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Par Selma Mestiri,
correspondante au Moyen-Orient
Palestine. Le spectre de la guerre civile
Les pierres ont encore plu dans les territoires palestiniens, mais cette fois, les heurts ont eu lieu entre Palestiniens. à tel point que Mahmoud Abbas a mis en garde contre une guerre civile.
Abbas, espion !, hurlent des partisans du Hamas. Mechaal, collaborateur !, rétorquent ceux du Fatah. Les uns sont juchés sur le toit de l'université Al-Azhar, bastion du Fatah du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Les autres sont planqués dans l'Université islamique, proche du Hamas, à la tête du gouvernement palestinien. Soudain, les cailloux et les bouts de parpaing pleuvent. |
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Les rues jouxtant les deux bâtiments deviennent le théâtre de violents affrontements. Nous devons défendre le président Abbas, affirme à l'AFP Mohammed, 20 ans, étudiant en sciences politiques. Nous n'avons fait que (
) défendre notre chef Mechaal, réplique Mohamed Ali, apprenti infirmier. Le 22 avril, l'Intifada s'est déplacée dans les universités palestiniennes, non pas contre Israël mais entre partisans du Fatah et du Hamas.
Théorie du complot
C'est une violente diatribe de Khaled Mechaal, chef du bureau politique du Hamas en exil en Syrie, qui a enflammé une situation déjà volatile. Une certaine faction de notre peuple complote contre nous, a lancé M. Mechaal devant une foule enthousiaste à Damas, visant, sans les nommer, le Fatah et Mahmoud Abbas. Ce qui se passe en Palestine est une politique exécutée par un gouvernement parallèle, un contre-gouvernement qui nous prive de nos prérogatives et des droits de notre peuple. Il s'agit d'un complot mené conjointement avec Israël et les Etats-Unis, a accusé Mechaal. Aussitôt, le Fatah a répondu qu'il s'agissait d'un discours de division, n'ayant pour but que de provoquer des tensions dans les territoires palestiniens et de déclencher une guerre civile. Une fois le mot lancé, les territoires ont connu une flambée de violence : plus de 30 personnes ont été blessées dans les heurts, plusieurs centaines de sympathisants du Fatah ont manifesté dans le camp de réfugiés de Jabaliya, au nord de Gaza, tandis qu'une vingtaine de membres des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, qui appuient Abbas, ont brièvement occupé dimanche le bâtiment de la mairie de Naplouse, en Cisjordanie. Devant l'ampleur des dégâts, le Fatah et le Hamas ont tenu une réunion d'urgence, publiant un communiqué commun appelant au calme et affirmant qu'il oeuvreraient désormais en coopération afin de consolider l'unité nationale. Nous ne permettrons pas que cela dégénère en guerre civile, a déclaré le président de l'Autorité palestinienne. Le bras de fer entre le Fatah et le Hamas avait commencé peu auparavant, lorsque Abbas a annulé des décisions illégales et anticonstitutionnelles du ministre de l'Intérieur issu du Hamas, créant un nouveau service de sécurité et nommant un activiste recherché par Israël à un poste sécuritaire clé. Encore une manifestation de la crise du pouvoir entre la présidence et le gouvernement, qui a accusé à plusieurs reprises Abbas de vouloir paralyser son action en lui retirant des prérogatives.
Le Hamas dans l'embarras
Et comme si l'isolement dans lequel le tient la communauté internationale et les vives tensions dans les territoires ne suffisaient pas, le Hamas a en outre reçu cette semaine un soutien bien lourd à assumer. Dans un enregistrement sonore diffusé par Al-Jazira, Oussama Ben Laden lui-même a fustigé le boycott du Hamas par l'Occident, critiquant la suspension des aides financières directes au gouvernement. Leur rejet du Hamas après sa victoire aux élections (...) confirme que leur guerre est une guerre de croisés et de sionistes contre les musulmans, a dit le chef d'Al-Qaïda. Comment a réagi le Hamas, dans le collimateur des Occidentaux, à ces déclarations ? Il y a un blocus injuste imposé au peuple palestinien qui pousse des parties et des individus à exprimer leur solidarité avec lui, s'est contenté de dire le premier ministre Ismaïl Haniyeh. Nous lançons une nouvelle mise en garde : si le siège de l'Occident continue contre le Hamas, ainsi que la politique de la famine contre le peuple palestinien, cela créera plus de tensions dans la rue palestinienne et dans la rue arabe. C'est ce que Ben Laden a exprimé en parlant de croisade, a estimé pour sa part le porte-parole du mouvement, Sami Abou Zohri. De quoi mettre le mouvement, considéré par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël comme une organisation terroriste, dans une position encore plus inconfortable.
Autre affaire délicate pour le Hamas, celle de la découverte d'armes qui lui appartiendraient en Jordanie, une nouvelle officiellement annoncée par Amman. Le gouvernement jordanien a ensuite affirmé que ses forces de sécurité avaient déjoué des attentats qui devaient être menés par des membres du mouvement sur son territoire. Malgré tout, la popularité du Hamas chez les Palestiniens est en hausse, comme l'indique un sondage de l'institut Near East Consulting found de Ramallah : 46% des Palestiniens soutiennent à présent le Hamas contre 43% il y a un mois, tandis que 34% appuient le Fatah.
L'aide financière, toujours bloquée
Pendant ce temps, la situation économique dans les territoires palestiniens ne fait qu'empirer. Certains des fonds promis par la Ligue arabe sont bien arrivés mais leur versement est bloqué sous la pression de Washington et Tel-Aviv, a affirmé un haut responsable palestinien. L'Autorité palestinienne, qui traversait déjà une crise aiguë, n'a toujours pas payé les salaires du mois de mars de ses près de 160 000 fonctionnaires. Abbas a mis en garde contre une catastrophe si la crise financière persistait et a proposé que les donateurs comme les Etats-Unis et l'UE, qui ont décidé de couper leur aide financière aux Palestiniens après l'arrivée au pouvoir du Hamas, versent ces aides directement à son bureau. L'UE a assuré que la suspension de son aide n'était pas définitive et qu'elle étudiait un moyen de développer l'aide à la santé et à l'éducation. En attendant, les hôpitaux palestiniens manquent des choses les plus simples, comme les pansements ou l'oxygène, affirme à l'AFP le docteur Joumaâ al-Saqqa, de l'hôpital Chiffa, de Gaza. Si cela continue, la plupart de nos services ne fonctionneront plus dans deux semaines. Mais un signe positif est venu de la Norvège qui a annoncé l octroi d une aide humanitaire de 20 millions de dollars aux Palestiniens. |
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ONU. La paix séloigne
Les chances de voir un Etat palestinien aux côtés d'Israël sont de plus en plus minces. Tel est l'inquiétant constat d'Alvaro de Soto, coordinateur spécial du secrétaire général de l'ONU pour le Proche-Orient. Parmi les principaux obstacles, il cite le changement radical de position du nouveau gouvernement palestinien vis-à-vis de principes acceptés de longue date par l'OLP au nom du peuple palestinien et son incapacité à répondre aux principes exposés par le Quartette. Ce dernier, qui regroupe les Etats-Unis, la Russie, l'UE et l'ONU, avait engagé l'actuel cabinet Hamas à reconnaître Israël, à rejeter la violence et à respecter les engagements de l'Organisation de libération de la Palestine. Quant aux obstacles du côté israélien, M. de Soto parle notamment de l'expansion des colonies de peuplement et de la construction de la barrière sur un tracé qui dévie des frontières de 1967, ce qui soulève des préoccupations du fait qu'il ne sera jamais possible de réaliser un Etat palestinien contigu et viable. |
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