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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Histoire. Casablanca, capitale mondiale du foot
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Hassan II du haut de la tribune, dominant le trophée tant convoité.
(Collection Privée Mohamed Tangi)
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Durant les années soixante et soixante-dix, les pelouses marocaines ont été le lieu de rencontre des plus grands clubs de l'époque. Le temps d'un tournoi, le public a eu l'occasion de voir évoluer devant ses yeux les stars du football mondial. Retour sur une ère révolue.
La coupe Mohammed V ? C'était la grande époque a hbibi ! Cest le genre de réplique dont vous gratifient invariablement les anciens, quand vous évoquez devant eux la compétition mythique que le Maroc a abrité de 1962 et 1980. Comment peut-il en être autrement sachant |
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qu'à cette période les géants du football mondial passaient par chez nous afin de préparer leur championnat respectif ? La liste des équipes participantes est à elle seule édifiante : Real de Madrid, Inter de Milan, Stade de Reims, Bayern de Munich, Boca Juniors, FC Barcelone
Et puis quel bonheur de voir évoluer sur nos pelouses ces génies d'antan qu'ont été les Di Stefano, Beckenbauer, Puskas, Gento, Jairzinho ou Garincha.
Pour la mémoire du sport marocain qu'est le journaliste Najib Selmi, c'était non seulement du grand spectacle mais surtout une très grande fierté pour nous tous, alors que nous sortions à peine du colonialisme, d'être les hôtes d'un tournoi de ce calibre. Quant aux plus jeunes, ils se contentent depuis lors des témoignages nostalgiques de leurs aînés. Dans l'attente que des ouvrages y soient consacrés et que l'on sorte enfin des cartons les images et photos de l'époque.
La coupe très prisée du roi
Au-delà de la volonté d'organiser un évènement d'envergure internationale, une manière pour lui d'affirmer la toute récente présence du Maroc dans le concert des nations, Hassan II est avant tout un mordu de football et un grand connaisseur, paraît-il. J'ai toujours été étonné par son érudition, dixit Juste Fontaine, célèbre Casablancais et meilleur buteur de tous les temps en Coupe du monde. Au lendemain du décès du père de la nation, Mohammed V, le tout jeune souverain Hassan II, veut, à l'instar de ce que fait déjà son voisin Franco durant l'été, organiser un tournoi international avec les plus grandes équipes du moment. Hassan II avait précisé dès le départ qu'il voulait ce qu'il y avait de mieux, se souvient ce proche des organisateurs de l'époque, ajoutant que le roi validait en personne le choix des équipes invitées. Normal, surtout que c'est lui qui règle la facture. Son homme de main est alors feu Ahmed Antifit que les anciens considèrent communément comme la cheville ouvrière de cette compétition. Antifi se charge de tout. Il propose au roi la liste des participants potentiels, se déplace à l'étranger pour négocier avec eux et n'a vraisemblablement aucun mal à attirer les plus grands au Maroc. Non seulement c'est une bonne préparation pour entamer leur saison mais c'est gratifiant d'être invité par un roi, parce que c'est bien de la part de Hassan II, roi du Maroc qu'ils le sont, explique cette même source. D'ailleurs le souverain le leur rendait bien, puisque, de l'avis de tous, durant leur séjour, ils sont particulièrement choyés. La rumeur veut que Hassan II n'ait pas été avare en cadeaux. On parle entre autres d'une voiture de sport offerte à un joueur brésilien dont le jeu l'aurait séduit. On sentait qu'ils étaient les invités du roi, se souvient ce témoin.
Sans oublier qu'à cette époque, inviter toutes ces grandes équipes était plus simple qu'aujourd'hui. Pas de sponsoring, pas de droits télé
en somme le business qui hante le sport actuel était encore inexistant. On raconte que le Real de Madrid aurait fait le déplacement à Casablanca, pour 22 millions de centimes seulement. Misérable somme comparativement au million de dollars demandé actuellement par les amis de Zizou pour répondre aux invitations. C'est donc l'enjeu sportif qui prévalait et, bien sûr, le prestige de remporter la coupe du roi. Ce n'est pas pour rien que le trophée Mohammed V, ciselé en or et en bronze par les artisans marocains (Tajmou'ti), avec la contribution d'artisans espagnols, est sans aucun doute, de l'avis de nombreux connaisseurs, l'un des plus beaux fleurons des musées des grands clubs comme le Boca, le Bayern de Munich ou le Real de Madrid. Pour l'anecdote, le trophée qu'avait reçu le Raja de Beni Mellal, pour sa quatrième place en 1974, a été retrouvé il y a quelques années par le collectionneur casablancais Mohamed Tanji à la Joutia de Derb Ghalef. Selon Tanji, le trophée a été vendu aux enchères aux Pays-bas avant de se retrouver à Derb Ghalef où il a pu le racheter pour 2500 dirhams. Impossible encore à ce jour d'expliquer comment la coupe, censée faire partie du patrimoine sportif de ce pays, s'est retrouvée là. La réponse est peut-être du côté des dirigeants du RBM.
Des stars très accessibles
Pendant les deux jours que dure le tournoi, le Maroc entier vit à l'heure du ballon rond. Alors qu'on ne parle que de football dans les cafés, écoles ou administrations, les passionnés convergent de tout le pays. Venus de Tanger, Oujda, Agadir et de bien plus loin, ils sont nombreux à faire le déplacement. Il n'y a pas assez de places au stade d'honneur (l'actuel complexe Mohammed V) pour contenir tout le monde. Sa capacité d'accueil atteignait à l'époque à peine à 25000 places, dont une grande partie montée pour l'occasion. Et puis les prix d'entrée fixés par les organisateurs (entre 5 et 15 dirhams) contribuent à populariser davantage cette compétition. Cet engouement était tout à fait prévisible et normal vu que le public marocain faisait sa rencontre avec le football international, analyse le journaliste sportif Ahmed Belkahia avant d'ajouter : Il n'y avait pas de télé à l'époque alors on ne savait pas à quoi ressemblait tous ces grands joueurs dont on avait tant entendu parler. Donc tout le monde voulait les voir. Quant aux plus chanceux, ceux qui ont pu accéder au stade, ils insistent aujourd'hui sur la convivialité de cette compétition. C'est le cas de ce journaliste français qui trouve qu'il est beaucoup plus facile d'y approcher les vedettes que nulle part ailleurs. Le photographe royal Maradji qui a couvert l'ensemble des éditions est du même avis : On se sentait presque en famille. On pouvait toucher facilement toutes ces grandes stars qui nous paraissaient inaccessibles. Lino Bacco quant à lui, tient à mettre en avant la qualité du spectacle de l'époque. Le jeu était peut-être plus lent mais c'était du grand spectacle. 90 minutes de jeu sans que le ballon sorte du terrain, ça c'est du foot.
Une belle saga avant le putsch
C'est donc à partir de 1962, date de la première édition remportée par le stade de Reims d'un certain Hassan Akesbi face à l'Inter de Milan entraîné par Helenio Herrera natif du quartier des Roches noires, qu'atterrissent chaque année, en plein mois d'août, à Casablanca, (deux éditions auront lieu à Marrakech et à Rabat), trois des clubs étrangers les plus en vue du moment, le quatrième participant étant de facto marocain. C'est en effet à notre champion en titre que revient, à chaque fois, l'honneur et la responsabilité de nous représenter. D'ailleurs pour faire bonne figure, les équipes marocaines n'hésitent pas à renforcer leurs rangs de joueurs d'autres équipes pour être plus compétitives. J'avais l'impression de jouer pour l'équipe du Maroc, souligne Abdelah Zher, qui a participé à la coupe Mohamed V à deux reprises, une première avec le Mas et une seconde en compagnie du WAC. Toutes ces précautions n'empêchent pas pour autant le MAS de Fès de se faire étriller 7 à 0 en 1980 face à Porto Alegre. Mais le grand moment de la participation marocaine, c'est le légendaire match de classement de 1962 où l'équipe des FAR, si chère à Hassan II, est venue à bout du légendaire Real de Madrid par quatre buts à trois. Lino Bacco s'en souvient : L'équipe de FAR était une grande équipe mais c'était quand même étonnant. Il y a eu ce premier but, le deuxième, le troisième
c'était euphorique, le public n'en croyait pas ses yeux.
Si les éditions qui suivent sont tout aussi relevées, il faut attendre 1971 pour voir cette compétition prendre une nouvelle tournure. Hassan II vient de sortir miraculeusement indemne d'une tentative de coup d'état. Il s'est senti trahi par la grande famille des militaires et s'est petit à petit détaché de l'équipe des FAR et donc du football. On n'osait plus alors lui demander de sous, raconte ce témoin de l'époque. D'où les annulations de 1971, 1973 et 1978. Sans oublier que le football international vient d' entrer dans une nouvelle ère. Les grandes équipes, business oblige, deviennent de plus en plus gourmandes. On se rabat alors sur des équipes de seconde zone, notamment africaines ou d'Europe de l'est, ce qui facilita d'ailleurs la tâche du WAC, lors de l'édition de 1979, la seule remportée par une équipe marocaine. En face, il y a tout juste Jeanne d'Arc, Canon Yaoundé et Hafia Conakry qui ne sont pas des foudres de guerre. La coupe Mohammed V baissera donc finalement le rideau l'année suivante. Au grand regret des aficionados. |
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Le palmarès.
1962. Stade de Reims - Inter Milan 2-1
1963. Partizan de Belgrade - Real Saragosse 4-2
1964. Boca Juniors - Real Madrid 2 - 1
1965. Atletico Madrid - Partizan Belgrade 5-0
1966. Real Madrid - Boca Juniors 1-1 (3-2 tirs au but)
1967. Drapeau rouge de Sofia - Rabat 1-0
1968. Flamengo Rio Janeiro - Racing B Aires 3-2
1969. FC Barcelone - Bayern Munich 2-2 (4-3 tirs au but)
1970. Atletico Madrid - Rabat 4-1
1971. Non disputée
1972. Bayern Munich - Partizan Belgrade 3-2
1973. Non disputée
1974. Penarol de Montevideo - Ruch Chorzow 1-0
1975. Dynamo de Kiev - Ujpest Budapest 3-2
1976. RSC Anderlecht - OGC Nice 2-1
1977. Roumanie - Tchécoslovaquie 3-1
1978. Non disputée
1979. Wydad de Casablanca - Canon Yaoundé 1-1 (4-3 tirs au but)
1980. Atletico Madrid - Porto Alegre 1-1 (5-4 tirs au but) |
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