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Par Bart Schut
Népal. Echec au roi
Au bout de trois semaines de protestations populaires massives au Népal, 14 manifestants sont morts, le monarque abandonne le gouvernail et un nouveau premier ministre est nommé, restaurant ainsi la démocratie parlementaire. Y a-t-il toujours une place pour la monarchie dans cette contrée de l'Himalaya ?
Mardi 25 avril, des dizaines de milliers de citoyens népalais se sont rassemblés dans les rues de la capitale, Katmandou. Leur but : déclencher une manifestation massive finale contre leur propre roi. Mais à leur surprise, les protestataires sont à court d'arguments pour |
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protester. Le roi Gyanendra, dont ils rejettent l'autorité depuis des semaines, abdique. Du coup, leur démonstration de force se transforme en une liesse gigantesque.
Je regardais la télévision en attendant la couverture des manifestations, quand soudain un flash d'informations annonce que le roi voudrait rassembler la nation de nouveau. Quand je l'ai entendu dire qu'il allait restaurer le parlement, j'ai tout de suite pensé : finalement on y est arrivé - c'est la victoire du peuple! Se réjouit Bijal Dasay, un jeune enseignant de 23 ans, devant les caméras de la BBC, le 26 avril. Toujours selon lui : Les gens ont spontanément envahi les rues, tout le monde était heureux, le peuple a démontré qu'il détenait le vrai pouvoir.
Les raisons d'une abdication royale
Pourquoi le roi a-t-il soudainement voulu rendre le pouvoir à ses sujets après un règne absolu depuis le mois de février dernier ? Dans son discours il reconnaît être convaincu que la source de l'autorité et de la souveraineté du royaume du Népal est inhérente au peuple du Népal. Très peu croyaient cela possible. Faire plier le roi, chef suprême des armées et chef religieux - plusieurs Népalais voient en leur monarque la réincarnation du dieu hindou Vishnou - ce n'était pas gagné d'avance. En même temps, les analystes croient que le fait de rendre le pouvoir à son peuple était la seule alternative pour le roi Gyanendra pour éviter que son pays ne sombre dans l'anarchie la plus totale.
Selon Rhoderick Chambers, expert Asie du sud de International Crisis Group, le roi a provoqué une chute humiliante pour lui-même mais je crois que le palais rebondira. En effet, tout semble comme si le rôle de la monarchie n'est pas encore fini. A l'origine, le monarque a provoqué la colère de la rue en ordonnant à l'armée d'ouvrir le feu, tuant au total 14 manifestants durant le mois dernier. Aujourd'hui, plusieurs experts sont convaincus que la volte-face de Gyanendra ne s'est pas faite sans qu'il se soit assuré que la monarchie ne sera pas abolie au Népal. Pour eux, les sentiments anti-royalistes ont déjà atteint leur apogée.
Que peut faire un premier ministre croulant ?
Samedi dernier, la chambre des représentants a désigné en même temps un nouveau mais vieux premier ministre. Girija Prasad Koirala n'est pas seulement avancé dans l'âge (84 ans), mais il représente aussi le passé du Népal, puisqu'il est impliqué dans la politique du royaume depuis les années 40. Question : est-ce que M. Koirala, qui a passé sept ans de sa vie en prison pour la cause de la démocratie au Népal, apportera une réponse à la crise politique qui fait chanceler le pays ? Difficile à croire. D'abord à cause des problèmes de santé du nouveau premier ministre - son investiture a été reportée d'un jour pour cause de problèmes respiratoires, ensuite, parce qu'il est le symbole de la faillite des partis politiques dans l'histoire récente du pays. Depuis que le frère de Gyanendra, le roi Birendra avait instauré la loi parlementaire en 1991, lui aussi sous la pression de massives protestations, pas moins de 13 premiers ministres se sont succédé au Népal, Les partis politiques du pays se sont nettement distingués durant ces 15 ans, autant par leurs déchirements internes que par leur incapacité à résoudre les problèmes.
Le cessez-le-feu provisoire des maoïstes féroces
Paradoxalement, de nombreux Népalais voient toujours en le roi actuel, Gyanendra, la seule porte de sortie à la guerre civile qui déchire le pays depuis 10 ans. En effet le bain de sang dramatique causé par la répression des manifestations du mois dernier paraît dérisoire en comparaison avec les 13 000 victimes qui sont tombées depuis le soulèvement maoïste de 1996. Effectivement, c'est le manque de volonté et l'incapacité des partis politiques de négocier avec les maoïstes qui contrôlent une vaste partie des zones rurales du royaume, qui ont permis à Gyanendra de déclencher son coup d'état et de décréter le pouvoir absolu en février 2005. Il reste maintenant à savoir si les politiciens mettront de côté leurs dissensions traditionnelles et concentreront leurs efforts afin de trouver une sorte d'arrangement avec le leader maoïste Pushpa Kamal Dahal, plus connu sous son nom de guerre Prashandra, (le féroce). Or, si une année de monarchie absolue a montré une chose, c'est que l'armée népalaise ne peut obtenir de victoire militaire contre les rebelles dont les forces sont estimées à 10 ou 15 000 combattants.
Dans ce sens, le nouveau premier ministre a déjà obtenu une première victoire, Prashandra a annoncé un cessez-le-feu de trois mois avec la coalition des sept partis de Koirala. Mais la paix définitive n'est pas pour demain. Dans de futures négociations, les maoïstes comptent ne pas bouger d'un iota sur leur revendication d'écarter Gyanendra et d'abolir la monarchie en même temps. Le futur de la famille royale sera l'un des sujets chauds des discussions du parlement de Katmandou sur la nouvelle constitution du Népal.
Quel sort pour la monarchie ?
Que va-t-il arriver au Roi ? Plusieurs experts croient que la monarchie fondée en 1768 est trop profondément enracinée dans la société népalaise pour être simplement effacée. Mais une diminution importante des pouvoirs du souverain paraît être la carte à jouer.
Très probablement, le roi va perdre ses prérogatives en tant que chef suprême de l'armée. En lui accordant seulement un rôle symbolique, le Népal se transforme de facto et de jure en monarchie constitutionnelle. Dans tous les cas, le roi Gyanendra ne restera pas sans occupation, il est aussi l'homme le plus riche du Népal. Il possède un hôtel à Katmandou, une plantation de thé et une fabrique de cigarettes. Si tout ceci ne remplit point ses journées, il pourra alors se consacrer à sa plus grande passion : la lecture et l'écriture de poèmes à l'ombre du plus haut sommet du monde : l'Everest. Là-bas, sous son nom de plume, Sagarmatha, il pourra trouver refuge. Mais est-il vraiment décidé à tout abandonner ? Le jeu politique reste ouvert. |
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Il y a cinq ans. Un massacre royal
La manière dont le roi Gyanendra est monté sur le trône du Népal est digne d'une uvre de fiction. Une enquête parlementaire permet enfin d'en reconstituer le scénario.
Le 1er juin 2001, le prince héritier Dipendra, sous l'influence de la drogue et de l'alcool, a eu une violente dispute avec ses parents, le roi Birendra et la reine Aishwarya. Ils s'opposent à son mariage avec sa bien-aimée, Deviany Rana. Le prince héritier dans sa rage - chancelant et tombant plusieurs fois - tient une mitraillette et ouvre le feu, tuant son père, sa mère et six autres membres de la famille royale.
Dans un acte désespéré, il retourne ensuite l'arme contre lui-même et se blesse. Agonisant à l'hôpital à Katmandou, l'héritier de la couronne est quand même proclamé roi. A sa mort, son oncle, Gyanendra, est couronné à sa place. De nombreux Népalais le soupçonnent, depuis, d'avoir été partie prenante dans le massacre. Mais de nombreux témoins oculaires, dont des officiels du palais (personnel et gardes), confirment les résultats de l'enquête parlementaire discréditant toute théorie de conspiration familiale. |
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