l’autre.

Vous avez des objectifs grand public et vous vous donnez des moyens (musique classique, chœur multiconfessionnel, etc.) assez élitistes …
Il ne faut pas confondre le chœur des trois cultures avec le Festival des Alizés. Ce sont deux choses distinctes même si je suis dans les deux structures. Il y a beaucoup de monde à chaque fois et pas que parmi l’élite, qui reste un concept à définir. Les œuvres en arabe sont inspirées de chants populaires égyptiens dans lesquels les gens se reconnaissent et qui les touchent. Les œuvres latines ont largement été vulgarisées par le cinéma également.

Quand avez-vous cessé d’être marxiste ?
Je le suis toujours. J’ai fait l’un des rares travaux courageux sur l’esclavage. J’ai planché, de manière scientifique, sur les mécanismes de servitude dans le monde arabe. Ce n’est pas une fierté mais c’est une constante qu’il m’a semblé utile de dénoncer. Les gens ne connaissent généralement que le marxisme vulgaire ou le marxisme, façon café du commerce.

Votre étude porte sur Servitude et monarchies dans le monde arabe. Qu’est-ce que vous avez trouvé sur la nôtre ?
Elle ne fait pas partie de l’étude. Le travail sur le Makhzen a connu ses limites. Pour comprendre les mécanismes d’autorité dans le monde arabe, il faut remonter au moment de la constitution de l’Etat musulman, un passé qui nous éclaire sur bien des aspects de la relation maître-serviteur.

Vous considérez le baisemain comme une marque de servitude, au moins ?
C’est un aspect parmi d’autres. Le roi n’oblige pas tout le monde à lui baiser la main, pourtant tout le monde s’empresse de le faire. C’est là que le travail scientifique et historique est important.

Et qu’en déduisez-vous ?
Pour moi, la relation entre religion et système politique est intéressante à étudier. La servitude est partout. Dans la politique, dans la société et dans la religion. Mais on comprend mieux quand on revient au passé.

Dites-moi, à qui appartient Essaouira ?
À beaucoup de gens, à ses habitants, à ses investisseurs. C’est un espace magnifique où on peut faire beaucoup de choses uniques. Elle n’appartient pas à Azoulay même si beaucoup de choses s’y font grâce à lui.

Vous n’en avez pas marre d’organiser un festival (Les Alizés) sans public ?
C’est faux. L’affluence est très importante. Pour vous donner une idée, le festival devient payant à partir de l’année prochaine.

 
 
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