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Par Abdellatif El Azizi
Justice.
Affaire Slimani. Les bonnes questions
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En 1998, du temps de
sa splendeur, décoré par
Jacques Chirac. (AFP)
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Combien a-t-il détourné ? Que devient son complice, l'ex-gouverneur Laâfora ? Est-ce son procès ou celui de Driss Basri ? Et pourquoi ne pas poursuivre les dizaines d'autres responsables du même acabit ? Réponses.
Les larmes de Abdelmoughit Slimani suffiront-elles à absoudre des décennies de gabegie communale et un règne sans partage sur la communauté urbaine de Casablanca ? À la lecture de sa condamnation à dix ans de prison ferme pour corruption et détournements de fonds, à la saisie de tous ses biens et au paiement d'une amende de 50 000 |
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DH, l'ex-président de la commune des Roches Noires a craqué. La clôture du fameux procès Slimani a eu lieu ce jeudi 20 avril à la Cour d'appel de Casablanca dans une atmosphère particulièrement tendue. Un climat lourd exaspéré par la volonté du collège judiciaire, présidé par Mustapha Farès, d'écouter les dernières paroles des accusés avant de faire tomber la lourde sentence. Les 17 accusés de la célèbre affaire Slimani et Laâfora devront ainsi se partager, avec plus ou mois de bonheur, 59 ans de prison. Deux prévenus ont été acquittés alors que les 14 autres ont été condamnés à des peines de deux à sept ans de prison. Quant à l'ex-gouverneur d'Aïn Sebaâ, Mohamed Laâfora, complice réputé de Slimani, il devra être jugé par la Cour Suprême. Les dommages et intérêts réclamés par les parties civiles (notamment le Conseil de la ville de Casablanca, qui a réclamé 231 millions de dirhams) devraient faire l'objet d'une expertise technique.
Combien de dirhams officiellement détournés ?
Quand l'affaire Slimani-Laâfora éclate durant l'été 2003, à la suite de la plainte déposée par un investisseur suisse, Jean-Victor Lovat, plusieurs violations des procédures de passation des marchés publics sont révélées au grand jour. A l'origine de ce scandale immobilier et financier, les projets de logements sociaux Ouled Ziane, Hassan II et Fouarat. Le rapport du juge d'instruction, Jamal Serhane, révèle ainsi qu'Abdelaziz Laâfora et Abdelmoughit Slimani ont monté des sociétés fictives pour détourner une partie des fonds destinés aux projets. Une année plus tard, plus exactement le 17 février 2004, les deux ex-commis de lEtat sont arrêtés et écroués à la prison de Salé. Dans sa déposition devant la justice, Lovat accuse Slimani et Laâfora de l'avoir obligé à falsifier des documents comptables et des factures pour leur permettre de maquiller le transfert de grosses sommes ponctionnées sur le budget des différents projets. L'audit effectué par l'Inspection générale de l'administration territoriale révèle d'ailleurs que les procédures afférant aux marchés publics n'ont jamais été respectées. Selon ce rapport le président de la commune des Roches Noires a également débloqué des crédits importants pour des travaux fictifs, sur la base de documents falsifiés. C'est l'entrepreneur Boujemâa Youssoufi qui récupérait de gros montants : 68,82, puis 45, 11 et enfin 26,96 millions de dirhams, détournements qui ont servi, entre autres opérations, au financement de la construction de l'hôtel Tivoli à Agadir. Un virement de 3,22 millions de dirhams au profit de Jean-Victor Lovat et à la même période, a été également épinglé par l'inspection. Mais ceci n'est que la partie visible de l'iceberg.
Est-ce son procès ou celui de Driss Basri ?
En quoi les affaires Slimani et Laâfora sont-elles liées ? Le moins qu'on puisse dire sur ces deux hommes, c'est qu'ils étaient très proches de l'ancien ministre de l'Intérieur. Le premier n'est ni plus ni moins que son beau-frère et le second est peut-être l'un des commis de l'Etat qui a bénéficié le plus de sa confiance avant que Basri ne soit limogé par le roi en 1999. Avec une telle proximité, il est clair que tout leur était permis, précise un ex-gouverneur. Les deux accusés font d'ailleurs face essentiellement aux chefs d'inculpation de détournement de deniers publics et d'abus de pouvoir sur des dossiers qu'ils ont gérés en commun. À eux deux, les deux hommes auraient détourné des millions de dirhams dans le cadre de diverses malversations concernant notamment de grands projets immobiliers. Laâfora, apparemment plus rusé que Slimani, n'a jamais laissé de trace écrite des ordres qu'il donnait !, rappelle une source judiciaire.
Je n'ai pas peur de la prison, Votre Honneur, mais suis persuadé que j'ai été victime du système. Si vous me pensez coupable, jugez-moi et mettez-moi en prison pour 20 ans mais ne me condamnez pas sans avoir la preuve tangible des allégations proférées à mon encontre !, a lancé au juge l'ex-président de la communauté urbaine de Casablanca, d'une voix entrecoupée de larmes. Slimani n'a pas tout à fait tort, les observateurs s'accordent à reconnaître qu'il a été condamné non pas à cause des détournements qu'il semble bien avoir commis mais pour sa proximité avec Driss Basri. Slimani et Laâfora auraient pu se couler une retraire dorée comme de nombreux commis de l'Etat dont des tortionnaires notoires.
Pourquoi eux et pas les autres ?
Un député de gauche dénonce le fait que des responsables, hier impliqués dans la dilapidation des deniers publics et la corruption, ne soient toujours pas inquiétés par la justice. Mieux encore, ils sont maintenus à leur poste, voire promus à de plus hautes responsabilités ! La plupart d'entre eux sont d'ailleurs des protégés de Basri. Un homme comme Abderrahim Kanir, qui a écopé de la peine la plus lourde après celle de Slimani (7 ans de prison ferme), est aujourd'hui derrière les barreaux pour avoir été le confident de Hicham Basri. Son avocat, maître Jankel, insiste pour préciser que sur la question judiciaire et sur le plan des procédures, on n'a rien trouvé contre son client. Sa comptabilité est transparente, ses transactions bien réelles et ses impôts acquittés. Selon lui, il s'agit tout simplement d'un procès politique . Le bouillant avocat, qui ne porte pas particulièrement Basri dans son cur, s'interroge néanmoins sur un procès où le volet juridique reste faible par rapport à l'aspect politique. Basri a d'ailleurs parfaitement bien saisi le message. Au lendemain de la condamnation de son beau-frère, il s'est fendu d'une interview particulièrement virulente dans le quotidien espagnol La Razon où il qualifie les dirigeants du Polisario de gens intègres qui croient en une cause juste. En aparté, il a confié à un journaliste espagnol qu'il ne resterait pas les bras croisés maintenant qu'on lui a ouvertement déclaré la guerre !
Au passage, ce dossier a fini par éclabousser de nombreuses personnalités que le régime ne veut pas particulièrement faire tomber. La question revient le plus souvent dans la bouche des avocats : Pourquoi Abderrazak Afilal et Youssef Tazi, convoqués plusieurs fois par le juge comme député et conseiller istiqlaliens impliqués dans les différents dossiers, n'ont-ils pas été inquiétés outre mesure ? L'intervention de Abbas El Fassi pour éviter que l'Istiqlal ne soit éclaboussé dans une période préélectorale a été déterminante, explique un député de gauche. S'agit-il d'un deux poids, deux mesures ? Visiblement oui.
Procès ou bras de fer politique ?
Pourquoi cette affaire a-t-elle tant traîné ? Hautement politique, le dossier Slimani-Laâfora ne saurait être soumis aux seuls impératifs judiciaires. Il s'agit d'une affaire aux relents politiques certains. Le bras de fer entre le Palais et l'ex-homme fort de Hassan II a connu des hauts et des bas. Jeté en pâture à la presse après son limogeage, interdit de passeport, Basri a déclenché une guerre sans merci aux proches du roi.
Il a fallu la mission de bons offices, pilotée par Jacques Chirac lui-même et qui a permis à Basri de récupérer sa retraite et son passeport pour que ce dernier donne l'impression de s'être calmé. Malgré cela, depuis Paris, l'homme a continué une guerre sourde contre le Palais, ne ratant aucune occasion pour fustiger l'incompétence et la légèreté des conseillers du roi !. On a donc longtemps hésité avant de condamner son beau-frère. Finalement, le juge a tranché. Il avait le feu vert politique, commente cet observateur proche du dossier.
Ce procès aura-t-il valeur d'exemple ou est-ce le début d'une chasse aux sorcières ? Le fait que Laâfora n'ait pas encore été jugé laisse présager que le procès fait à Basri se fera en deux temps. Le procès financier est plus ou moins bouclé avec la condamnation de son beau-frère, considéré comme le véritable prête-nom et le principal responsable financier, alors que le procès politique, celui de Laâfora ne fait que démarrer. Devant la Cour suprême, Laâfora, véritable gardien du temple du tout sécuritaire de l'époque, devra user de tout son art pour enfoncer son ex-patron. Il est d'ailleurs trop intelligent pour ne pas savoir qu'il s'agit là de son unique planche de salut, explique un ancien collaborateur du gouverneur de Aïn Sebaâ. Selon d'autres sources, le deal conclu avec Laâfora consiste à charger au maximum Basri sur le plan des exactions sécuritaires et sur celui des instructions orales.
En attendant l'ouverture d'autres procès liés à la dilapidation des deniers publics et autres malversations, les Casablancais à revenu modéré qui rêvaient d'un toit dans le cadre du Projet Hassan II, Fouarat, Oulad Ziane, se résignent à occuper leur bidonville en espérant que Slimani et ses complices remboursent l'argent détourné ! |
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Profil. Lovat, le tombeur de Slimani
Jean-Victor Lovat est l'homme par qui le scandale arrive. L'homme d'affaires suisse, pour le moins suspect, accuse les deux hommes de l'avoir escroqué avant de l'envoyer en prison. Cet investisseur a un parcours atypique. Il n'a pas fait entrer un seul euro au Maroc et se prétend investisseur étranger !, précise une source de l'Office des Changes. Il a pourtant réussi à lancer de florissantes entreprises, dès 1989, Lomato, Helvetica, Latinus, dont l'objectif consistait à gérer des affaires immobilières à caractère touristique. C'est à cette époque que Lovat rencontre Slimani qui lui a fait miroiter sa proximité avec Driss Basri et le met en contact avec tout ce que le pays compte comme gouverneurs et autres agents d'autorité, dont Laâfora, pour lui faciliter l'accès aux marchés publics, confie un ex-gouverneur de Casablanca. Lovat, qui pioche sans vergogne dans les deniers de l'Etat, sûr de l'impunité, va se retrouver en prison pour une histoire de gros chèques sans provision .Il écope de six mois ferme sans qu'Abdelmoughit Slimani, alors président de la CUC, lève le petit doigt pour le faire sortir. A sa sortie en 2003, Lovat s'empresse de porter plainte. Aujourd'hui, il est aux abonnés absents. En attendant de pouvoir récupérer une partie des dommages et intérêts, il devra apurer ses démêlés judicaires, nombreux, aussi bien au Brésil, en Tunisie qu'en Suisse même. |
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