Un an après. Alors, l'INDH ?
Étude. Le PJD à la loupe
Analyse. Peut-on être islamiste et féministe ?
Syndicats. Il était une fois le 1er mai
Affaire. Méli-mélo nucléaire
Santé. Les oubliés d'Alzheimer
Népal. Echec au roi
États-unis. Les immigrés font grève
Sucre. Chaâbi entre les Saoudiens et l'ONA
Mémoire. À la recherche des salles perdues
Festival de Montréal. Le Maroc joue les figurants
N° 224
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Chef de rubrique Karim Boukhari

La semaine Maroc

Faïçal Laraïchi (AIC PRESS)

2M. Le temps des démissions

Coup de tonnerre à 2 M puisque, en l’espace de quelques jours, les trois principales figures qui animent le département de l’information ont démissionné : la directrice Samira Sitaïl et ses deux adjoints Tawfiq Debbab et Réda Benjelloun. Tout est parti de la démission de Debbab pour, nous explique-t-on, “protester contre la pression du ministre PPS de la communication pour la couverture du congrès de son parti”. Adressée au directeur de la chaîne, Mostafa Benali, la démission a été aussitôt acceptée et Debbab remplacé par le duo Chaib Hammadi – Hamid Saâdani. Ce qui n’a pas manqué d’irriter Sitaïl, qui a, alors, à
son tour adressé sa lettre de démission, cette fois au président du pôle public qui chapeaute 2M, Faïçal Laraichi. Dans le document, Sitaïl s’en prend à la direction générale de la chaîne qu’elle accuse indirectement de sabotage. Dans la foulée, c’est Réda Benjelloun qui démissionne à son tour par solidarité avec Sitaïl et pour dénoncer les conditions “impossibles” pour assurer du bon travail. En décryptant tout cela, comme nous l’ont expliqué plusieurs sources à la chaîne, cette série de démissions s’explique par la lutte d’influence que se livre deux clans opposés : celui de Samira Sitaïl et celui de Mostafa Benali, le (toujours) directeur général de la chaîne. Laraichi devait tenir, jeudi soir, une réunion au sommet avec tous les concernés pour tenter un retour à la normale. Dans les coulisses de la chaîne, le “geste” de Sitaïl est plutôt perçu comme le signe annonciateur de nouveaux chamboulements dans l’organigramme interne de la chaîne de Aïn Sebaâ. À suivre.


Médias. Ça bouge à Caractères

Du nouveau dans le groupe de presse Caractères (La Vie Eco, Femmes du Maroc, Nissae, Maisons du Maroc, Parade). Après le départ confirmé de Nasreddine El Afrit, qui rejoint le monde de la télévision (il anime déjà une émission, “l’économie en question” sur TVM), l’organigramme de La Vie Eco a subi des modifications, Fadel Agoumi devenant directeur de la publication et Saâd Benmansour, rédacteur en chef. Mouna Yacoubi, ancienne directrice générale du groupe, rejoint à la RAM où elle hérite du portefeuille de chargée de mission auprès de la direction. En parallèle, le groupe de presse dirigé par Aziz Akhenouch a intégré l’hebdomadaire La Nouvelle tribune, dans lequel le président d’Akwa avait déjà des parts. C’est Afifa Dassouli (épouse Yata) qui dirigera désormais le département financier du groupe.


Tribunal. Quand c’est trop beau…

Une commission de l’Inspection générale des Finances a été envoyée au ministère de la Justice pour plancher sur le dossier du nouveau siège de la Cour d'appel de commerce et du registre du commerce à Casablanca, dont la construction a coûté 91 millions de dirhams. Le tribunal devait être inauguré par le roi il y a 20 jours de cela et c’est finalement Driss Jettou qui s’est chargé de le faire. Y a-t-il anguille sous roche ? Ce qui est sûr, nous explique cette source, c’est que le premier ministre n’a pas pu s’empêcher, dans les coulisses, de critiquer le faste qui marque cette imposante bâtisse : “Ce n'est pas un tribunal mais un musée, si tous les tribunaux du royaume ressemblaient à celui-ci, les gens ne voudraient plus en sortir !”. Ce n’est heureusement pas le cas !


École. On tabasse bien les enfants

L’affaire de la petite Nihad ne cesse de grossir. Cette fillette de six ans est au centre d’une polémique entre sa famille qui assure qu’elle a été délibérément tabassée par son professeur et les collègues de ce dernier qui avancent la thèse surprenante… d’une chute dans la cour de récréation. À cela s’est ajouté le mutisme de la délégation de l’Education nationale à Tétouan, les hésitations de l’AMDH, sans parler d’une controverse politique puisque le professeur serait un sympathisant du PJD… De quoi faire monter sérieusement la sauce. Mais que s’est-il réellement passé pour que Nina se retrouve avec le visage tuméfié et l’œil au beurre noir ?


Logement. Encore un scandale !

Survivance malheureuse de l'ancienne ère ou hiatus de la nouvelle ? L'affaire de la résidence Ibn Sina, à Casablanca, n'en finit pas de rebondir. Flash-back : en 1992, la Commune de Hay Hassani entreprend de construire un complexe résidentiel, selon la technique du CAS, directement alimenté par des acomptes des bénéficiaires, soit un versement initial de 52 000 DH et des mensualités de 2000 DH. Les logements devaient être livrés en 1993 et 1994. Ils ne l’ont toujours pas été alors qu’ en 2001, la Commune a emprunté 25 millions de dirhams pour achever le projet... Aujourd’hui, la cinquantaine de familles concernées (plus de 300 personnes) envisagent...de planter des tentes et d’organiser des sit-in sur place.


Drogue. La cavale de Bouziane

Spectaculaire évasion du baron de la drogue Mourad Bouziane de Oukacha, le mardi 2 mai. L’homme, qui a été rattrapé de justesse à Rabat après une cavale de près de 48 heures, avait réussi à fausser compagnie aux gardiens qui l’accompagnaient pour une visite médicale à l’hôpital Ibn Rochd. À la suite de cette évasion, le BNPJ a diligenté une enquête qui a conclu à une série de négligences… “il n’était pas menotté et il a gardé son téléphone mobile tout le temps de son transfert”, nous précise ainsi une source carcérale. Les enquêteurs ont, par ailleurs, remarqué, dans le dossier de Bouziane, la disparition d’une note que le directeur de la prison avait reçue quelques jours avant l’évasion et qui ordonnait de “renforcer la surveillance sur ce criminel dangereux”. Drôle de “coïncidence”. Pour rappel, Bouziane, condamné à 20 ans de prison en 2004, est le numéro deux du vaste réseau de drogue dirigé par le fameux Mohamed El Ouazzani, dit “El Nene”.



Billet. Etre journaliste au Maroc

Driss Ksikes

Le 3 mai de chaque année, les journalistes du monde entier parlent entre eux, se remettent en cause, se rebiffent contre les limitations qu’ils subissent et repartent le lendemain à leurs rédactions sans grandes illusions. Au Maroc, le rituel est le même. Nuance, cette année, une étude effectuée par sondage sur la liberté et l’éthique dans l’exercice du métier, permet aux professionnels de se voir en face. Quels journalistes sommes-nous, finalement ? Nous sommes d’abord beaucoup plus nombreux (50%) dans la presse écrite qu’à la radio et la télé. Déséquilibre patent : les médias les plus prisés par le public manquent encore d’attrait au sein de la profession. Alors que les supports écrits, toujours à la traîne, attirent davantage pour la marge de liberté qu’ils permettent (parfois). Utopistes, les journalistes marocains ? Surtout, extrêmement plus politisés que la moyenne nationale. La preuve, la majorité écrasante (44%) signe dans la rubrique “politique intérieure”. Celle-là même qui, au vu de l’engouement pour les élections, de la mollesse des débats parlementaires, de l’enlisement de l’affaire du Sahara et de la redondance des activités royales, indiffère au plus haut point la majorité des Marocains. À contre-courant, les journalistes marocains ? Oui, mais à chacun ses raisons. Certains sont enfermés dans des intérêts étroits, de clans, de sérail ou encore d’idéologie, alors que d’autres (moins nombreux) cherchent à brûler les lignes rouges qui persistent. Engagés, les journalistes marocains ? Au vu du pourcentage très élevé (autour de 80%) qui estiment leur propre média, non-libre, non-indépendant et non-professionnel, ils sont à l’image de leurs pairs dans le monde : insatisfaits et prêts à l’auto-critique. Responsables, dites-vous ? Responsables surtout de maintenir un même niveau d’exigence et de préserver la liberté acquise jusque-là. Le reste n’est que flagornerie.



Khalihenna. Allo Abdelaziz ?

Khalihenna Ould Errachid ne finira décidément pas de nous étonner. Après une sortie étonnante dans l’émission Hiwar, le président du Corcas confiait le 28 avril au journal espagnol ABC vouloir “communiquer avec tous les leaders du Polisario sauf Mohamed Abdelaziz”. Le maire de Laâyoune refuserait-il, par hasard, de serrer la main de l’indépendantiste en chef ? Mais non, Khelli Henna affirme simplement “ne pas disposer de son numéro de téléphone”. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, Ould Errachid lance au journaliste qui l’interviewait : “Si ABC peut m'aider à le localiser, je parlerai avec lui le plus rapidement possible”. Ben voyons...


Congrès. Les travaillistes à Fès

Le Parti travailliste tient son premier congrès le week-end prochain à Fès. 4000 personnes sont attendues pour la séance d’ouverture, le 12 mai, dont 765 congressistes. Le Parti travailliste a lancé des invitations officielles au bureau politique de l’USFP au complet, au PPS, à l’Istiqlal, au PSU…et au PJD. Les quatre centrales syndicales (UMT, CDT, UGTM, FDT) seront également représentées. Le Parti travailliste, pour rappel, a été constitué il y a quelques mois autour d’anciens éléments de l’USFP connus pour leurs affinités avec le milieu syndical. Le premier congrès devrait confirmer Abdelkrim Benatik, ancien secrétaire d’Etat, à la tête de ce nouveau parti.


PJD. Bye bye Attajdid ?

Le PJD va lancer un hebdomadaire arabophone format tabloïd (papier journal) d’ici janvier 2007. Prise au dernier congrès du parti en avril 2004, cette décision a été confirmée, à l’unanimité, lors du conseil national de janvier 2006 et solennellement annoncée sur 2M par le député Lahcen Daoudi, mercredi dernier. C’est dire l’urgence, ouvertement exprimée par les dirigeants du PJD, de se démarquer des positions souvent radicales du quotidien Attajdid, officiellement organe du MUR (Mouvement Unicité et Réforme) et concrètement… porte-parole du PJD, puisque dirigé par deux de ses plus importants cadres, les députés Benkirane et Yatim. L’opportunité de leur maintien en poste à Attajdid, une fois le nouvel hebdo lancé, est également examinée par les instances du parti.


Sahara. Danone, cause nationale

Le Club de la presse et la fondation Friederich Ebert ont convié les professionnels des médias, le 3 mai, à un débat ouvert. Au-delà des diagnostics de circonstance, tout le monde aura retenu cette remarque de Larbi Messari : “Lorsque la presse française devait traiter de la crise de Danone, personne n’a osé déstabiliser l’entreprise en difficulté. Pourquoi nos journalistes ne font-ils pas de même avec le Sahara ? Moi, je vous invite à considérer le Sahara comme notre Danone à nous”. Riposte habile d’Ahmed El Bouz, le rédacteur en chef d’Assahifa : “Personne d’entre nous ne conteste la marocanité du Sahara, juste la gestion du dossier”. Quid de Danone ?



3 questions à Driss Lachgar (Président du groupe USFP au Parlement)

Vous organisez un séminaire sur l’application des recommandations de l’IER. Quel en est le but ?
La question est de savoir qui va appliquer ces recommandations. Gouvernement, Parlement et ONG doivent agir chacun de leur côté. Nous organisons cette journée pour voir si nous allons intervenir à travers des propositions de loi ou bien attendre que le gouvernement nous transmette des projets de texte.

Votre attente risque de durer, puisque rien n’a été appliqué jusqu’à maintenant…
Il fallait franchir certaines étapes avant de commencer la mise en œuvre. L’expérience de l’IER était unique et devait être expliquée à l’international. En plus, toutes les affaires en suspens devaient être déléguées au CCDH. Nous attendions que les ONG prennent l’initiative de faciliter l’application de certaines recommandations. Cela ne s’est pas fait. Alors, nous avons repris le flambeau.

Qu’est-ce qui est prioritaire pour vous ?
Nous sommes dans l’attente d’une réforme du système sécuritaire. Il est temps que les dirigeants de ce système soient mis sous le contrôle du gouvernement et du Parlement. Les travaux de l’IER ont été aussi entravés par le manque d’archives. Nous allons donc présenter, à l’occasion de ce séminaire, deux propositions de loi : une relative à la préservation des documents et la deuxième sur le droit à l’information.


Malika Oufkir. Etrangère, toujours

Malika Oufkir vient de publier un nouveau livre, L’Etrangère (Grasset), son deuxième après La Prisonnière, un best-seller qui a fait le tour du monde en 1999. Dans ce deuxième témoignage, qui semble lui aussi promis à un large succès commercial, la fille du célèbre général revient, cette fois, sur l’après-libération et sur sa vie de femme “vierge à 40 ans” qui recolle les morceaux de sa vie à partir d’Europe. “C’est le récit vrai d’une martienne revenue sur terre”, prévient la jaquette du livre. Le livre de Malika Oufkir, dont de larges extraits ont été publiés par le magazine français Paris-Match, est dédicacé au souvenir de Saïda Menebhi, célèbre martyre des années de plomb. Une surprise quand même.


Duc de Thovar. Hassad mène l’enquête

L’enquête sur la fortune du Duc de Thovar (Telquel n° 187) a fini par démarrer en début de semaine avec le voyage à Madrid d’une commission dépêchée par le wali de Tanger, Mohamed Hassad. Cette commission composée de fonctionnaires de l’Intérieur, de la Cour des comptes et des communes de la ville, a pour mission de faire le décompte des biens composant l’immense fortune du Duc, décédé en 1953 à Tanger et qui a laissé derrière lui un patrimoine considérable tant au Maroc qu’en Espagne.



Humeur. À cause du rock

Karim Boukhari

Un ami m’a rapporté l’anecdote suivante, pêchée dans le bulletin info de Canal + : à Londres, un chauffeur de taxi a conduit l’un de ses clients au poste de police parce que celui-ci, de type pakistanais, l’a invité à mettre un disque aux propos violents : “London burning”. La chanson, un standard de Clash, l’un des groupes phares de la scène punk dans le Londres des années 1970, appelait les masses à se soulever et à mettre la ville à feu et à sang. Evidemment, le gentil chauffeur ne connaissait pas Clash. Les policiers, qui allaient cuisiner le client et le maintenir en garde à vue de longues heures durant, ne connaissaient probablement pas Clash non plus. Tous ces gens bien intentionnés, probablement des patriotes purs et durs, ont pris l’hymne de Clash pour un vague appel terroriste. Et comme en plus, le type qui était en face d’eux avait l’air d’être un Pakistanais, et donc un poseur de bombes potentiel… Cette histoire est quand même incroyable. Prenez un mélange de stéréotypes, d’idées reçues, de carence intellectuelle et de bêtise humaine, mixez le tout et vous obtenez un cocktail explosif qui peut envoyer un type en prison. Les policiers et le taxi driver londoniens n’ont pas inventé le fil à couper le beurre. À Casablanca, en 2002, une bande de jeunes a séjourné à Oukacha, injustement accusés de satanisme. Je me souviens d’avoir recueilli l’un des arguments qui ont permis, à la presse comme à la police, de confondre les “satanistes”. “Ces jeunes gens aiment la solitude et le noir, ils récitent un texte ténébreux qui dit : les gens sont étranges quand vous êtes étranger (…) les visages surgissent de la pluie (…) personne ne se souviendra de vous, de votre nom (…)”. L’affaire en serait restée là si nos vaillants enquêteurs avaient reconnu la chanson des Doors, “People are strange”, il est vrai (très mal) traduite en arabe…



VITES !

Lucien Aimé-Blanc, ancien officier de la police judiciaire française, aurait été convoqué par la gendarmerie pour les révélations contenues dans son livre L’indic et le commissaire (Plon). Ce livre révèle, entre autres affaires, que les autorités françaises étaient au courant de la préparation de l’enlèvement de Mehdi Ben Barka à Paris en 1965.


Une pétition circule sur internet, en soutien aux anciens exilés et réfugiés politiques marocains qui n’ont jamais été réintégrés ni indemnisés par le ministère de l’Education nationale. Plusieurs députés, journalistes, artistes et personnalités politiques marocaines et européennes figurent parmi les premiers signataires.


Ibrahim Houmane, frère d’armes du célèbre opposant Cheikh El Arab, vient de rendre l’âme, le jeudi 27 avril. Ce combattant anonyme, arrêté en 1964, a été détenu en secret à Dar Mokri puis au centre de Bouknadel. Souffrant de séquelles de la torture, il a longtemps été suivi par l’association médicale de réhabilitation des victimes des années de plomb.


Mahmoud Archane est reparti furieux du siège de 2M, mercredi dernier. Invité à faire partie du public de l’émission Polémiques, (“faut-il avoir peur du PJD ?”), le très controversé chef de parti avait compris qu’il était sollicité en tant qu’intervenant. Vexé que ce ne soit pas le cas, il est reparti sans assister à l’émission.

 
 
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