Cinéma.
Festival de Montréal. Le Maroc joue les figurants
Du 20 au 30 avril, le Maroc a été l'invité d'honneur de Vues d'Afrique, le plus grand festival dédié au cinéma africain en dehors de l'Afrique. Non seulement la cérémonie d'ouverture qui nous était dédiée a été un véritable fiasco mais notre participation a été des plus discrètes. Récit
Il fait (enfin) un temps magnifique ce jeudi 20 avril à Montréal. En plus de leurs films, nos amis et invités africains ont pris la peine de nous amener du soleil dans leurs bagages, lance, l'air ravi, ce chauffeur de taxi garé à l'arrivée de l'aéroport international Trudeau. |
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Au cinéma Impérial qui effleure la rue Sainte Catherine, l'équivalent des Champs-Élysées, la cérémonie d'ouverture, qui se veut un hommage au Maroc, à l'image de cette 22ème édition, laisse à désirer : un décor des plus pauvres, emprunté dit-on à un bazar local marocain qu'une journaliste est allée jusqu'à qualifier de presque tiers-mondiste. Un son quasiment inaudible nous faisant oublier qu'on se trouve dans une des plus prestigieuses salles de la ville et un directeur de festival à l'humour lassant, passablement empêtré dans son rôle de maître de cérémonie et qui annonce tout de go au public la raison pour laquelle le président du festival est absent ce soir-là : une intoxication alimentaire qui l'a forcé à rester au lit.
Le pays hôte fait de la figuration
Et pour couronner le tout, La symphonie marocaine, long métrage du réalisateur Kamal Kamal, choisi pour faire l'ouverture, n'a pu être projeté. La copie envoyée du Maroc se serait perdue en route. Il a donc été remplacé à la dernière minute par Juanita de Tanger de Farida Belyazid, qui rencontre un accueil mitigé. En somme, pour une vingt-deuxième édition, on avait plutôt l'impression d'être devant des amateurs à leur premier essai. Heureusement, entre-temps, il y a eu ce magnifique défilé de mode, haut en couleurs comme beaucoup n'ont jamais pu en voir. Imaginez de superbes jeunes femmes, originaires d'une vingtaine de pays africains, défilant en caftan. Et c'est sous l'ovation d'un public charmé (surtout les messieurs) que ces dernières ont retrouvé les coulisses. Un peu plus tard lors du cocktail de clôture, les membres de la communauté marocaine présents ont pu croiser les quelques cinéastes marocains invités, à peine arrivés de l'aéroport. On a pu apercevoir un Hakim Noury assailli par les sollicitations, aux côtés de la toujours souriante Touria Alaoui et du comédien Rafik Boubker, inconnu au bataillon de ce côté-ci de l'Atlantique, sauf peut-être pour ce commerçant d'origine oujdia qui jurait le connaître : Je suis sûr que c'est lui qui a joué avec Adil Imam, dans ce film
heu comment il s'appelle déjà ?.
Faute de films engagés
La symphonie marocaine (ils l'ont retrouvée finalement !), Juanita de Tanger de Farida Belyazid, Tarfaya de Daoud Aoulad Syad et Elle est diabétique, hypertendue et refuse toujours de crever de Hakim Noury : les quatre longs métrages en compétition pour le grand prix sont repartis bredouilles de Montréal. Un résultat décevant quand on sait que le tiers des longs métrages en compétition étaient marocains (4 sur 12). Et surtout parce que le Maroc est donné en exemple pour être le premier producteur de longs métrages en Afrique et dans le monde arabe. Et avec tout ça, pas même une mention d'honneur ! Pas un seul qui ait attiré l'attention du jury. Cela veut-il dire que notre pays a tendance à privilégier la quantité par rapport à la qualité ? Pas forcément, répondent de nombreux observateurs. La réponse serait ailleurs. Vues d'Afrique est connu pour être un festival militant. Les films marocains sont nettement moins engagés que la plupart de ceux présentés ici. D'où les résultats obtenus, avoue ce proche des organisateurs. Le grand prix est ainsi revenu à l'Algérien Mohamed Chouikh pour Douar de femmes, un grand moment de cinéma troublant qui retrace le quotidien de toutes ces Algériennes obligées de prendre les armes pour se défendre, en l'absence de leur mari parti à l'usine. Depuis les événements sanglants qu'a connus ce pays, le cinéma algérien, avec le peu de moyens dont il dispose , continue malgré cela à produire de bons crus. Il a ainsi remporté le grand prix de Vues d'Afrique à trois reprises depuis 2003. Qu'en sera-t-il alors quand leur cinéma goûtera à nouveau aux pétrodollars dont regorge le pays ?
Des surprises en version courte
La bonne surprise de cette édition est finalement venue d'ailleurs. Ali Benkirane a remporté le prix du court métrage. Amal est une fiction bourrée d'émotions qui raconte le vécu d'une petite Marocaine qui, malgré la misère, se rend chaque jour à l'école située à plusieurs kilomètres de son village. Et dire qu'on n'arrête pas de se plaindre ici des bus ou des métros qui ont, de temps à autre, quelques minutes de retard !, s'exclame à la sortie de la salle, Brigitte prof dans le secondaire. Al Hank, le très attachant documentaire signé Mehdi Habib et Nawal Slaoui, s'est distingué également. Sa manière très poétique, tout en musique, de nous montrer Casablanca à partir de son phare, lui a valu une mention spéciale du jury.
Des classiques et très peu d'intérêt
D'autre part, pour marquer davantage l'honneur fait au Maroc, Vues d'Afrique a tenu à présenter une rétrospective des plus grands classiques du cinéma marocain de ces trente dernières années tels que Wachma de Hamid Bennani, Badis de Mohamed Abderrahman Tazi, Les yeux secs de Narjiss Nejjar
La plupart des neuf films programmés ne représentent aucunement le cinéma marocain, je me demande comment s'est fait ce choix, souligne Imane, une cinéphile marocaine. Du côté des organisateurs on préfère se dédouaner : Ce n'est pas nous, c'est le centre cinématographique marocain qui les a choisis. Reste alors la question du public. Pourquoi l'affluence est-elle aussi moyenne dans ce festival ? se demandait à tout bout de champ Hakim Noury et sans doute les autres festivaliers. La réponse est fort simple : Quand il commence à faire beau par ici, on a envie d'en profiter au maximum, histoire de rattraper le retard accumulé durant toute l'année. Alors, aller senfermer dans des salles sombres, c'est pas tentant, répond Steeve qui vient de s'attabler à la terrasse d'un bar du centre-ville.
L'exception Ben Barka
C'est sous la bannière tricolore que Jai vu tuer Ben Barka a pris part à la compétition dans la catégorie Regard du monde. Le très sympathique Saïd Smihi, qui ne comprend pas d'ailleurs comment son oeuvre a pu être placée dans cette catégorie, tient à corriger le malentendu : Notre film est franco-marocain, pas de doutes là-dessus. Ce sont les organisateurs qui nous ont présentés ainsi. En tout cas, à Montréal, le film a reçu un accueil des plus favorables. D'abord du public, qui a répondu présent lors des deux représentations qui ont été programmées. Les débats qui ont suivi les projections étaient à chaque fois tellement passionnés et enthousiastes qu'il fallait l'intervention des organisateurs pour évacuer la salle qui devait projeter d'autres films. La discussion se poursuivait alors dans les couloirs ou à l'entrée du cinéma. Et puis il y a la reconnaissance du milieu, fait encore plus important, puisque J'ai vu tuer Ben Barka s'est vu décerner une mention spéciale du jury. Et la question à 10 000 dollars, Saïd Smihi y a eu droit tout le long du festival : C'est pour quand un film sur la vie de Ben Barka ? Réponse de l'intéressé : Je suis sûr que ça viendra bientôt, du moins je l'espère ! Cependant je pense que ce travail devrait être mené par quelqu'un qui a toujours vécu au Maroc. Voilà qui est dit. Avis aux intéressés. |